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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 08:55

Hier, chez moi, avait lieu un rassemblement contre les attentats parisiens, contre la barbarie, en soutien de ces victimes injustifiées et de leurs familles. J'ai voulu en être non pas pour partager ma peine, elle est impartageable, mais pour poser, en un lieu, ma colère, et qu'elle ne soit pas dévastatrice tant je connais ce qu'elle a de tentaculaire en moi quand l'injustice me renvoie à l'impuissance, quand je me sens acculée.

J'ai posé sur le sol une rose blanche, non pour dire aux présents ma peine, ni même pour les morts (je n'ai pas ce culte) mais pour poser un acte, réel, de corps. Je n'ai pas participé à la chaîne humaine, je n'ai tenu la main de personne, je n'ai pas entendu les discours habituels, politiciens et pas participé au show de M. le Maire (les élections se profilent).

Je ne sais toujours pas si c'est ce qu'il a dit qui a permis les applaudissements, ou pas, je ne saurais les transmettre, je n'ai pas cherché à les entendre, je m'en fous, mais je m'interroge toujours sur la profondeur des sentiments, des émotions des spectateurs, sur la valeur de certaines paroles, ces paroles creuses et sans acte dont nous sommes si dramatiquement cernés (la notion de spectacle m'a effleurée aussi ..),

Quoiqu'il en soit, il fallait sans doute que ce fut ainsi et que la vie, pour les présents, puisse reprendre un cours possiblement normal. Le normal après de tels événements me paraît toujours et néanmoins impossible mais je ne suis pas dans la tête des uns et des autres, c'est donc une approche aléatoire. En tous cas, ma vie à moi ne revient jamais à son origine, l'intranquillité et l'insécurité m'habitent en permanence et s'accentuent à chaque fois un peu plus, et c'est cela que je voulais poser là, en partie, pour ne pas être plus détruite encore. La paix n'est pas dans ma tête, pas dans mon cœur, le monde ne me permet pas cette sérénité que possiblement je ne connaîtrai jamais. Je reste révoltée en permanence et je m'en défie, tout en chérissant cette révolte qui, dans l'instant, me permet encore de tenir. J'imagine que celle-ci disparue, il me suffirait de m'asseoir et de partir, non pas dans un état de sagesse mais possiblement apaisée. Je doute d'avoir cette chance.

Il n'y a pas de raison à trouver à la barbarie, il n'y a pas de raison à trouver à l'injustice, pas de raison à trouver à ces politiques menées contre l'Homme qui n'est désormais plus au centre de rien. Cet Homme que je n'excuse pas pour autant, loin s'en faut, et à qui j'attribue toujours une responsabilité pleine et entière, tant individuelle que collective, car le monde n'existe pas sans décision humaine et nous oublions que nous sommes tous dans la même barque. Il est également fort dommageable que les idéologies de l'excuse ou de l'accusation systématiques en habitent tant et s'opposent au bon sens, ceci a un coût et parfois dramatiquement en vies humaines. De fait nous n'avons pas fini de nous battre et pas seulement avec l'extérieur. Cette lucidité sur la responsabilité s'applique aussi pour moi évidemment et je ne cesse, en permanence, de m'interroger à son sujet. C'est bien sans doute le lit de ma colère.

Nous étions quelques-uns, à l'écart, volontairement et à l'analyse j'étais plus proche de ceux-là que de ces autres en cercle fermé .. cercle fermé, voilà bien la réflexion que j'ai eue à un moment, et de cette union si savamment prônée et si profondément inexistante. Un cercle fermé, une sorte de sérail dans lequel plus personne n'entre. Il y avait un temps pour en être, un temps pour rester en dehors, c'est curieux.

J'ai néanmoins été touchée par cette concentration de motards, certains des Gueules d'Amour, venus là en nombre et qui ont fait en partant un concert d'accélération, en hommage, curieusement c'est cet instant là qui m'a permis de lâcher l'émotion, qui, toujours dans cet effort désespéré de ne rien lâcher, jamais, de ne rien montrer, me bloquait la gorge.

Voilà pourquoi je suis allée à ce rassemblement, les effets de corps ont besoin de s'exprimer pour ne pas pourrir à l'intérieur, pour que l'émotion ne reste pas isolée, détachée, en électron libre et sans ancrage quand bien même elle ne puisse se partager vraiment.

Non je ne suis pas repartie tranquillisée, c'est impossible, mais avec quand même un allègement de cette colère qui, au lieu d'être tentaculaire, limite aveugle, s'est alors ralliée à la réflexion. Une façon au fond de poser sa pensée pour éviter qu'elle s'effondre, ce qui serait bien le pire dans la mesure où je connais les dangers de cet effondrement et où chaque jour j'en mesure les conséquences sur ce monde.

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Published by Cat
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Sans importance 16/11/2015 08:56

"les effets de corps ont besoin de s'exprimer pour ne pas pourrir à l'intérieur, pour que l'émotion ne reste pas isolée, détachée, en électron libre et sans ancrage quand bien même elle ne puisse se partager vraiment."

Respectueusement à vous Cat pour vos mots et vos pensées....

Je ne me rendrais à aucun rassemblement car nombreux sont "les gens" à s'offrir ainsi bonne conscience, reflet imaginaire en leur miroir puisqu'ils ne sont réellement aptes de "penser" ou d'un quelconque recueillement contre cette ignominie, cette violence sans cesse grandissante, cet acharnement à briser de la chair et d'ainsi mutiler des familles, des êtres, des âmes et des esprits....

Mais... en mon coeur, en mon esprit, en mon âme... il est aussi une rose blanche pour ces enfants, ces femmes et ces hommes lâchement assassinés...

Cat 16/11/2015 16:12

je comprends parfaitement que certains ne se rendent à aucun rassemblement, j'en comprends les raisons profondément et je respecte cela totalement ! merci pour ce commentaire