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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 16:03

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J’veux pas de promesses
Qui s’font la malle dès qu’on les prononce
Je ne veux pas de mots qui m’entortillent,
Je ne veux pas de semblant,

J’veux pas d’absence

Si je dois traverser la rue seule,
Alors ne tends pas la main, et
Fais pas semblant de me retenir
Laisse moi filer

Même si tu chiales, ça passera
Le temps est là pour nous crever
Et aussi pour faire oublier
Les bleus noirs
Les coups
Et les bagarres
Celles qu’on livre contre soi

Je ne veux pas de promesses
Qui s’font la malle dès qu’on les prononce
Je ne veux pas de mots qui m’entortillent,
Je ne veux pas de semblant, j’veux pas d’absence

Comment te dire que je t’aime sans cracher
Ces mots, passés, dépassés, dévoyés
Je t’ai dans la peau serait mieux ou
Je t’ai à la bonne
Mais si tu ne piges pas que je te veux là
Alors comme dit la chanson
« J’ferai de nous deux mon plus beau souvenir »
Et j’ vais pas te mentir
J’te dirai adieu

J’veux plus de promesses
Qui s’font la malle dès qu’on les prononce
Je ne veux plus de mots qui m’entortillent,
Je ne veux plus de semblant, j’veux plus d’absence.


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Published by Blog de Cat - dans Slam 'parle
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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 08:12

 

 

 

 

Un seul homme, quel qu'il soit, n'a aucun pouvoir s'il n'est pas suivi !

 

 

 

 

Sur la psychologie de masse du fascisme
Jean-Marie Brohm


Depuis le début des années 30, divers courants politico‑théoriques des sciences sociales ‑ aujourd'hui souvent méconnus ou simplement censurés par les positions dominantes du champ universitaire ‑ ont tenté de comprendre les phénomènes de psychologie collective liés à l'avènement des divers fascismes, États totalitaires et régimes autoritaires. Leurs thématiques de réflexion et leurs programmes de recherche ont permis de défricher de vastes champs d'investigation des phénomènes sociaux de masse: les rapports entre la sexualité (fantasmes) et la politique (domination), le destin des pulsions (Éros et Thanatos) et les formations idéologiques (mécanismes de défense), les manifestations de foule et les investissements de la libido; l'élaboration des mythologies politiques ou des visions du monde et l'économie désirante, les diverses techniques de manipulation des émotions de masse par la propagande, mais aussi les formes conscientes ou inconscientes des identifications collectives à des figures charismatiques autoritaires (Duce, Führer, Caudillo... ), les préjugés réactionnaires (racistes) et les mentalités autoritaires ainsi que les processus pervers d'érotisation du pouvoir.

Ce vaste champ de la psychosociologie psychanalytique a été particulièrement investi par deux courants majeurs des sciences sociales, tous deux plus ou moins liés au mouvement ouvrier européen et à la lutte antifasciste internationale: le freudo‑marxisme (note 1) et l'École de Francfort (note 2). L'un comme l'autre ont tenté d'articuler, chacun de manière spécifique et originale, la psychanalyse (freudisme) et le matérialisme historique (marxisme), et ont eu surtout d'innombrables effets ‑ reconnus ou souterrains ‑ sur les multiples démarches théoriques qui se sont ensuite partagé ce champ des sciences humaines: psychohistoire et histoire psychanalytique (note3) , analyse institutionnelle, courants désirants et schizanalyse (note 4) , ethnopsychanalyse (note 5) et leurs diverses combinaisons rhizomatiques. Dans les limites d'un article il n'est évidemment pas possible de traiter de façon exhaustive la masse considérable de travaux qui ont influencé, souvent de manière décisive, les recherches contemporaines historiques, politiques, sociologiques et psychosociologiques notamment ‑ sur la psychologie de masse du fascisme et les rapports de la psychanalyse et de l'histoire. Trois thématiques essentielles semblent cependant se dégager ‑ dans le contexte d'une confrontation complémentariste (note 6) entre l'histoire politique du fascisme et la psychanalyse.

Idéologie du chef et structure psychologique de masse


Le premier point en débat concerne la concordance psychopolitique entre les structures caractérielles autoritaires des individus, notamment celles des meneurs, et les bases psychologiques de masse des régimes fascistes. Cette question très controversée a été posée par de nombreux auteurs inspirés par le freudomarxisme, en particulier par Erich Fromm qui a surtout insisté sur les rapports sado‑masochistes existant sous le nazisme entre Hitler (et les hitlériens) et la masse de la population allemande, notamment la petite bourgeoisie humiliée, frustrée, revancharde et haineuse, en tant que «terreau humain» de la barbarie.

«Ce qui importait,
écrit Erich Fromm, c'est que les centaines de milliers de petits bourgeois, qui en temps normal n'ont que peu d'occasions de s'enrichir ou de conquérir des situations influentes, disposassent, comme agents de la bureaucratie nazie, d'une large part de richesses et de prestiges qu'ils obligeaient les classes possédantes à leur céder. À ceux qui n'étaient pas les bras de la croix gammée, on distribua les postes et les affaires enlevées aux Juifs et aux ennemis politiques. Quant à la popu­lation, si elle ne reçut pas plus de pain, César lui offrit des jeux de cirque (note 7). Les défilés spectaculaires, les manifestations sadiques et les ressources d'une idéologie qui lui donnait le sentiment d’être supérieure au reste de l'humanité lui procuraient assez de satisfactions pour compenser ‑ du moins momentanément‑ le fait que sa vie était appauvrie matériellement, autant qu'intellectuellement.
L'effet psychologique des bouleversements sociaux et économiques, notamment du déclin de la classe moyenne, était amplifié ou systématisé par l'idéologie politique [...]. Les forces psychologiques ainsi éveillées furent orientées dans un sens opposé à leur intérêt véritable. Moralement, le nazisme insufflait une nouvelle vie à la petite bourgeoisie tout en ruinant ses vieilles forteresses [...]. La personnalité d'Adolf Hitler, ses enseignements et son système, représentaient le symbole d'une forme extrême du caractère autoritaire
[qui] aimantait puis­samment les groupes qui lui ressemblaient mentalement.»


C'est cette présence simultanée d'impulsions sadiques ‑ teintées de destructivité et de haine de l'autre ‑ et de tendances masochistes qui permet, selon Erich Fromm, de comprendre en grande partie les rapports de Hitler aux masses allemandes:
«Mein Kampf nous offre de multiples exemples d'un désir sadique de puissance. L'auteur méprise et "aime" les masses allemandes d'une manière significative et il libère ses impulsions hostiles en les déchaînant contre ses adversaires politiques. Il observe que les foules éprouvent de la satisfaction dans la domination.»
D'autre part, la psychologie hitlérienne est un bon exemple du mécanisme de projection qui justifie le sadisme en tant que défense contre les supposées agressions et conspirations anti­germaniques:
«Le peuple allemand et lui [Hitler] sont toujours innocent set leurs ennemis des brutes hypocrites. Cette partie de sa pro­pagande relève du mensonge conscient et délibéré. Elle revêt pourtant, dans une certaine mesure, la même "sincérité" émo­tive qu'on décèle dans les accusations paranoïaques. Chez le névrosé, celles‑ci servent toujours à se défendre contre des êtres inventés de toutes pièces pour servir d'exutoire à son propre sadisme et à sa soif de destruction [...]. Chez Hitler, ce méca­nisme défensif se passe de tout raisonnement. Ses ennemis sont imputés à crime d'entretenir des intentions dont lui‑même se fait gloire. Ainsi il dénonce le judaïsme, les communistes et les Français de nourrir des ambitions, dont il proclame fran­chement qu'elles sont ses buts légitimes.»

Pour Erich Fromm les deux pôles du caractère sadomasochiste expliquent donc dans une large mesure la politique hitlérienne. Le pôle sadique est suffisamment connu par ses conséquences exterminatrices sur les juifs, les Tsiganes, les «peuples dégénérés», les «communistes» et les populations civiles de l'Europe dévastée par les hordes hitlériennes (note 8) . Le pôle masochiste, lui, se manifeste clairement dans les rapports de Hitler avec les masses:

«On enseigne à celles‑ci, on leur répète, on les persuade que l'individu n'est rien et ne compte pas. Il doit accepter son inac­tivité et s'incorporer à un mouvement puissant qui lui donnera assurance et prestige.»

Dans ce système totalitaire, il y a donc une aimantation réciproque du sadisme et du masochisme, du leader et de la masse:
Du haut en bas du système nazi, une hiérarchie conçue d'après le principe du chef permettait à tout un chacun d'obéir à un supérieur et de commander un subalterne. Au sommet de la pyramide, le Führer s'inclinait devant le Destin, l’Histoire et la Nature. Ainsi l'hitlérisme contenait les désirs des classes moyennes et donnait une satisfaction et une orientation à toute une humanité perdue dans un monde inhumain et déboussolé.» (note 9)

Cette question de l'adhésion psychopolitique conscien­te ou inconsciente des masses allemandes à l'hitlérisme a aujour­d'hui des conséquences considérables du point de vue des sciences politiques et historiques. Le débat a été, là aussi, bien posé par Erich Fromm qui rappelle que dès le départ «une partie de la population allemande s'inclinait devant le régime nazi sans aucu­ne résistance sérieuse, mais non plus sans admirer sa doctrine et ses pratiques. Une autre partie de l'Allemagne était véritablement aimantée par ces nouvelles idées et fanatiquement attachée à leurs hérauts» (note 10) .

Tout le problème, qui a rebondi récemment avec la publication du livre de Daniel Jonah Goldhagen, est l'évaluation correcte d'une double dialectique: d'une part le rapport entre l'idéologie du Führer et celle de la masse des Allemands, en par­ticulier en ce qui concerne l'antisémitisme obsessionnel, agres­sif et meurtrier du national‑socialisme (note11) , d'autre part le rapport entre l'activisme militant des partisans fanatiques du Reich et la passivité plus ou moins complice des Allemands ordinaires, leur participation plus ou moins volontaire, enthousiaste, conscien­te, à la mobilisation totalitaire du nazisme, qui a d'ailleurs pu varier selon les étapes de la politique hitlérienne. Cette question qui pose dans toute son acuité celle de la responsabilité de l'Allemagne dans les crimes hitlériens ‑ et donc de la culpabili­té allemande ‑ a trouvé chez Wilhelm Reich une formulation qui fit scandale chez les «marxistes orthodoxes» parce qu'elle refu­sait d'exonérer les masses populaires de leur responsabilité dans l'avènement, la consolidation et l'exacerbation du fascisme. «Le fascisme, écrivait Wilhelm Reich en 1942, en tant que mouvement politique se distingue de tous les autres partis réactionnaires par le fait qu'il est accepté et préconisé par les masses» (note 12) . Wilhelm Reich, comme la plupart des freudo‑marxistes, soutenait que le nazisme était en accord avec la structure caractérielle des masses allemandes, notamment petites bourgeoises et prolétariennes paupérisées. En posant la question de la mystification politique des masses enragées et fanatisées, Wilhelm Reich affirmait que pour expliquer pourquoi «des millions de gens applaudissaient à leur propre asservissement», il fallait comprendre que l'efficacité psychologique de Hitler, son idéologie, son programme «étaient en harmonie avec la structure moyenne d'une large couche d'individus nivelés par la masse»:
«Un "Führer" ne peut faire l'histoire que si les structures de sa personnalité coïncident avec les structures ‑ vues sous l'angle de la psychologie de masse ‑ de larges couches de la popula­tion [...]. C'est pourquoi on a tort d'attribuer le succès d'Hitler exclusivement à la démagogie des national‑socialistes, à l'"égarement des masses", à la "psychose nazie", ce qui ne veut rien dire du tout, bien que des politiciens communistes se soient servis par la suite de ces explications très vagues. Il s'agit pré­cisément de comprendre pourquoi les masses ont pu être trom­pées, égarées, soumises à des influences psychotiques. C'est là un problème qu'on ne peut résoudre si on ne sait pas ce qui se passe au sein des masses.»

En conséquence la relation est ici dialectique: le Führer a certes manipulé des masses manipulables, mais celles‑ci ont également produit Hitler en tant que leur représentant psychologique:
«C'est la structure autoritaire, antilibérale et anxieuse des hommes qui a permis à sa propagande d'accrocher les masses. C'est la raison pour laquelle l'importance sociologique de Hitler ne réside pas dans sa personnalité, mais dans ce que les masses ont fait de lui. » (note13)

Complicité et consentement des masses


Aussi la question posée par le livre de Daniel Jonah Goldhagen ‑ qui a fait figure d'analyseur de la culpabilité allemande, question presque toujours refoulée ‑ peut‑elle se comprendre dans la perspective reichienne. Les Allemands n'eurent ‑ dans leur très grande majorité ‑ aucune difficulté à obéir aux ordres du Führer dans la mesure où ils étaient psychologiquement et idéologiquement préparés à accepter le pire, compte-tenu de la culture allemande qui les avait formés et d'une «conception du monde partagée par la grande majorité du peuple allemand», conception essentiellement gouvernée par l'orgueil nationaliste et surtout l'antisémitisme.

«Aucun aspect important de la société allemande n'est resté à l'abri de la politique antisémite, que ce soit l'économie, la vie sociale, la culture, les éleveurs de bétail, les commerçants, les petites municipalités, les avocats, les médecins, les physiciens, les professeurs [...]. La première partie du programme, c'est‑à‑dire l'exclusion systématique des Juifs de la vie économique et sociale de l'Allemagne, a été réalisée au grand jour, sous des yeux approbateurs, et avec la complicité de presque tous les secteurs de la société allemande [...]. Les convictions antisémites des Allemands ont été la cause centrale de l'Holocauste, l'origine non seulement de la décision de Hitler d'exterminer les Juifs d’Europe (acceptée par beaucoup), mais aussi de la bonne volonté mise par les exécutants à faire violence aux juifs et à les assassiner [...]. Ce ne sont pas les difficultés économiques, ni les moyens de coercition d'un État totalitaire, ni la pression sociopsychologique, ni une inclination irrépressible de la nature humaine, mais des idées sur les Juifs répandues dans toute l'Allemagne, depuis des décennies, qui ont amené des Allemands ordinaires à tuer des Juifs sans armes, sans défense, hommes, femmes et enfants, par centaines de milliers, systématiquement, et sans la moindre pitié [...]. Le génocide a été connu de presque tout le monde, sinon approuvé. Aucune autre politique (ou toute autre de même ambition) n'a été conduite avec autant de persévérance et de zèle, et avec moins de difficultés que le génocide, sauf peut‑être la guerre elle‑même. L’Holocauste définit non seulement l'histoire des Juifs au milieu du 20e siècle, mais aussi celle des Allemands.» (note 14)


En développant cette thèse qui fit scandale, surtout chez les admirateurs de l'Allemagne éternelle, Daniel Jonah Goldhagen se référait implicitement à une théorie de la psychologie de masse des agents de l'Holocauste, cherchant à comprendre leurs «motivations», l'intentionnalité de leurs actes de tueurs, leur mentalité, leur vision du monde, leurs croyances, leur «Lebenswelt», écrira‑t‑il même.
Or, et c'est ce qui nous intéresse ici, la «révolution» national‑socialiste visait d'abord à transformer les consciences, les sensibilités et les comportements des Allemands ordinaires en leur inculquant une culture « porteuse de mort», sadique et brutale, une culture de la cruauté méthodique, une culture pure de la pulsion de mort pourrait‑on dire en ternies marcusiens. Et cette culture a trouvé son apothéose mortifère dans le système des camps de la mort.
«L'essence de cette révolution, la façon dont elle transformait la substance psychique et morale du peuple allemand et dont elle détruisait, pour reprendre les termes mêmes de Himmler, la "substance humaine" des non‑Allemands, se lit dans l'institution emblématique de l'Allemagne nazie, le camp.»

Le camp, «lieu des pulsions et des cruautés déchaînées», révèle que
«la Kultur de Himmler était, dans une large mesure, déjà devenue la Kultur de l'Allemagne [...]. Le massacre collectif, la réintroduction de l'esclavage sur le continent européen, la liberté officielle de traiter les "sous‑hommes" comme on le voulait et sans aucune contrainte, tout cela montre que le camp était l'institution emblématique de l'Allemagne nazie et le paradigme du "Reich de mille ans" promis par Hitler. Le monde des camps révèle l'essence de l'Allemagne qui s'est donnée au nazisme, de même que les agents de l'Holocauste révèlent la barbarie meurtrière par laquelle, de leur plein gré, les Allemands entendaient protéger l'Allemagne et son peuple de leur plus grand ennemi, der Jude.» (note 15)
Cette interprétation a été sensiblement nuancée par un livre récent de Saul Friedländer qui conteste la radicalité de la thèse intentionnaliste de Daniel Jonah Goldhagen sur l'antisémitisme éliminationniste allemand. À propos de l'évaluation de l'adhésion de la population aux obsessions idéologiques de Hitler, il souligne:

«À l'intérieur du parti et […] parfois à l'extérieur de celui‑ci, il existait des noyaux d'antisémitisme irréductibles, suffisamment puissants pour relayer et amplifier les pulsions de Hitler. Pourtant, parmi les élites traditionnelles et dans de vastes pans de la population, le comportement anti‑juif releva davantage du consentement tacite ou de la passivité à des degrés divers. Si la plus grande partie de la société allemande a été pleinement consciente, longtemps avant la guerre, de la férocité toujours croissante des mesures prises à l'encontre des Juifs, elle n'a opposé que des désaccords mineurs (et encore étaient‑ils presque dus à des motifs économiques ou religieux). Il semble cependant que les Allemands dans leur majorité, bien qu'indiscutablement dominés par maintes formes d'antisémitisme traditionnel et acceptant sans problème la ségrégation des juifs, aient été réticents aux déchaînements de violence à leur égard et n'aient pas appelé à leur expulsion du Reich ou leur anéantissement physique.» (note 16)
La difficulté d'interprétation consiste là à apprécier exactement le degré de passivité et de consentement tacite, thèse vers laquelle penche plutôt Saul Friedländer, ou le degré de complicité subjective, d'intentionnalité consciente et d'adhésion délibérée, thèse de Daniel Jonah Goldhagen pour qui
«sans une bonne volonté largement répandue chez les Allemands ordinaires à accepter, tolérer (et même pour certains épauler) la persécution déjà radicale des Juifs allemands dans les années trente, puis, au moins pour ceux à qui on l'a demandé, à participer à l'extermination des juifs d’Europe, le régime n'aurait jamais réussi à en tuer six millions. L'accession des nazis au pouvoir et l'adhésion des Allemands à leur politique antisémite étaient les deux conditions nécessaires de l'Holocauste. Ni l'une ni l'autre n'était à elle seule suffisante. Et ce n'est qu'en Allemagne qu'elles ont joué ensemble» (note17) .

Il reste que ces deux ouvrages historiques considérables ont reposé dans toute leur ampleur la question naguère formulée par Wilhelm Reich, Erich Fromm et les freudo‑marxistes: pourquoi les masses s'identifient‑elles à des démagogues fascistes, pourquoi succombent‑elles à la mystification politique, pourquoi agissent‑elles contre leurs propres intérêts objectifs ? Pourquoi se transforment‑elles en exécuteurs des basses oeuvres exterminatrices et autodestructrices ? Erich Fromm a donné une réponse qui devrait permettre de comprendre la dialectique psychologique de masse de l'activisme et de la passivité, de la liberté individuelle et de la pression collective, de la résistance et de la collaboration au sein des régimes totalitaires:
«Quand Hitler arriva au pouvoir la majorité de la population se rallia à lui, car son gouvernement s'identifiait à "l'Allemagne" ‑ le combattre, c'était s'exclure de la communauté. Quand les autres partis furent abolis, le national‑socialisme bénéfi­cia à son tour du loyalisme de la population. S’opposer à lui c'était aussi s'opposer à la patrie. Il semble que rien ne soit plus malaisé à l'homme de la rue que de ne pas s'identifier à quelque mouvement important. Si peu de sympathie qu'un citoyen allemand ressentît pour les principes du nazisme, s'il devait choisir entre la solitude et la communauté nationale, dans la plupart des cas il n'hésitait pas un instant. Il est notoi­re que des Allemands qui n'étaient nullement hitlériens défen­dirent le régime contre les étrangers par pure solidarité nationale. La peur de l'esseulement et la faiblesse relative des principes moraux viennent au secours du vainqueur, quel qu'il soit, et lui apportent la fidélité traditionnelle d'un large secteur de la population.» (note 18)

Fausse conscience et antisémitisme


Une des grandes contributions de l'École de Francfort à l'étude de la fausse conscience (note19) a été l'investigation systéma­tique des idéologies racistes et tout particulièrement de l'anti­sémitisme. Theodor W. Adorno et Max Horkheimer, dès la fin de la guerre, en 1947, posaient à leur tour la question centrale de Wilhelm Reich sur la psychologie de masse et tentaient d'ap­porter une réponse théorique à «la mystérieuse disposition qu'ont les masses à se laisser fasciner par n'importe quel despotisme, leur affinité autodestructrice avec la paranoïa raciste»
(note20) .
La cri­tique de l'assujetissement par la propagande industrielle d'un sys­tème tout entier centré sur la rationalité de la domination, la «mystification des masses» et l'administration totalitaire des choses (note21) , la critique de la culture de masse ‑ des « masses démo­ralisées par une vie soumise sans cesse aux pressions du système, [et] dont le seul signe de civilisation est un comportement d'au­tomate susceptible de rares sursauts de colère et de rébellion», exposées aux injonctions idéologiques (publicitaires mercantiles) d'un système d'aliénation ‑ débouchaient chez Theodor W. Ador­no et Max Horkheimer sur la critique impitoyable d'une «socié­té de désespérés [...] proie facile pour le gangstérisme» (note22) . C'est surtout le gangstérisme de masse fasciste, en tant que dissolution totale et totalitaire des Lumières, qui méritait d'être soumis à l'analyse critique, et notamment son fondement idéologique, l'an­tisémitisme:

«Les fascistes ne considèrent pas les Juifs comme une minorité, mais comme l'autre race, l'incarnation du principe négatif absolu: le bonheur du monde dépend de leur extermination.» (note 23)

L'intérêt théorique de l'oeuvre fondatrice de Theodor W. Adorno et Max Horkheimer était aussi de pointer le rôle des stéréotypes et des étiquettes dans les préjugés antisémites (racistes):
«L'antisémitisme n'est pas une caractéristique de l'étiquette antisémite, c'est un trait propre à toute mentalité acceptant des étiquettes. La haine féroce pour tout ce qui est différent est téléologiquement inhérente à cette mentalité.» (note24)

Theodor W. Adorno et Max Horkheimer allaient ainsi favoriser les recherches empiriques sur les préjugés antisémites, les discriminations racistes, l'ethnocentrisme, les tendances antidémocratiques, les personnalités autoritaires en tant que supports d'intelligibilité des adhésions de masse aux politiques fascistes ou totalitaires. Dans la lignée d'un ouvrage célèbre de l'École de Francfort, Autorité et Famille (note25) , ils publiaient toute une série d'articles ou d'ouvrages visant à disséquer l'antisémitisme d'un point de vue psychanalytique, sociologique et historique. L'apport de ces recherches à la sociologie du racisme et de l'antisémitisme fut décisif et mériterait à lui seul une étude approfondie. Leur importance vient surtout du croisement complémentariste des réflexions philosophiques et des méthodes d'enquête empiriques ainsi que de la mise en oeuvre systématique de la transdisciplinarité, selon l'expression qui prévaut aujourd'hui: psychologie, psychologie sociale, anthropologie, linguistique, marxisme, psychanalyse, etc., toutes ces démarches théoriques furent sollicitées pour étudier le fascisme et l'antisémitisme
note (26) .

Mais c'est surtout la grave carence du «marxisme‑léninisme» orthodoxe, notamment stalinien, incapable ‑ du fait de son économicisme et de son dogmatisme politique ‑ de comprendre les bases psychologiques de masse du fascisme et de l'idéologie raciste (antisémite) qui incita les freudo‑marxistes et les théoriciens de l'École de Francfort ‑ dans un jeu d'influences réciproques complexes ‑ à utiliser les ressources critiques de la psychanalyse pour étudier le rôle de la famille autoritaire, de l'éducation sexuelle répressive et du mysticisme religieux dans la formation des personnalités autoritaires, antidémocratiques et racistes et dans la consolidation idéologique d'une structure caractérielle de masse asservie. Quelles qu'aient été les différentes réponses des uns et des autres ‑ parfois contradictoires entre elles ‑, le mérite de ces deux grands courants historiques aura été de redonner un élan considérable à la recherche théorique sur l'antisémitisme. Et surtout de susciter d'innombrables recherches psychanalytiques ou psychopathologiques sur l'antisémitisme comme paradigme de la fausse conscience meurtrière (note27) .

Une éthique du témoignage


On n'a d'ailleurs pas manqué ‑ indépendamment des critiques positivistes qui lui ont été adressées ‑ de mettre en avant les «origines juives» de la psychanalyse (note28) pour disqualifier ses investigations et conclusions. Mais comme Freud l'avait remarqué de manière prémonitoire, dans un texte publié dans La Revue juive en 1925,
«ce n'est peut‑être pas par un simple hasard que le promoteur de la psychanalyse se soit trouvé être juif Pour prôner la psychanalyse, il fallait être amplement préparé à accepter l'isolement auquel condamne l'opposition, destinée qui, plus qu'à tout autre, est familière au Juif» (note 29)

Du point de vue épistémologique ‑ quant à l'implication de l'historien, du sociologue ou du psychanalyste dans l'étude du racisme, du fascisme et de l'antisémitisme ‑, la situation de rejet, d'exclusion, d'ostracisation, de bannissement, prédispose évidemment à mieux comprendre les mesures de discrimination, de persécution, puis d'extermination dont furent victimes des millions de juifs en Europe.
C'est ce que souligne justement Saul Friedländer:
«La plupart des historiens de ma génération, né à la veille d el'ère nazie, savent que le pénible défrichage des événements de ces années ne les contraint pas seulement à exhumer et à interpréter un passé collectif, mais aussi à affronter leur propre vie. Au sein de cette génération, les analyses ne concordent évidemment pas, qu'il s'agisse de définir le régime nazi, d'en décrypter la dynamique interne, d'en restituer correctement la criminalité absolue ou la banalité tout aussi absolue, ou enco­re de le replacer dans un contexte historique plus vaste. En dépit de nos polémiques, nous sommes nombreux cependant à partager un sentiment d'urgence suscité à la fois par notre vécu et par la fuite du temps. Passé cette génération ‑ pour les historiens, comme pour la plus grande partie de l'humanité ‑, le Reich de Hitler, la Seconde Guerre mondiale et le sort des juifs d’Europe n'appartiennent déjà plus à une mémoire commune. » (note 30)30

Il reste donc l'urgence vitale du témoignage, en tant que tâche théorique prioritaire: recueillir et entendre ce que disent les victimes de l'antisémitisme génocidaire, les survivants des camps de la mort:
«Il est essentiel d'entendre leurs voix pour parvenir à comprendre ce passé. Elles révèlent en effet ce qu'on sut à l'époque et ce qu'on aurait pu savoir; elles seules transmirent à la fois la perception claire et la cécité totale d'êtres humains face à une réalité inédite et terrifiante.» (note 31)31

Bien évidemment, tout chercheur ‑ qu'il soit Juif ou non-Juif ‑ est obligé dans l'étude de ces questions de prendre en compte ses propres réactions émotionnelles et politiques face à «ce qui est sans précédent», pour reprendre l'expression de Hannah Arendt, c'est‑à‑dire une «guerre mondiale d'une férocité sans équivalent» et «un crime de génocide sans précédent accompli au sein même de la civilisation occidentale» (note 32) . Dès lors, expliquer et comprendre ce qui s'est passé ne signifie nullement ‑ comme le soutiennent les nouveaux révisionnistes ‑ l'accepter, le banaliser, l'occulter ou, pire, le justifier au nom d'une supposée « neutralité axiologique», et sûrement pas «nier ce qui est révoltant» ou «déduire à partir de précédents ce qui est sans précédent: ce n'est pas expliquer des phénomènes par des analogies et des généralités telles que le choc de la réalité s'en trouve supprimé. Cela veut plutôt dire examiner et porter en toute conscience le fardeau que les événements nous ont imposé, sans nier leur existence ni accepter passivement leur poids comme si ce qui est arrivé en fait devait fatalement arriver» (note 33) .
Cette attitude épistémologique implique, de toute évi­dence, une position éthique qui suppose une identification, au moins partielle, avec les victimes, leurs angoisses, leurs souf­frances, mais aussi leurs luttes et leur volonté de vivre. On ne peut, insiste Georges Devereux à propos de la torture par exemple, «réduire artificiellement nos angoisses en considérant la torture des prisonniers simplement comme une "coutume", en niant donc implicitement que ces pratiques aient quelque rapport avec des êtres de chair et de sang, avec lesquels nous aurions à nous iden­tifier. On a recours ainsi dans la vie quotidienne à de telles dénégations implicites de toute similarité entre soi et les autres: quand on cherche, par exemple, à justifier l'esclavage qui n'affecte, "après tout", que des "quasi‑animaux"» (note34) .

Que dire alors du massacre de masse ?
Pitoyables et grotesques sont donc les arguties scientistes sur la «prise de distance du chercheur (historien, sociologue, etc.) vis‑à‑vis de son objet, sur «l'objectivation nécessaire» et autres fadaises positivistes destinées à calmer l'angoisse de la proximité avec l'insoutenable. Non seulement les victimes de l'extermination ne peuvent être «objectivées», mais le chercheur lui‑même ne peut pas ne pas affirmer sa solidarité de sujet vivant avec d'autres sujets anéantis par la barbarie hitlérienne (ou pétainiste). C'est ce que soulignait Max Horkheimer dans un texte magnifique:
«Nous, intellectuels juifs, rescapés de la mort dans les supplices hitlériens, n'avons qu'un seul devoir: agir pour que l’ef­froyable ne se reproduise pas ni ne tombe dans l'oubli, assurer l'union avec ceux qui sont morts dans des tourments indicibles. Notre pensée, notre travail leur appartiennent: le hasard par lequel nous y avons échappé ne doit pas mettre en question l'union avec eux, mais la rendre plus certaine; toutes nos expé­riences doivent se placer sous le signe de l'horreur qui nous était destinée comme à eux. Leur mort est la vérité de notre vie, nous sommes ici pour exprimer leur désespoir et leur nos­talgie. » (note 35)
Même si l'on n'est pas Juif, ce qui est mon cas, cette exigence de solidarité avec les survivants et les résistants est sans doute la seule éthique qui permette encore de tenir des positions politiques et théoriques respectables: du côté des victimes et non des bourreaux, avec les antifascistes et non les collaborateurs.

Jean Marie Brohm


Note 1:
Le freudo-marxisme, qui a fait couler beaucoup d'encre perfide chez les lacaniens et les stalino‑althusseriens français a surtout été étudié en Allemagne. De nombreux textes essentiels restent encore à traduire ‑ de Wilhelm Reich à Otto Fenichel, en passant par Erich Fromm, Siegfried Bernfeld et tant d'autres.
On pourra consulter :
Reich (Wilhelm), La révolution sexuelle, Paris, Bourgois, 1968;
L'analyse caractérielle, Paris, Payot, 1973;
Fromm (Erich), La crise de la psychanalyse, Essais sur Freud, Marx et la psychologie sociale, Paris, Denoël, 1971;
Le dogme du christ,
Bruxelles, Complexe, 1975 ;
Société aliénée et société saine. Du capitalisme au socialisme humaniste,Psychanalyse de la société contemporaine,
Paris, Le Courrier du Livre, 1971 ;

Marcuse (Herbert), Éros et civilisation, Paris, Minuit, 1963;
Culture et société,
Paris, Minuit, 1970;

Reiche (Reimut), Sexualité et lutte des classes, Paris, Maspero, 1971 ;
Schmidt (Véra) et Reich (Annie), Pulsions sexuelles et éducation du corps (introduction et traduction de Jean‑Marie Brohm), Paris, UGE, 1979; revue Partisans n° 66‑67 («Sexualité et répression»), Paris, Maspero, 1972;
Freudo‑marxisme et sociologie de l'aliénation
(choix de textes), Paris, UGE, 1974;

Brohm (Jean‑Marie), «Psychanalyse et révolution» dans Garde fous, arrêtez de vous serrer les coudes, Paris, Maspero, 1975;
Brohm (Jean‑Marie), Dahmer (Helmut), Frappier (Paul), Reich devant Marx et Freud, Paris, La Brèche, 1975;
Brohm (Jean‑Marie), «Wilhelm Reich», dans Dictionnaire des philosophes, Paris, PUF, 1984;
Marchi (Luigi de), Wilhelm Reich, biographie d'une idée, Paris, Fayard, 1973;
Jacoby (Russel), Fenichel (Otto), Destin de la gauche freudienne, Paris, PUF, 1986.

Note 2:
Voir Jay (Martin), L'imagination dialectique, L'École de Francfort, 1923‑1950, Paris, Payot, 1977;
Wiggershaus (Rolf), L'École de Francfort, histoire, développement, signification, Paris, PUF, 1993.

Note 3 Voir Moscovici (Serge), L'Âge des foules. Un traité historique de psychologie des masses, Bruxelles, Complexe, 1985; Dadoun (Roger), La psychanalyse politique, Paris, PUF, 1995;
Enriquez (Eugène), De la horde à l'État. Essai de psychanalyse du lien social, Paris, Gallimard, 1983, en particulier le chapitre 4 sur «L'antisémitisme nazi» et de manière plus générale sur les rapports de la culture (de l'histoire) et de la psychanalyse;
Bastide (Roger), Sociologie et psychanalyse, Paris, 1950; Rank (Otto) et Sachs (Hans), Psychanalyse et sciences humaines, Paris, PUF 1981 ; Roheim (Geza), Psychanalyse et anthropologie, Paris, Gallimard, 1967;
sous la direction d'Alain Besançon: L'histoire psychanalytique. Une anthologie, Paris‑La Haye, Mouton, 1974;
Friedländer (Saul), Histoire et psychanalyse, Paris, Seuil, 1975.

Note 4 Voir, par exemple, Deleuze (Gilles) et Guattari (Félix), L'Anti‑Oedipe, Paris, Minuit, 1972.

Note 5 Voir, par exemple, Nathan (Tobie), Sexualité idéologique et névrose (préface de Georges Devereux), Grenoble, La Pensée Sauvage, 1977;
On lira aussi, bien que dans une perspective ethnopsychanalytique plus classique et politiquement conservatrice, Besançon (Alain), Histoire et expérience du moi, Paris, Flammarion, 1971.

Note 6 Voir Devereux (Georges), Ethnopsychanalyse complémentariste, Paris, Flammarion, 1985.

Note 7 Voir Brohm (Jean‑Marie), Jeux olympiques à Berlin, 1936, Bruxelles, Complexe, 1983.

Note 8 Voir notamment Hilberg (Raul), La Destruction des Juifs d'Europe, 2 tomes, Paris, Gallimard, 1993;
Kogon (Eugen), Langbein (Hermann), Rückerl (Adalbert), Les Chambres à gaz, secret d'État, Paris, Seuil, 1987;
L'Allemagne nazie et le génocide juif
(Colloque de l'École des hautes études en sciences sociales réunissant de nombreux auteurs de premier plan, dont Saul Friedländer, Raul Hilberg, Michaël R. Marrus, Robert O. Paxton, Léon Poliakov, Zeev Sternhell, Pierre Vidal‑Naquet), Paris, Seuil, 1995;

sous la direction de Bédarida (François), La politique nazie d'extermination (ouvrage collectif comprenant notamment les contributions de Philippe Burrin, Saul Friedländer, Michaël R. Marrus, Léon Poliakov, Pierre Vidal‑Naquet), Paris, Albin Michel, 1989.

Note 9 On trouvera cette citation et les précédentes dans Erich Fromm. La Peur de la liberté, chapitre 6: «La psychologie du nazisme», Paris, Buchet/Chastel, 1962, p. 175 à 188.

Note 10 Ibid., p. 166.

Note 11 Dans l'abondante littérature sur cette question, voir notamment:
Poliakov (Léon) Bréviaire de la haine. Le 3e Reich et les Juifs, Bruxelles, Complexe, 1986;
Eberhard (Jäckel) Hitler idéologue, Paris, Gallimard, 1995;
Stern (J.‑P.), Hitler Le Führer et le peuple, Paris, Flammarion, 1995;
Burrin (Philippe), Hitler et les Juifs. Genèse d'un génocide, Paris, Seuil, 1985;
L'Allemagne de Hitler 1933‑1945
(ouvrage collectif avec une introduction de François Bédarida), Paris, Seuil, 1991.


Note 12 Reich (Wilhelm), La psychologie de masse du fascisme, Paris, Payot, 1972, «Préface», p. 11.

Note 13 Ibid p. 54 et 57.

Note 14 Goldhagen (Daniel Jonah), Les Bourreaux volontaires de Hitler Les Allemands ordinaires et l'Holocauste, Paris, Seuil, 1997, p. 16 et 17.

Note 15 Ibid., p. 447 à 452.
voir aussi Le Débat, n° 93, janvier‑février 1997, la partie consacrée à la discussion sur «Les Allemands, l'antisémitisme et l'extermination», notamment l'article de Daniel Jonah Goldhagen, «Réponse à mes critiques», ainsi que l'entretien avec Daniel Jonah Goldhagen, «L'importance de la cruauté est essentielle pour la compréhension de l'Holocauste» dans Le Monde, 6 mai 1997.

Note 16 Friedländer (Saul), L’Allemagne nazie et les Juifs, tome 1: Les Années de persécution (1933‑1939), Paris, Seuil, 1997, p 16.

Note 17 Goldhagen (Daniel Jonah), Les bourreaux volontaires de Hitler. Les allemands ordinaires et l'holocauste, op. cit. ; «Préface à l'édition allemande», p 567 et 568.

Note 18 Fromm (Erich), La peur de la liberté, op. cit., p. 167. Voir aussi le beau livre de Sperber (Manès), Psychologie du pouvoir (Paris, Odile Jacob, 1995) qui analyse finement la dialectique du chef et de la tyrannie, de l'adaptation et de la résistance,
Voir aussi, pour les situations concentrationnaires extrêmes, Bettelheim, (Bruno), Le Coeur conscient, Paris, Laffont, 1972.

Note 19 voir le livre fondamental de Gabel (Joseph), La fausse conscience, Paris, Minuit, 1962, notamment le chapitre 5: «L’idéologie raciste».

Note 20 Horkheimer (Max) et Adorno (Theodor W.), La Dialectique de la raison, Paris, Gallimard, 1974, p. 16,

Note 21 Thème qui sera repris par Marcuse (Herbert), L'Homme unidimentionnel, Paris, Minuit, 1968;
voir aussi Adorno (Theodor W.), Prismes: critique de la culture et société, Paris, Payot, 1986; Horkheimer (Max), Théorie traditionnelle et théorie critique, Paris, Gallimard, 1974.

Note 22 Horkheimer (Max) et Adorno (Theodor W.), La Dialectique de la raison, op. cit. p. 161.

Note 23 Ibid., p. 177.

Note 24 Ibid., p. 215.

Note 25 Studien uiber Autorität und Familie (ouvrage collectif publié par l’Institut de recherches sociales, avec en particulier des contributions de Max Horkheimer, Erich Fromm et Herbert Marcuse), Paris, Félix Alcan, 1936.

Note 26 voir l'ouvrage classique de Adorno (Theodor W.), Frenkel‑Brunswik (Else), Levinson (Daniel J.), Sanford (R. Nevitt), The Authoritarian Personality (1950), New York et Londres, W. W. Norton and Company, 1982, édité dans le cadre des Studies in Prejudice.
Voir aussi Adorno (Theodor W.), «Anti‑Semitism and Facist Propaganda» et «Freudian Theory and the Pattern of Fascist Propaganda» dans Adorno (Theodor W.), Soziologische Schriften 1, Francfort, Suhrkamp, 1979;
Horkheimer (Max), «Die Psychologie des Nazitums» et «Antisemitismus: der soziologische Hintengrund des psychoanalytischen Forschungsansatzse» dans Gesammelte Schriften, t. 5, Francfort, Fischer Verlag, 1987.
Voir également l'ouvrage classique édité sous la direction de Simmel (Ernst), Anti‑semitism. A Social Disease, New York, International Universities Press, 1946;
Arendt (Hannah), Les Origines du totalitarisme, Sur l'antisémitisme, Paris, Seuil 1984.

Note 27 Parmi cette très importante littérature, on retiendra ici les ouvrages en langue français:
Loewenstein (Rodolphe), Psychanalyse de l'antisémitisme, Paris, PUF, 1952 (importante bibliographie);
Hermann (Imre), Psychologie de l'antisémitisme, Paris, L'Éclat, 1986;
Friedländler (Saul), L'Antisémitisme nazi. Histoire d'une psychose collective, Paris, Seuil, 1971; Langer (Walter C.), Psychanalyse d'Adolf Hitler, Paris, Denoël, 1973;
Gabel (Joseph), Réflexions sur l'avenir des Juifs (Racisme et aliénation), Paris, Méridiens Klincksieck, 1987.

Note 28 L'accusation a été également formulée contre de nombreux théoriciens marxistes et freudo‑marxistes ‑ suspects de «judéo‑bolchevisme» ‑ ou contre certains théoriciens de l'École de Francfort, coupables d'illustrer théoriquement le «judaïsme» ou la «pensée juive»...

Note 29 Freud (Sigmund), «Résistances à la psychanalyse» dans Nouvelle Revue de psychanalyse, n° 20, automne 1979, p. 181.

Note 30 Friedländer (Saul), L'Allemagne nazie et les Juifs, t. 1 : Les années de persécution (1933‑1939), op. cit., p. 13 (souligné par moi).

Note 31 Ibid., p. 14.

Note 32 Arendt (Hannah), Les origines du totalitarisme. Sur l'antisémitisme, Paris, Seuil, 1984, p. 16.

Note 33 Ibid., p. 16 et 17.

Note 34 Devereux (Georges), De l'angoisse à la méthode dans les sciences du comportement, Paris, Flammarion, 1980, p. 134.

Note 35 Horkheimer (Max), «Après Auschwitz» in Note s critiques (1949‑1969). Sur le temps présent, Paris, Payot, 1993, p. 259.


Jean-Marie Brohm est professeur de sociologie à l’université Paul Valéry, Montpellier 3.
Il est le fondateur de la revue Quel corps?. Il a publié Critique de la modernité sportive, La Passion, 1995, et a participé à Contre Althusser, réédité en 1999 par les éditions de La Passion.
Ce texte a été publié dans la Revue Mauvais temps, n° 6/7, mars 2000 éditée par Les Éditions Syllepses.
Cet article est initialement paru dans la revue Prétentaine, n° 9/10, avril 1998, Étranger: Fascisme – Antisémitisme – Racisme, Université Paul Valéry, Montpellier 3.


Le lien d'originede ce document de Jean Marie Bhrom sur Reich et Marcuse, sur le freudo-marxisme et la psychologie de masse du fascisme : http://www.anti-rev.org/textes/Brohm00a/index.html

 

 

 

 

 

 


 

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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 11:37

 

 

 

 

 

Gémissons, râlons, plaignons-nous ... d'ailleurs que ferions-nous si

nous n'avions d'occasions de nous lamenter, nous risquerions d'être heureux !

 

 

 

 

 

 

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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 07:37

 

LETTRE DE PHILIPPE TORRETON A JEAN FERRAT

 

 

Jean,

J'aimerais te laisser tranquille, au repos dans cette terre choisie. J'aurais aimé que ta voix chaude ne serve maintenant qu'à faire éclore les jeunes pousses plus tôt au printemps, la preuve, j'étais à Entraigues il n'y a pas si longtemps et je n'ai pas souhaité faire le pèlerinage. Le repos c'est sacré !

Pardon te t'emmerder, mais l'heure est grave, Jean. Je ne sais pas si là où tu es tu ne reçois que le Figaro comme dans les hôtels qui ne connaissent pas le débat d'idées , je ne sais pas si tu vois tout, de là haut, ou si tu n'as que les titres d'une presse vendue aux argentiers proche du pouvoir pour te tenir au parfum, mais l'heure est grave!

Jean, écoute-moi, écoute-nous, écoute cette France que tu as si bien chantée, écoute-la craquer, écoute la gémir, cette France qui travaille dur et rentre crevée le soir, celle qui paye et répare sans cesse les erreurs des puissants par son sang et ses petites économies, celle qui meurt au travail, qui s'abîme les poumons, celle qui se blesse, qui subit les méthodes de management, celle qui s'immole devant ses collègues de bureau, celle qui se shoote aux psychotropes, celle à qui on demande sans cesse de faire des efforts alors que ses nerfs sont déjà élimés comme une maigre ficelle, celle qui se fait virer à coups de charters, celle que l'on traque comme d'autres en d'autres temps que tu as chantés, celle qu'on fait circuler à coups de circulaires, celle de ces étudiants affamés ou prostitués, celle de ceux-là qui savent déjà que le meilleur n'est pas pour eux, celle à qui on demande plusieurs fois par jour ses papiers, celle de ces vieux pauvres alors que leurs corps témoignent encore du labeur, celles de ces réfugiés dans leurs propre pays qui vivent dehors et à qui l'on demande par grand froid de ne pas sortir de chez eux, de cette France qui a mal aux dents, qui se réinvente le scorbut et la rougeole, cette France de bigleux trop pauvres pour changer de lunettes, cette France qui pleure quand le ticket de métro augmente, celle qui par manque de superflu arrête l'essentiel...

Jean, rechante quelque chose je t'en prie, toi, qui en voulais à D'Ormesson de déclarer, déjà dans le Figaro, qu'un air de liberté flottait sur Saigon, entends-tu dans cette campagne mugir ce sinistre Guéant qui ose déclarer que toutes les civilisations ne se valent pas? Qui pourrait le chanter maintenant ? Pas le rock français qui s'est vendu à la Première dame de France.Ecris nous quelque chose à la gloire de Serge Letchimy qui a osé dire devant le peuple français à quelle famille de pensée appartenait Guéant et tout ceux qui le soutiennent !

Jean, l'huma ne se vend plus aux bouches des métro, c'est Bolloré qui a remporté le marché avec ses gratuits. Maintenant, pour avoir l'info juste, on fait comme les poilus de 14/18 qui ne croyaient plus la propagande, il faut remonter aux sources soi-même, il nous faut fouiller dans les blogs... Tu l'aurais chanté même chez Drucker cette presse insipide, ces journalistes fantoches qui se font mandater par l'Elysée pour avoir l'honneur de poser des questions préparées au Président, tu leurs aurais trouvé des rimes sévères et grivoises avec vendu...

Jean, l'argent est sale, toujours, tu le sais, il est taché entre autre du sang de ces ingénieurs français. Lajustice avance péniblement grâce au courage de quelques uns, et l'on ose donner des leçons de civilisation au monde...

Jean, l'Allemagne n'est plus qu'à un euro de l'heure du STO, et le chômeur est visé, insulté, soupçonné. La Hongrie retourne en arrière ses voiles noires gonflées par l'haleine fétide des renvois populistes de cette droite "décomplexée".

Jean, les montagnes saignent, son or blanc dégouline en torrents de boue, l'homme meurt de sa fiente carbonée et irradiée, le poulet n'est plus aux hormones mais aux antibiotiques et nourri au maïs transgénique. Et les écologistes n’en finissent tellement pas de ne pas savoir faire de la politique. Le paysan est mort et ce n’est pas les numéros de cirque du Salon de l’Agriculture qui vont nous prouver le contraire.

Les cowboys aussi faisaient tourner les derniers indiens dans les cirques. Le paysan est un employé de maison chargé de refaire les jardins de l'industrie agroalimentaire. On lui dit de couper il coupe, on lui dit de tuer son cheptel il le tue, on lui dit de s'endetter il s'endette, on lui dit de pulvériser il pulvérise, on lui dit de voter à droite il vote à droite... Finies les jacqueries!

Jean, la Commune n'en finit pas de se faire massacrer chaque jour qui passe. Quand chanterons-nous "le Temps des Cerises" ? Elle voulait le peuple instruit, ici et maintenant on le veut soumis, corvéable, vilipendé quand il perd son emploi, bafoué quand il veut prendre sa retraite, carencé quand il tombe malade... Ici on massacre l'Ecole laïque, on lui préfère le curé, on cherche l'excellence comme on chercherait des pépites de hasards, on traque la délinquance dès la petite enfance mais on se moque du savoir et de la culture partagés...

Jean, je te quitte, pardon de t'avoir dérangé, mais mon pays se perd et comme toi j'aime cette France, je l'aime ruisselante de rage et de fatigue, j'aime sa voix rauque de trop de luttes, je l'aime intransigeante, exigeante, je l'aime quand elle prend la rue ou les armes, quand elle se rend compte de son exploitation, quand elle sent la vérité comme on sent la sueur, quand elle passe les Pyrénées pour soutenir son frère ibérique, quand elle donne d'elle même pour le plus pauvre qu'elle, quand elle s'appelle en 54 par temps d'hiver, ou en 40 à l'approche de l'été. Je l'aime quand elle devient universelle, quand elle bouge avant tout le monde sans savoir si les autres suivront, quand elle ne se compare qu'à elle même et puise sa morale et ses valeurs dans le sacrifice de ses morts...

Jean, je voudrais tellement t'annoncer de bonnes nouvelles au mois de mai...

Je t'embrasse.


http://www.youtube.com/watch?v=5iR0OhRyrvA

Ils ont voté Léo Ferré

 

 

 


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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 06:30

 

 

Léo Ferré
IL N'Y A PLUS RIEN



Écoute, écoute... Dans le silence de la mer, il y a comme un balancement maudit qui vous met le coeur à l'heure, avec le sable qui se remonte un peu, comme les vieilles putes qui remontent leur peau, qui tirent la couverture.

Immobile... L'immobilité, ça dérange le siècle.
C'est un peu le sourire de la vitesse, et ça sourit pas lerche, la vitesse, en ces temps.
Les amants de la mer s'en vont en Bretagne ou à Tahiti...
C'est vraiment con, les amants.

IL n'y a plus rien

Camarade maudit, camarade misère...
Misère, c'était le nom de ma chienne qui n'avait que trois pattes.
L'autre, le destin la lui avait mise de côté pour les olympiades de la bouffe et des culs semestriels qu'elle accrochait dans les buissons pour y aller de sa progéniture.
Elle est partie, Misère, dans des cahots, quelque part dans la nuit des chiens.
Camarade tranquille, camarade prospère,
Quand tu rentreras chez toi
Pourquoi chez toi?
Quand tu rentreras dans ta boîte, rue d'Alésia ou du Faubourg
Si tu trouves quelqu'un qui dort dans ton lit,
Si tu y trouves quelqu'un qui dort
Alors va-t-en, dans le matin clairet
Seul
Te marie pas
Si c'est ta femme qui est là, réveille-la de sa mort imagée

Fous-lui une baffe, comme à une qui aurait une syncope ou une crise de nerfs...
Tu pourras lui dire: "T'as pas honte de t'assumer comme ça dans ta liquide sénescence.
Dis, t'as pas honte? Alors qu'il y a quatre-vingt-dix mille espèces de fleurs?
Espèce de conne!
Et barre-toi!
Divorce-la
Te marie pas!
Tu peux tout faire:
T'empaqueter dans le désordre, pour l'honneur, pour la conservation du titre...

Le désordre, c'est l'ordre moins le pouvoir!

Il n'y a plus rien

Je suis un nègre blanc qui mange du cirage
Parce qu'il se fait chier à être blanc, ce nègre,
Il en a marre qu'on lui dise: " Sale blanc!"

A Marseille, la sardine qui bouche le Port
Était bourrée d'héroïne
Et les hommes-grenouilles n'en sont pas revenus...
Libérez les sardines
Et y'aura plus de mareyeurs!

Si tu savais ce que je sais
On te montrerait du doigt dans la rue
Alors il vaut mieux que tu ne saches rien
Comme ça, au moins, tu es peinard, anonyme, Citoyen!

Tu as droit, Citoyen, au minimum décent
A la publicité des enzymes et du charme
Au trafic des dollars et aux traficants d'armes
Qui traînent les journaux dans la boue et le sang
Tu as droit à ce bruit de la mer qui descend
Et si tu veux la prendre elle te fera du charme
Avec le vent au cul et des sextants d'alarme
Et la mer reviendra sans toi si tu es méchant

Les mots... toujours les mots, bien sûr!
Citoyens! Aux armes!
Aux pépées, Citoyens! A l'Amour, Citoyens!
Nous entrerons dans la carrière quand nous aurons cassé la gueule à nos ainés!
Les préfectures sont des monuments en airain... un coup d'aile d'oiseau ne les entame même pas... C'est vous dire!

Nous ne sommes même plus des juifs allemands
Nous ne sommes plus rien

Il n'y a plus rien

Des futals bien coupés sur lesquels lorgnent les gosses, certes!
Des poitrines occupées
Des ventres vacants
Arrange-toi avec ça!

Le sourire de ceux qui font chauffer leur gamelle sur les plages reconverties et démoustiquées
C'est-à-dire en enfer, là où Dieu met ses lunettes noires pour ne pas risquer d'être reconnu par ses admirateurs
Dieu est une idole, aussi!
Sous les pavés il n'y a plus la plage
Il y a l'enfer et la Sécurité
Notre vraie vie n'est pas ailleurs, elle est ici
Nous sommes au monde, on nous l'a assez dit
N'en déplaise à la littérature

Les mots, nous leur mettons des masques, un bâillon sur la tronche
A l'encyclopédie, les mots!
Et nous partons avec nos cris!
Et voilà!

Il n'y a plus rien... plus, plus rien

Je suis un chien?
Perhaps!
Je suis un rat
Rien

Avec le coeur battant jusqu'à la dernière battue

Nous arrivons avec nos accessoires pour faire le ménage dans la tête des gens:
"Apprends donc à te coucher tout nu!
"Fous en l'air tes pantoufles!
"Renverse tes chaises!
"Mange debout!
"Assois-toi sur des tonnes d'inconvenances et montre-toi à la fenêtre en gueulant des gueulantes de principe

Si jamais tu t'aperçois que ta révolte s'encroûte et devient une habituelle révolte, alors,
Sors
Marche
Crève
Baise
Aime enfin les arbres, les bêtes et détourne-toi du conforme et de l'inconforme
Lâche ces notions, si ce sont des notions
Rien ne vaut la peine de rien

Il n'y a plus rien... plus, plus rien

Invente des formules de nuit: CLN... C'est la nuit!
Même au soleil, surtout au soleil, c'est la nuit
Tu peux crever... Les gens ne retiendront même pas une de leur inspiration.
Ils canaliseront sur toi leur air vicié en des regrets éternels puant le certificat d'études et le catéchisme ombilical.
C'est vraiment dégueulasse
Ils te tairont, les gens.
Les gens taisent l'autre, toujours.
Regarde, à table, quand ils mangent...
Ils s'engouffrent dans l'innommé
Ils se dépassent eux-mêmes et s'en vont vers l'ordure et le rot ponctuel!

La ponctuation de l'absurde, c'est bien ce renversement des réacteurs abdominaux, comme à l'atterrissage: on rote et on arrête le massacre.
Sur les pistes de l'inconscient, il y a des balises baveuses toujours un peu se souvenant du frichti, de l'organe, du repu.

Mes plus beaux souvenirs sont d'une autre planète
Où les bouchers vendaient de l'homme à la criée

Moi, je suis de la race ferroviaire qui regarde passer les vaches
Si on ne mangeait pas les vaches, les moutons et les restes
Nous ne connaîtrions ni les vaches, ni les moutons, ni les restes...
Au bout du compte, on nous élève pour nous becqueter
Alors, becquetons!
Côte à l'os pour deux personnes, tu connais?

Heureusement il y a le lit: un parking!
Tu viens, mon amour?
Et puis, c'est comme à la roulette: on mise, on mise...
Si la roulette n'avait qu'un trou, on nous ferait miser quand même
D'ailleurs, c'est ce qu'on fait!
Je comprends les joueurs: ils ont trente-cinq chances de ne pas se faire mettre...
Et ils mettent, ils mettent...
Le drame, dans le couple, c'est qu'on est deux
Et qu'il n'y a qu'un trou dans la roulette...

Quand je vois un couple dans la rue, je change de trottoir

Te marie pas
Ne vote pas
Sinon t'es coincé

Elle était belle comme la révolte
Nous l'avions dans les yeux,
Dans les bras dans nos futals
Elle s'appelait l'imagination

Elle dormait comme une morte, elle était comme morte
Elle sommeillait
On l'enterra de mémoire

Dans le cocktail Molotov, il faut mettre du Martini, mon petit!

Transbahutez vos idées comme de la drogue... Tu risques rien à la frontière
Rien dans les mains
Rien dans les poches

Tout dans la tronche!

- Vous n'avez rien à déclarer?
- Non.
- Comment vous nommez-vous?
- Karl Marx.
- Allez, passez!

Nous partîmes... Nous étions une poignée...
Nous nous retrouverons bientôt démunis, seuls, avec nos projets d'imagination dans le passé
Écoutez-les... Écoutez-les...
Ça rape comme le vin nouveau
Nous partîmes... Nous étions une poignée
Bientôt ça débordera sur les trottoirs
La parlote ça n'est pas un détonateur suffisant
Le silence armé, c'est bien, mais il faut bien fermer sa gueule...
Toutes des concierges!
Écoutez-les...

Il n'y a plus rien

Si les morts se levaient?
Hein?

Nous étions combien?
Ça ira!

La tristesse, toujours la tristesse...

Ils chantaient, ils chantaient...
Dans les rues...

Te marie pas Ceux de San Francisco, de Paris, de Milan
Et ceux de Mexico
Bras dessus bras dessous
Bien accrochés au rêve

Ne vote pas

0 DC8 des Pélicans
Cigognes qui partent à l'heure
Labrador Lèvres des bisons
J'invente en bas des rennes bleus
En habit rouge du couchant
Je vais à l'Ouest de ma mémoire
Vers la Clarté vers la Clarté

Je m'éclaire la Nuit dans le noir de mes nerfs
Dans l'or de mes cheveux j'ai mis cent mille watts
Des circuits sont en panne dans le fond de ma viande
J'imagine le téléphone dans une lande
Celle où nous nous voyons moi et moi
Dans cette brume obscène au crépuscule teint
Je ne suis qu'un voyant embarrassé de signes
Mes circuits déconnectent
Je ne suis qu'un binaire

Mon fils, il faut lever le camp comme lève la pâte
Il est tôt Lève-toi Prends du vin pour la route
Dégaine-toi du rêve anxieux des biens assis
Roule Roule mon fils vers l'étoile idéale
Tu te rencontreras Tu te reconnaîtras
Ton dessin devant toi, tu rentreras dedans
La mue ça ses fait à l'envers dans ce monde inventif
Tu reprendras ta voix de fille et chanteras Demain
Retourne tes yeux au-dedans de toi
Quand tu auras passé le mur du mur
Quand tu auras autrepassé ta vision
Alors tu verras rien

Il n'y a plus rien

Que les pères et les mères
Que ceux qui t'ont fait
Que ceux qui ont fait tous les autres
Que les "monsieur"
Que les "madame"
Que les "assis" dans les velours glacés, soumis, mollasses
Que ces horribles magasins bipèdes et roulants
Qui portent tout en devanture
Tous ceux-là à qui tu pourras dire:

Monsieur!
Madame!

Laissez donc ces gens-là tranquilles
Ces courbettes imaginées que vous leur inventez
Ces désespoirs soumis
Toute cette tristesse qui se lève le matin à heure fixe pour aller gagner VOS sous,
Avec les poumons resserrés
Les mains grandies par l'outrage et les bonnes moeurs
Les yeux défaits par les veilles soucieuses...
Et vous comptez vos sous?
Pardon.... LEURS sous!

Ce qui vous déshonore
C'est la propreté administrative, écologique dont vous tirez orgueil
Dans vos salles de bains climatisées
Dans vos bidets déserts
En vos miroirs menteurs...

Vous faites mentir les miroirs
Vous êtes puissants au point de vous refléter tels que vous êtes
Cravatés
Envisonnés
Empapaoutés de morgue et d'ennui dans l'eau verte qui descend
des montagnes et que vous vous êtes arrangés pour soumettre
A un point donné
A heure fixe
Pour vos narcissiques partouzes.
Vous vous regardez et vous ne pouvez même plus vous reconnaître
Tellement vous êtes beaux
Et vous comptez vos sous
En long
En large
En marge
De ces salaires que vous lâchez avec précision
Avec parcimonie
J'allais dire "en douce" comme ces aquilons avant-coureurs et qui racontent les exploits du bol alimentaire, avec cet apparat vengeur et nivellateur qui empêche toute identification...
Je veux dire que pour exploiter votre prochain, vous êtes les champions de l'anonymat.

Les révolutions? Parlons-en!
Je veux parler des révolutions qu'on peut encore montrer
Parce qu'elles vous servent,
Parce qu'elles vous ont toujours servis,
Ces révolutions de "l'histoire",
Parce que les "histoires" ça vous amuse, avant de vous intéresser,
Et quand ça vous intéresse, il est trop tard, on vous dit qu'il s'en prépare une autre.
Lorsque quelque chose d'inédit vous choque et vous gêne,
Vous vous arrangez la veille, toujours la veille, pour retenir une place
Dans un palace d'exilés, entouré du prestige des déracinés.
Les racines profondes de ce pays, c'est Vous, paraît-il,
Et quand on vous transbahute d'un "désordre de la rue", comme vous dites, à un "ordre nouveau" comme ils disent, vous vous faites greffer au retour et on vous salue.

Depuis deux cent ans, vous prenez des billets pour les révolutions.
Vous seriez même tentés d'y apporter votre petit panier,
Pour n'en pas perdre une miette, n'est-ce-pas?
Et les "vauriens" qui vous amusent, ces "vauriens" qui vous dérangent aussi, on les enveloppe dans un fait divers pendant que vous enveloppez les "vôtres" dans un drapeau.

Vous vous croyez toujours, vous autres, dans un haras!
La race ça vous tient debout dans ce monde que vous avez assis.
Vous avez le style du pouvoir
Vous en arrivez même à vous parler à vous-mêmes
Comme si vous parliez à vos subordonnés,
De peur de quitter votre stature, vos boursouflures, de peur qu'on vous montre du doigt, dans les corridors de l'ennui, et qu'on se dise: "Tiens, il baisse, il va finir par se plier, par ramper"
Soyez tranquilles! Pour la reptation, vous êtes imbattables; seulement, vous ne vous la concédez que dans la métaphore...
Vous voulez bien vous allonger mais avec de l'allure,
Cette "allure" que vous portez, Monsieur, à votre boutonnière,
Et quand on sait ce qu'a pu vous coûter de silences aigres,
De renvois mal aiguillés
De demi-sourires séchés comme des larmes,
Ce ruban malheureux et rouge comme la honte dont vous ne vous êtes jamais décidé à empourprer votre visage,
Je me demande comment et pourquoi la Nature met
Tant d'entêtement,
Tant d'adresse
Et tant d'indifférence biologique
A faire que vos fils ressemblent à ce point à leurs pères,
Depuis les jupes de vos femmes matrimoniaires
Jusqu'aux salonnardes équivoques où vous les dressez à boire,
Dans votre grand monde,
A la coupe des bien-pensants.

Moi, je suis un bâtard.
Nous sommes tous des bâtards.
Ce qui nous sépare, aujourd'hui, c'est que votre bâtardise à vous est sanctionnée par le code civil
Sur lequel, avec votre permission, je me plais à cracher, avant de prendre congé.
Soyez tranquilles, Vous ne risquez Rien

Il n'y a plus rien

Et ce rien, on vous le laisse!
Foutez-vous en jusque-là, si vous pouvez,
Nous, on peut pas.
Un jour, dans dix mille ans,
Quand vous ne serez plus là,
Nous aurons TOUT
Rien de vous
Tout de nous
Nous aurons eu le temps d'inventer la Vie, la Beauté, la Jeunesse,
Les Larmes qui brilleront comme des émeraudes dans les yeux des filles,
Le sourire des bêtes enfin détraquées,
La priorité à Gauche, permettez!

Nous ne mourrons plus de rien
Nous vivrons de tout

Et les microbes de la connerie que nous n'aurez pas manqué de nous léguer, montant
De vos fumures
De vos livres engrangés dans vos silothèques
De vos documents publics
De vos règlements d'administration pénitentiaire
De vos décrets
De vos prières, même,
Tous ces microbes...
Soyez tranquilles,
Nous aurons déjà des machines pour les révoquer

NOUS AURONS TOUT

Dans dix mille ans.

 

http://www.youtube.com/watch?v=LfdvTGIGXKw&feature=youtu.be

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 17:21

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Les gens sont les bras ballants devant l'événement, les instincts repliés comme un parapluie, brelochants d'incohérence, réduits à eux-mêmes, c'est-à-dire à rien"

[Céline]

 

 

 

 


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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 13:16

 

 

Billet de Cinq. De la tolérance.

par Jean-pierre Journet, mardi 3 avril 2012, 18:25

Mon billet se fiche en une suite sociale inspirée par le propos d’Olivier Douville sur l’amour.

 

Le discours courant ne peut être tenu et soutenu qu’après censure. Ce que l’on nomme censure ici comporte deux pôles : l’un est propre au sujet barré par le surmoi (parle sur moi), cette instance symbolique organisant la subjectivité, et le second est un rapport à l’autre supposé tel à partir de cette subjectivité individuelle.

 

Autrement dit, quel qu’en soit le régime dans un groupe ou une société humaine, l’individu est pour une large part objet d’une censure inconsciente, et fruit patent adonné à la communauté (je veux dire : ce citron que l’on presse). Ce que l’on appelle censure politique ou religieuse - sociale donc - est la reprise consciente de ces deux modalités interdictrices sous forme de symptôme, dont la manifestation observée avec constance est l’absence de tolérance laissée à l’Autre, et conséquemment à l’autre.

 

Ce resserrement a pour effet de circonscrire la parole comme objet suspicieux, à soumettre au serment, au contrat, et l’oppresseur, étant porté par là vers la béance symbolique, se rabat plutôt sur l’objet d’où ça s’émet d’une parole, et c’est à savoir : un corps. Deux formes à ce rabattement : l’agressivité tournée contre soi-même ; l’agressivité tournée contre l’autre. D’évidence, les objets de ces deux formes ne sont pas objectivés ; on en a la démonstration dans ces extrêmes que sont le suicide et le meurtre, actes où se pointe distinctement et secondairement la destructivité.

Voici la situation même à laquelle est portée tout pouvoir, pouvoir d’avoir toujours à être contesté dans ses dits et ses actes ; les « forces de l’ordre » sont là pour le démontrer. La violence n’est jamais loin de la censure, d’être décharge de haine au titre de l’amour. C’est qu’il n’y a de pouvoir que de jouissance. Voilà ce qui est à défendre, en tous sens.

 

Mais la notion même de pouvoir se referme sur un sujet qui en est dénué : ça échappe, la jouissance. Le seul pouvoir qu’opère dès lors le pouvoir social a le transfert pour levier, et c’est bien pour ce fait mis à jour par Freud que l’on voit son déni aujourd’hui trouer toutes les bouches officielles ; j’entends par « bouches officielles » celles qui délivrent du discours politiques, scientifique, psychothérapique, religieux, économique, radiophonique ou télévisé, etc., d’être censurées selon les deux pôles susdits.

 

Pourquoi un tel déni ? Parce que si les individus d’une société ou d’un groupe humain étaient initiés à ce phénomène transférentiel de l’esprit et du langage, ils deviendraient libres d’en user, c’est-à-dire de contre transférer.

Et contre transférer ne saurait se réduire pour se faire à jouer de l’amour et de la haine, mais du langage et de la parole - c’est-à-dire à en passer par la symbolisation. Elle, est le propre de l’humanisation.

 

Il n’y aurait alors plus une masse homogène en acte et en pensée prête à aller passer sa vie dans les usines ou à la guerre pour la morbide mégalomanie de quelques uns, mais une série d’individus dont la seule pacification possible a nom « tolérance », d’être divers et différents. De cela se déduit la possibilité d’un lien social intégrant de l’autre et du soi-même, soit un espace physique et d’abord psychique de tolérance dont l’instance manifeste ne peut être que le Moi. D’où l’importance de l’éducation qui l’alimente.

 

Le seul progrès notable dans ce domaine est évidemment la laïcité, qui permet à chacune et chacun d’avoir une croyance, et néanmoins de ne pas en envahir la communauté. C’est accepter castration, privation et frustration, et l’on voit combien la civilisation actuelle dite occidentale vante et vend exactement le contraire sur l’autel (j’allais dire sur l’étal) du consumérisme dans la forme de structure perverse déjà dépliée ailleurs, poussée jusqu’au délire scatologique d’avoir à consommer nos propres déchets (industriels).

Pour ce qui concerne le lien social du travail et au travail, nous aurions à atteindre à un semblable progrès, puisque ce culte proprement « religieux » au sens ethnographique du terme, culte totalement ritualisé, mène ses ferventes processions chaque matin et chaque soir. Processions de fourmis mécanisées (si bien nommées transports) et zones de temples communautaires (autant d’Entreprises) organisent l’hégémonie envahissant l’espace social et familial. L’oblativité au Nom du Père y bat son plein d’agitations psychophysiques pour recevoir le pain et le vin, augmentés d’un toit, d’un vêtement et autres éléments dont on ne fera pas ici la liste. Pensons simplement qu’ils ressortissent au champ des besoins minimums, dits « minimums sociaux » d’en exclure le sexuel. C’est bien pourquoi ce dernier ne cesse pas d’y faire retour.

 

C’est aussi à ce titre que l’on peut immédiatement reconnaître dans ce que l’on appelle « Entreprise », et jusqu’en la dialectique, le lexique et les comportements qui y sont observés, la structure symbolique de la famille montée sur l’interdit de l’inceste.

 

Bref ; qu’est-ce donc la tolérance ? On ne peut encore la démêler qu’à la grosse d’une métaphore matérialiste, mécanistique. Tel ingénieur l’indique sur le plan d’une pièce mécanique à fabriquer : c’est une tolérance de côte (de taille, de mesure) ; par exemple : x centimètres, + ou - x dixièmes de millimètres. En effet, la machine outil, les matériaux, le corps de l’ouvrier accumulent une marge d’erreurs, d’imprécisions incompressibles et inévitables, et ce sont les contraintes de fabrication, auxquelles s’ajoutent celle du temps.

La tolérance est une précision qui libère de l’Impossible, de l’Absolu - une précision de taille donc -, soit un indice du manque et de la perte possibles. Il s’agit d’un jeu, et d’une liberté.

 

C’est pourtant à partir de deux premiers paramètres - manque de précision et perte de temps - que s’organise en vertu de la censure jusqu’à l’absurde et l’ubuesque l’exigence professionnelle dans la verticalité d’une hiérarchie symbolique et subjectivante.

 

Sur ce fait quotidien de la coupure symbolique, les individus qui composent cette hiérarchie sont totalement effacés, je veux dire : ils sont démis de leur identité (du nom de leur père) et prennent pour identité, par identifications, les blasons, les couleurs de l’entreprise (jusqu’aux vêtements siglés), comme naguère l’écu d’un chevalier si possible baron, comte ou prince (aujourd’hui, les baronnies sont les « corps de métiers »). le nom propre devient un prénom.

Selon quoi les mythes infantiles maintenus par la croyance et métaphorisés dans l’étayage des adultes aliènent profondément ces derniers, et plus sûrement qu’aucune autre proposition ouvrant à la désillusion freudienne, certes difficile mais incontournable, de l’être parlant, sexué et mortel - j’ai nommé l’humain.

 

On ne voit pas, de nos jours ce qui a pu être modifié de ce montage social, très-antique structure d’être originellement et actuellement familiale, sinon les images et l’imaginaire qui le recouvrent de leurs guipures artificielles (je veux dire : d’art soumis, de design, de logos- emblèmes et non-verbaux).

Tout juste entre l’esclavage et le salariat une différence est relevable : l’oppression, de moins s’exercer par la violence physique, s’exerce plus par la violence psychique comme on le voit à travers les actuelles « souffrances au travail ». C’est bien pourquoi la réponse politique est comportementale, d’avoir à dénier le sujet pour maintenir les illusions qui défendent la jouissance de quelques-uns.

 

Mais la souffrance au travail, c’est l’oppression physique et psychique qui la produit, et chaque individu dans la cascade hiérarchique doit en répondre de quelque chose. Or cela ne se peut qu’à reconnaître l’interdépendance transférentielle propre à l’être parlant si l’on veut avancer vers l’apaisement tant promis par la civilisation. L’hyperactivité et l’excitation qu’on voit décharger partout et n’importe où aujourd’hui devraient assez nous en indiquer le chemin, si toutefois le désir et la jouissance étaient un peu questionnés. 

 

Quoiqu’il en soit, le voile imaginaire est ici isolé, n’est-ce pas, du fait même de l’avoir symbolisé avec assez de précision pour notre propos.

 

Dès lors, levons-le et allons plus avant. Ce n’est pas difficile : il s’agit de penser. Un autre art, subversif celui-ci, nous en indique le lieu, et c’est du corps ; j’ai nommé : la sculpture - et en particulier celle fameuse de Rodin, coulée dans le bronze pour attendre son heure.

 

J.P. Journet.

Avril 2012.

 

 

 

Un travail en pierre.

 

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 16:00

 

 

Un matin, ni plus beau, ni plus clair

Ni plus tragique qu'à l'habitude

Eveillé brutalement, larmes de rasoir

Il se découvre, sans effroi,

Volé, envolé, trépané.

 

Depuis il attend,

Et

Certains s'étonnent

D'autres se gaussent

D'aucuns s'apeurent

 

Mais le feu se fait plus intense

Etreindre devient plus urgent

 

Lui attend,

Vide

Sans savoir quand ...

 

Enflammé de l'intérieur

 

 

 

 

 

Ecrit en salut à Régis Nebout - Le Chancre Lyrique

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 08:33

 

 

 

Je n'aurais pas su mieux dire ... merci Gaspard Proust

 

 

Espace Délation de Gaspard Proust : Adieu, chère République...

 

Ma chère République,

Je suis venu te dire que je m'en vais. Et tes appels au vote ne pourront rien y changer. Je viens de recevoir une lettre du consulat du Brésil, ils ont accepté ma demande de naturalisation. À partir du 7 mai, c'est sous le tropique du Capricorne que j'irai marier des candidats à des principes. Que veux-tu, je suis devenu un pédophile démocratique, c'est aux femmes en croissance que j'aime choisir des macs.

Tu t'en remettras. On nous comptera bien, nous, les abstinents, au soir du deuxième tour. Les commentateurs s'en indigneront. Une fois de plus on criera à la démocratie malade ; à l'irascible pessimisme français. Duhamel en aura la coupe au bol hirsute ; Apathie, les sourcils si remontés qu'on lui croira la chevelure revenue. Cayrol marmonnera que c'était prévu. On le comprend ; n'a-t-on jamais vu un boucher prêcher le végétalisme ?

Le lendemain, les médias réchaufferont au micro-ondes de leur routine les restes de la soirée. Le deuxième jour, ils assaisonneront les abats, puis l'actualité servira d'autres viandes : "Qui pour Premier ministre ? Qui au perchoir ? Etc." En trois jours, nous serons une anecdote. En une semaine, un souvenir. L'Ina s'occupera de l'équarrissage définitif de notre indignation muette. Tu es née poussière amniotique ; tu finiras poussière numérique. Si la réincarnation existe, ça sera sous forme de bêtisier.

Peu importe. Je serai loin.

Aussi loin que peuvent me sembler les dimanches que j'ai autrefois consacrés à te choisir tes Adonis constitutionnels.

Trop longtemps j'ai pris sur moi de partager avec le peuple ce devoir conjugal d'aller te pousser dans les bras de ton intérimaire de la République. Trop longtemps, c'est à lui que j'ai dû me mêler pour aller t'élire l'étalon susceptible de t'enfanter de la réforme.

J'en ai soupé du peuple... De ce peuple que de toutes parts on adule, que de toutes parts on flatte, ce peuple, qui s'indigne lorsqu'un de ses représentants ne connaît pas le prix de la baguette, alors qu'il est, lui, parfaitement incapable de te citer le principe de subsidiarité sur lequel pourtant il vote... Le peuple, ce mot-valise, ce concept nécessairement positif dont chaque parti se réclame actionnaire majoritaire. Le peuple, cette escroquerie sémantique qui accole au nombre le talent de sagesse.

Comme il est nombreux, c'est qu'il doit être infaillible ! Implacable raisonnement ! On l'a bien vu en 1933. Jamais je n'ai pensé pareille ânerie. Aussi dense soit-elle, la boue séchée n'a jamais fait le marbre.

Oui, c'est avec lui que j'ai dû te partager... Et pour garder ses suffrages, tu n'as jamais osé le remettre en question.

Depuis 1894, directement ou indirectement, tu en as fait ton fournisseur officiel de Casanova. Tu ne t'en es jamais plainte, tu te croyais plus forte. Tous tes lauréats sont arrivés fringants, tous sont repartis usés. Par ton protocole, tes manières, ton goût immodéré pour le faste, ta peur de déplaire...

Le seul iconoclaste fut Félix Faure. Sous tes dorures, il eut le génie d'entrer dans l'éternité en associant à son ultime éjaculation un AVC. Ce dernier regard, cette apoplexie coïtale enrobée de favoris Belle Époque, j'espère qu'il hante encore ta mémoire.

Comme toute entretenue honteuse, pour mieux supporter ton vice, tu t'es fardée de beaux principes qui ne trompent plus que toi-même.

Avec l'aplomb des camelots, tu t'acharnes à croire que c'est ton universalisme qui illumine le monde. Tu te prends pour le phare d'Alexandrie du XXIe siècle quand tu n'es plus qu'une flammèche anorexique gobant les derniers grammes d'oxygène qui peuplent encore la cave que tu occupes au sous-sol de la mondialisation.

Il faudra t'y faire, Nana... Ce qui fait bander le monde, ce n'est pas ta petite charte - verbeux plagiat des dix commandements -, mais cet incroyable talent que tu possèdes pour réconcilier la catin avec Vénus. Ton coup de maître, c'est d'avoir insufflé cet esprit dans ce fabuleux pays qu'est la France.

Il faut que tu en sois consciente ; l'entrecuisse de tes principes, elle ne sent ni Rousseau ni Voltaire. Elle sent le miasme de femme flambée au Chanel 5. Si le monde se retourne encore sur toi, c'est parce que de tous tes pores tu fouettes à plein nez la soie frottée au foutre.

Tes odeurs à toi, ce n'est pas l'haleine fétide que le sénateur souffle sur l'alinéa que l'Assemblée discute, mais les vapeurs foudroyantes de l'inconnue de la Madeleine, la sensualité infinie d'un terroir de la Côte de Nuits, la moiteur douce de la côte de Granit rose autant que l'odeur de graisse brûlante qu'éjacule l'ortolan lorsqu'on le fait craquer sous la molaire.

Ta lumière, ce ne sont pas tes idées dont le monde entier se fiche aujourd'hui, mais ces rayons irréels, à la fois pâles et profonds, que le promeneur touché par la grâce saisit parfois sur les pierres des Tuileries aux crépuscules clairs.

Ta mélodie intérieure, ce ne sont pas les discours à l'ONU, mais celle produite par toutes ces jambes qui, dans les cabarets de Pigalle, adjugent à coups de french cancan à la planète entière ses lots de fantasmes mousseux.

Quel paradoxe ! Qui eût pu croire un instant que la volupté pouvait être inventée au pays de Hobbits aigris...

Peu importe, c'est du passé...

Le 7 mai, lorsque le soleil irradiera mes orteils sur une plage de Copacabana et que le clapot lent accompagnera vers le néant du monde mes dernières nostalgies européennes, tes créanciers prodigues iront te présenter la facture de tes fastes. D'avance, je connais ta réaction : tu te poseras en victime, tu crieras au complot. Ciel, ma bourse ! Le déficit, c'est les autres ! Comme d'habitude... Tu ne changeras jamais, Nana...

Tu finiras hoquetante de belles idées, affalée sur ton lit de principes momifiés, à puruler de toutes tes fentes le sébum de ta frivolité passée... Si tu avais le goût de l'ironie - trait que tu n'as plus depuis que tu as décrété que l'aristocratie était ringarde -, tu te serais débrouillée pour mourir dans les bras de Cheminade. Delacroix parmi nous, il en eût fait un tableau. Il l'aurait intitulé "Le clown veillant la pouffe".

Adieu.

Ton abstentionniste absolu

 

 

 

http://www.lepoint.fr/invites-du-point/espace-delation-de-gaspard-proust-adieu-chere-republique-08-04-2012-1449588_420.php

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 10:31
 

 

 

 

 

 

"L'autre comme support illusoire de nos boues intérieures" [Bernard Auriol]

   

La phobie de l'autre, destructeur et qu'il faut donc battre à tous prix nous renvoie toujours à ce que nous n'avons pas épuré en nous !  
La Paix est un état d'esprit, mais bien plus encore elle ne s'engendre que dès lors que l'Autre n'est pas autre que nous-mêmes ! Nous voyons cela dans les phénomènes de délinquance, il n'y a pas d'autre, mais un objet à convoiter et ce quel que soit l'objet ! C'est une absence d'ancrage à la réalité ! Si l'autre est mon ennemi ou celui qui serait susceptible de me tuer au propre comme au figuré, alors la guerre est assurée. Nous avons tous en nous cette part d'ombre et de destructivité, c'est d'ailleurs profondément humain, le tout est de l'assumer totalement et en l'assumant de la contrôler....au mieux ! 

 

 

 

 

 

 

 


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