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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 13:16

 

 

Billet de Cinq. De la tolérance.

par Jean-pierre Journet, mardi 3 avril 2012, 18:25

Mon billet se fiche en une suite sociale inspirée par le propos d’Olivier Douville sur l’amour.

 

Le discours courant ne peut être tenu et soutenu qu’après censure. Ce que l’on nomme censure ici comporte deux pôles : l’un est propre au sujet barré par le surmoi (parle sur moi), cette instance symbolique organisant la subjectivité, et le second est un rapport à l’autre supposé tel à partir de cette subjectivité individuelle.

 

Autrement dit, quel qu’en soit le régime dans un groupe ou une société humaine, l’individu est pour une large part objet d’une censure inconsciente, et fruit patent adonné à la communauté (je veux dire : ce citron que l’on presse). Ce que l’on appelle censure politique ou religieuse - sociale donc - est la reprise consciente de ces deux modalités interdictrices sous forme de symptôme, dont la manifestation observée avec constance est l’absence de tolérance laissée à l’Autre, et conséquemment à l’autre.

 

Ce resserrement a pour effet de circonscrire la parole comme objet suspicieux, à soumettre au serment, au contrat, et l’oppresseur, étant porté par là vers la béance symbolique, se rabat plutôt sur l’objet d’où ça s’émet d’une parole, et c’est à savoir : un corps. Deux formes à ce rabattement : l’agressivité tournée contre soi-même ; l’agressivité tournée contre l’autre. D’évidence, les objets de ces deux formes ne sont pas objectivés ; on en a la démonstration dans ces extrêmes que sont le suicide et le meurtre, actes où se pointe distinctement et secondairement la destructivité.

Voici la situation même à laquelle est portée tout pouvoir, pouvoir d’avoir toujours à être contesté dans ses dits et ses actes ; les « forces de l’ordre » sont là pour le démontrer. La violence n’est jamais loin de la censure, d’être décharge de haine au titre de l’amour. C’est qu’il n’y a de pouvoir que de jouissance. Voilà ce qui est à défendre, en tous sens.

 

Mais la notion même de pouvoir se referme sur un sujet qui en est dénué : ça échappe, la jouissance. Le seul pouvoir qu’opère dès lors le pouvoir social a le transfert pour levier, et c’est bien pour ce fait mis à jour par Freud que l’on voit son déni aujourd’hui trouer toutes les bouches officielles ; j’entends par « bouches officielles » celles qui délivrent du discours politiques, scientifique, psychothérapique, religieux, économique, radiophonique ou télévisé, etc., d’être censurées selon les deux pôles susdits.

 

Pourquoi un tel déni ? Parce que si les individus d’une société ou d’un groupe humain étaient initiés à ce phénomène transférentiel de l’esprit et du langage, ils deviendraient libres d’en user, c’est-à-dire de contre transférer.

Et contre transférer ne saurait se réduire pour se faire à jouer de l’amour et de la haine, mais du langage et de la parole - c’est-à-dire à en passer par la symbolisation. Elle, est le propre de l’humanisation.

 

Il n’y aurait alors plus une masse homogène en acte et en pensée prête à aller passer sa vie dans les usines ou à la guerre pour la morbide mégalomanie de quelques uns, mais une série d’individus dont la seule pacification possible a nom « tolérance », d’être divers et différents. De cela se déduit la possibilité d’un lien social intégrant de l’autre et du soi-même, soit un espace physique et d’abord psychique de tolérance dont l’instance manifeste ne peut être que le Moi. D’où l’importance de l’éducation qui l’alimente.

 

Le seul progrès notable dans ce domaine est évidemment la laïcité, qui permet à chacune et chacun d’avoir une croyance, et néanmoins de ne pas en envahir la communauté. C’est accepter castration, privation et frustration, et l’on voit combien la civilisation actuelle dite occidentale vante et vend exactement le contraire sur l’autel (j’allais dire sur l’étal) du consumérisme dans la forme de structure perverse déjà dépliée ailleurs, poussée jusqu’au délire scatologique d’avoir à consommer nos propres déchets (industriels).

Pour ce qui concerne le lien social du travail et au travail, nous aurions à atteindre à un semblable progrès, puisque ce culte proprement « religieux » au sens ethnographique du terme, culte totalement ritualisé, mène ses ferventes processions chaque matin et chaque soir. Processions de fourmis mécanisées (si bien nommées transports) et zones de temples communautaires (autant d’Entreprises) organisent l’hégémonie envahissant l’espace social et familial. L’oblativité au Nom du Père y bat son plein d’agitations psychophysiques pour recevoir le pain et le vin, augmentés d’un toit, d’un vêtement et autres éléments dont on ne fera pas ici la liste. Pensons simplement qu’ils ressortissent au champ des besoins minimums, dits « minimums sociaux » d’en exclure le sexuel. C’est bien pourquoi ce dernier ne cesse pas d’y faire retour.

 

C’est aussi à ce titre que l’on peut immédiatement reconnaître dans ce que l’on appelle « Entreprise », et jusqu’en la dialectique, le lexique et les comportements qui y sont observés, la structure symbolique de la famille montée sur l’interdit de l’inceste.

 

Bref ; qu’est-ce donc la tolérance ? On ne peut encore la démêler qu’à la grosse d’une métaphore matérialiste, mécanistique. Tel ingénieur l’indique sur le plan d’une pièce mécanique à fabriquer : c’est une tolérance de côte (de taille, de mesure) ; par exemple : x centimètres, + ou - x dixièmes de millimètres. En effet, la machine outil, les matériaux, le corps de l’ouvrier accumulent une marge d’erreurs, d’imprécisions incompressibles et inévitables, et ce sont les contraintes de fabrication, auxquelles s’ajoutent celle du temps.

La tolérance est une précision qui libère de l’Impossible, de l’Absolu - une précision de taille donc -, soit un indice du manque et de la perte possibles. Il s’agit d’un jeu, et d’une liberté.

 

C’est pourtant à partir de deux premiers paramètres - manque de précision et perte de temps - que s’organise en vertu de la censure jusqu’à l’absurde et l’ubuesque l’exigence professionnelle dans la verticalité d’une hiérarchie symbolique et subjectivante.

 

Sur ce fait quotidien de la coupure symbolique, les individus qui composent cette hiérarchie sont totalement effacés, je veux dire : ils sont démis de leur identité (du nom de leur père) et prennent pour identité, par identifications, les blasons, les couleurs de l’entreprise (jusqu’aux vêtements siglés), comme naguère l’écu d’un chevalier si possible baron, comte ou prince (aujourd’hui, les baronnies sont les « corps de métiers »). le nom propre devient un prénom.

Selon quoi les mythes infantiles maintenus par la croyance et métaphorisés dans l’étayage des adultes aliènent profondément ces derniers, et plus sûrement qu’aucune autre proposition ouvrant à la désillusion freudienne, certes difficile mais incontournable, de l’être parlant, sexué et mortel - j’ai nommé l’humain.

 

On ne voit pas, de nos jours ce qui a pu être modifié de ce montage social, très-antique structure d’être originellement et actuellement familiale, sinon les images et l’imaginaire qui le recouvrent de leurs guipures artificielles (je veux dire : d’art soumis, de design, de logos- emblèmes et non-verbaux).

Tout juste entre l’esclavage et le salariat une différence est relevable : l’oppression, de moins s’exercer par la violence physique, s’exerce plus par la violence psychique comme on le voit à travers les actuelles « souffrances au travail ». C’est bien pourquoi la réponse politique est comportementale, d’avoir à dénier le sujet pour maintenir les illusions qui défendent la jouissance de quelques-uns.

 

Mais la souffrance au travail, c’est l’oppression physique et psychique qui la produit, et chaque individu dans la cascade hiérarchique doit en répondre de quelque chose. Or cela ne se peut qu’à reconnaître l’interdépendance transférentielle propre à l’être parlant si l’on veut avancer vers l’apaisement tant promis par la civilisation. L’hyperactivité et l’excitation qu’on voit décharger partout et n’importe où aujourd’hui devraient assez nous en indiquer le chemin, si toutefois le désir et la jouissance étaient un peu questionnés. 

 

Quoiqu’il en soit, le voile imaginaire est ici isolé, n’est-ce pas, du fait même de l’avoir symbolisé avec assez de précision pour notre propos.

 

Dès lors, levons-le et allons plus avant. Ce n’est pas difficile : il s’agit de penser. Un autre art, subversif celui-ci, nous en indique le lieu, et c’est du corps ; j’ai nommé : la sculpture - et en particulier celle fameuse de Rodin, coulée dans le bronze pour attendre son heure.

 

J.P. Journet.

Avril 2012.

 

 

 

Un travail en pierre.

 

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Published by Cat - dans Psy
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