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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 11:51

 

 

Vendredi 14 juillet 


Tard, trop tard .. Elle sait ! 23h13 il a écrit "sorry, baisers" .. minable, et mal .. air suspendu, étouffant !

 

Samedi 15 Juillet 


8h - nuit agitée, insomnie sans lune, ni trêve pour celle qui se sent battue ! Et là, entre épuisement et mal rêve, réalité et inconscience, une supplique intérieure : "oh juste encore un peu, un milliardième de petit peu pas ouvrir les yeux ..." mais l'égratignure au coeur, le bord du vide, sans même un raisonnement, ni l'ombre d'un soupçon d'intelligence raisonnante et raisonnable, non une blessure, tentaculaire ! Par bouffées la chose monte et s'agrippe, enserre, myriades de métastases en accéléré. Elle, absorbée par l'effroi comme la mort, froide comme la fin, la faim .. ça rode, ça noue, tonnerre de sanglots. L'homme à côté, interloqué, effaré, effrayé, ne sait plus que faire ni que dire et vit sa souffrance à travers la sienne sans savoir pourquoi il a mal. Faudrait expliquer, mais quoi ? Mais comment ? Raconter une histoire insensée d'un truc inavouable et improbable, et comment parler de l'absence, comment dire un fantôme ? Avouer l'incongruité déraisonnable d'une situation déraisonnée. Dire quelque chose du style romantico-guimauve, une fulgurance qui arrive un putain de jour d'été .. elle ne sait pas !

Une journée, elle le sait bien, est une éternité parfois, à ne plus savoir où ni comment poser le corps, même pas dormir, trop peur du réveil qui ne pardonne pas à la mémoire. 

10h - vélo, la poste et ouf chéquier retrouvé ... mémoire en passoire ces derniers temps, oubli des choses, des gens, des chéquiers. Et puis envoyer les photos, les livres à lui qui aura le colis à son retour dans un siècle. 

10h 30 - retour, l'homme part courir .. Plus composer, pleurer toute sa moelle, se déshydrater dans les kleenex et puis dessiner enfin .. essayer ! Ecrire peut-être ! Non ! Elle a lu le message et oui "il y a ceux qui font de leur réalité des rêves et d'autres des rêves de leur réalité" oui la phrase est jolie, bien sûr, je sais, merci .. 

12h 30 - Faire à manger, déjeuner, terrasse, apéro avec les potes qui prennent mille précautions, elle sourit .. 

16h - Aller en ville, faire les boutiques, acheter .. n'importe quoi ! se chercher un truc joli

17h16 - Un message, le portable, une bouffée d’air pour celle qui étouffe, quelque chose s’ouvre, se détend soudain … Elle regarde couler l’Adour au bord du pont, un moment l’eau rince son mouchoir.

20h - Un dîner, un de ces nombreux dîners où tout donne le change, elle aussi … manger, boire, parler, sourire …

Les yeux au bord des lèvres  … la chaleur, le vin la grise … ah oui boire par exemple … peut-être … et puis non … l’alcool et le chagrin ne font pas bon ménage …

22h 31 - Vibreur, le portable, un deuxième message, « désolée, c’est important » dit-elle à l’assemblée ; L’homme la regarde de ses yeux des profondeurs et n’est pas dupe mais il se tait comme toujours. Il la regarde composer la réponse ; Il ne posera pas de questions, elle le remercie sans le lui dire. Et elle là d’un seul coup à côté, la table, les amis, l’homme, tout disparaît, elle sent dans ce message une désolation, la même que la sienne, et pourtant elle voudrait lui dire qu’elle est proche, si tellement là.

Minuit - Chaud moite dans l’appartement … prendre une douche, laver sous l’eau glacée les miasmes de la journée, le siphon va absorber … elle se couche au fond de la baignoire, l’eau glacée sur le visage et sanglote, eau chaude contre eau froide.

La terrasse respire, elle aussi un peu mieux.  Et toi le sens-tu ?

Dimanche 16 juillet


7h - Premier œil qui s’ouvre, elle prend la dimension, la mesure d’elle, de comment elle est là puisqu’elle vit encore, deuxième œil … bilan : un rêve dans la nuit où elle tenait dans la main un éclair de tonnerre, elle a dormi donc ! Elle ne s’y attarde même pas, s’en fout, se déplie, retire la tête de l’oreiller, regarde l’homme encore endormi.

Le laisser tranquille, lui passer la main sur la joue, tendrement, lui demander pardon mais vite, ne pas s’attarder surtout, les larmes ne sont pas loin.

Café, clopes et faire son cinéma comme le Gérard de Morgièvre ; curieux comme elle se retrouve dans ce personnage, en écho, finalement pas d’originalité possible. Inventer les choses est si compliqué et la souffrance est la même pour tous … Rassurée ? Même pas, ça n’enlève rien de savoir que l’autre meurt aussi. Voilà le cinéma de Gérard, oui tout se recoupe, se compose, se décompose, se surimpose, se sclérose, l’implose. Elle, elle ne crie pas, non, enfin pas fort, pas au point que le passant interloqué se retourne, d’ailleurs il s’en fout le passant. Elle c’est un gémissement à l’état pur, celui qui vient du ventre, des entrailles, de ses tripes là béantes à tous vents malsains, ça éraille juste un peu la gorge, parfois ça meurt là, parfois ça gicle l’œil, c’est son cinéma, comme Gérard ! Et ah oui, revenir avant, oui essayer peut être, juste une fraction de seconde pour voir comment c’était quand c’était avant, juste avant le premier mot du scénario et désécrire la pièce, détricoter les mots, les mettre à l’envers pour voir, faire de la folle qu’elle est une héroïne, ou alors ne plus être l’actrice, ah oui, tiens juste l’auteur ou mieux le cameraman qui ne s’occupe que d’impressionner la pellicule.

9h 30 -L’homme se lève, les cernes lui barrent les yeux, la nuit ne fut pas folle ! Sourire, dire il fait beau, on va à la plage ?

L’homme sourit, boit son café, l’œil en vrille interrogative, mais pas un mot, juste sa main qui s’attarde sur son épaule, sur son bras, un bisou là sur la joue, gentil, doux, une sorte d’excuse, comme un murmure qui dit je ne peux rien. Elle sait, il ne peut rien, il n’y est pour rien non plus.

10h 30 - L’océan sur la peau comme une gourmandise inépuisable, elle a bu un peu d’eau de mer, comme d’habitude, un rituel de salut à l’océan son copain de toujours à qui elle doit la vie … elle n’a d’ailleurs jamais su vraiment pourquoi les piqûres d’eau de mer lui étaient si vitalement nécessaires dans l’enfance … elle en a gardé dans sa bouche le goût qu’elle retrouve à chaque tasse bue … Et puis elle regarde le sable se refermer sur ses pas « je suis en prison, le cœur en étau dans un intérieur de chair. Il me faudrait y aller, éviscérer, écarteler, brûler le trop plein à coup de lance flammes ou de lance roquettes … ».

Un chien creuse le sable, excité et compulsif, jusqu’où ira-t-il ? Le sel l’englue, la chaleur la torporise, la sueur coule entre ses seins, se crémer, crémer l’homme aussi même s’il est tanné déjà, écran total a dit la dame « votre peau est fragile » tu parles j’ai la couenne plus solide que tu le crois … le soleil là lui cache sa Lune … Deux chiens creusent.

Un mec la regarde … Sa femme est jolie pourtant, le sein encore ferme, oui un peu de gras là sur le haut des cuisses mais … Elle ne sait pas pourquoi le mec la regarde, elle ne se voit pas, une ombre et encore dans sa pénombre.

Diversion … elle s’attarde, cherche à savoir si le mec bande sous son moule couilles noir, ravageur … enfin il est vieux … elle pense que le sexe de l’homme est si faible et puis elle s’en fout, son sexe à elle est ailleurs ;

Même pas mal, il n’est pas là, et puis si il est là, il l’envahie par saccades … ça y est ça frise de nouveau, un sanglot juste là en bordure de lèvre, ne pas ouvrir la bouche, ne pas faire de bruit, respirer bien à fond par le ventre … et les chiens creusent toujours, un champ de mines explosées sur la plage d’Anglet, des milliers de morts et d’estropiés, vacances ensanglantées sur la côté basque … Envie de pisser, aller dans l’eau, les poissons le font non ?

11h 27 - Une guêpe sur son épaule, un frôlement, elle s’étonne toujours de ne pas être agressée par les insectes sans doute parce qu’elle n’en tue jamais aucun, doivent le sentir … Pense à Lui, qu’à Lui, le sent, le respire, l’aspire, le sexorise, le prends, elle hurle en silence, ce silence qui la foudroie de l’intérieur … L’homme part faire de la plongée. Elle reste, pense « je me hais et je te aime », elle voudrait creuser comme les chiens, les deux pattes en érection, la croupe bien campée pour creuser, profond, profond et s’enfoncer là et traverser ailleurs oui ailleurs mais où ? Et elle jette les mots sur du papier carnet, comme ses jouissances de lui, radeau médusé, ne pas se noyer, laisser l’eau juste affleurer là à hauteur de narines, ne plus respirer, pour voir comment ça ferait de mourir.

Elle pense c’est pas simple mais la vie non plus … Et puis de nouveau, elle le perçoit si près, à le toucher presque, fantasme de son cerveau malade. Oui la distance s’est réduite, quelques centaines de kilomètres, courir, venir, frémir…

Et puis non des milliards de mauvaises raisons pour ne pas y aller et une seule bonne, il ne lui a pas demandé.

A-t-elle écrit son histoire ? Elle le pense oui, elle sait bien que sa vie n’appartient qu’à elle, que c’est d’elle que tout sort « putain de scénario, mauvais, médiocre, pathétique … ». Elle sourit comme pour s’excuser. Elle aimerait soudain, telle une bouffée délirante, sentir le doux de sa peau dans l’océan, elle suce ses lèvres, elles ont ce goût de lui. Elle l’attend …

12h 57 - Elle colle, elle s’englue toujours de sel, le soleil la lèche, les bruits se font silence, n’entend pas, l’océan lui suce les orteils. Elle s’endort …

13h 18 - Rentrés à l’appart … douche glacée, persiennes fermées, trop chaud … une goutte de sang en estafilade sur la cuisse comme pour laver le choc de l’intérieur … presqu’une libération ces règles devenues si rares … Et puis là encore, en perception chair de poule, les coups de poignard qu’il ressent, lui loin, trop loin, lui enserrant le cœur en miroir réfléchissant … ou alors c’est elle qui croit que … Contraction, le vagin s’étire, s’écarte, elle accouche quand ? Fuir vite cet appartement, l’homme est de plus en plus inquiet.

Appartement vide de celui qui n’y est pas et n’y a jamais été et pourtant tout plein à craquer, une mémoire inconnue. Même la musique ! Elle sent chacun de ses essoufflements là, l’étouffant à vomir.

14h 40 - Qu’est-ce qui lui prend de regarder l’heure tout le temps, elle qui vit sans, décidément rien n’est plus comme avant.

Faire avancer, souffler dessus pour que ça aille plus vite. Une femme à la terrasse du café parle d’incantation à la Nive ? Qui pourrait-elle donc incanter elle qui a paumé son cœur quelque part et ne se souvient pas où.

15h 49 - Faim, rentrer, re douche, un peu de musique et parler un peu à l’homme là perdu à ses errances … lui dire : tout va bien, ce n’est rien, la fatigue, les règles … enfin tout ça quoi… ça va passer !

15h 50 - Où est-il ? Que fait-il ? Un vent léger soulève ses jupes, une bouffée de sérénité là soudaine, la mémoire qui somnole … et puis elle pense "plus que 14 jours ! Mais au fait pour faire quoi ? ". Elle écrit, elle jette les mots comme des vomissures, pour exorciser, s’expliquer à elle-même les choses encombrées de son cerveau …

19h 48 - Pas de message … tout est trop silencieux et la béance là … elle sait bien sûr que ce n’est pas si simple … les jours à venir vont s’habituer à l’absence, vont faire autrement, faire sans … et puis le temps efface, affaiblit, atténue toujours … là elle attend, encore … mais peut être demain…

Minuit - Pas de message. Absence engluée à la chaleur, attente vaine et sans saveur.

Elle sait elle que le message et quelles que soient les circonstances, elle l’aurait écrit, genre « je suis là » mais les hommes ne sont pas aussi courageux, sans doute, ou ont moins d’imagination …


Lundi 17 Juillet


1h, 2h, 6h, 7h - Sommeil en pointillisme, toile déchirée sur l’écran de sa nuit …

7h – se lever, d’ailleurs l’homme se rase déjà … un peu pâle, un peu cerné, la nuit appuie ses ombres sur son front … chaud oui mais plus encore l’incompréhension, la peur. Elle a parlé hier sans rien expliquer, juste tenté de rassurer, de calmer ; Pas dupe l’homme, pas stupide de derrière les mots prononcés, il sait que la chose est tapie mais il attend, résigné en forme de sagesse, sa force à lui c’est d’être présent dans le silence et sa patience lui donnera sans doute raison, tôt ou tard …
Café, petites discussions des jours de boulot « tu rentres à quelle heure ? Tu veux manger quoi ce soir ? » Comme pour se raccrocher à l’espoir, l’espoir que la densité se fasse moins rude … petits baisers … à ce soir !
Et elle là se dit que la journée va être interminable avec ces non envies, ces vides en sacoches qui pèsent des tonnes, bosser un peu oui … puis peindre aussi enfin faudrait mais là manque juste un peu de place pour imaginer, pour créer … écrire ben oui, laver, récurer, rincer, extirper la tumeur là au bas du ventre, au creux du cœur qui manque d’air  …
Pas de pleurs c’est déjà ça de gagné.

Non juste une colère sourde contre elle-même, car au fond cette souffrance là l’excite bien davantage que son absence, façon d’exister … éternelle histoire de sa vie … les déchirures, les drames, les aime moi, les solitudes comme des abîmes. Il faudrait désapprendre, recommencer, revenir en arrière, au départ, quand sa mère l’a pondue … et puis savoir ce qu’est la sérénité, le bonheur, trouver le mode d’emploi mais où ?

9h 30 - Internet et les messages à n’en plus finir, le virtuel la gonfle. Tous ces sentiments humains logés là sur le net, l’ère de la communication majeure paraît-il alors même qu’on ne sait plus ni aimer ni voir ni exister … la vie réduite à une immense trame virtuelle … éminemment dangereux, elle le sait si bien … Internet père de tous les fantasmes, de tous les espoirs, de tout l’imaginaire de l’homme seul dans ce siècle perdu …
Chanter en italien avec Bocelli … les paroles lui renvoient ses échos, ses soupirs en inspir /expir …

« Bon oui ma réalité n’est pas terrible et mes rêves sont des cauchemars … à ce niveau d’inconscience, faudrait ranger, compartimenter le cerveau explosé, mettre tout sur la table et trier, déchirer, ranger bien comme il faut, contenir les pensées vagabondes … »
Recentrer, c’est cela oui, savoir exactement quelle est l’attente s’il y en a une, pas certain … et tenter de l’atteindre mais le rêve ne sera t’il pas toujours plus beau, plus magnifique que la réalité en routine incertaine ?

Elle pense « le temps passe, comme une immense ride trépanante, et je ne sais toujours pas ce que je veux et encore moins où je veux aller » … et « comment savoir ce que j’ignore ? » … Mémoire dentelée, tissée d'inexistence …
Atteindre le sublime en rêve, ah oui, une façon comme une autre de ne prendre jamais aucun risque …         
« Je suis folle » et puis ce sentiment rare et si salvateur, une sorte de décompression, une légèreté là, le sentiment du lâcher prise soudain, et le temps ignoré, ah oui tiens, « je suis passé à côté l’air de rien » … d’ailleurs …

12h - déjà et oui elle a réussi, le temps est mort sans savoir où on l’a enterré et où était-elle ?

16h 25 - come il profumo delle rose dura solo une stagione …

20h – l’homme est rentré épuisé … La canicule ankylose même les soirées …
Pas de message, mais elle n’attend plus, l’étau s’est desserré… et elle regarde les étoiles, lueur d’elle-même quelque part dans l’immensité en devenir.


Mardi 18 Juillet


Nuit câline, nuit de suées intenses et que faire d’autre d’ailleurs dans cette chaleur qui ne tombe pas? L’homme s’est fait plus tendre, plus doux, plus prolixe aussi, la peur fait dépasser ses propres résistances … Bercée par les mots, par les gestes, ses pensées se sont diluées dans le moment, elle s’est déposée …
Puis le matin et ses rituels immuables, routine rassurante …

8h 29 – quelques mots là sur le portable « …tu me manques » et la voilà touchée à nouveau, ravivée. Elle s’étonne du changement de ses humeurs, du vide à l’intense, décidément rien n’est permanent et tout disparaîtra, elle aussi …
Seule sa soif de l’impossible survivra et la fera revenir encore et toujours … quelle cruauté d’être formatée ainsi à tout vouloir, l’obligeant à chercher sans fin à la bouche édentée des déserts.

Cette insuffisance de soi en soi la foudroie d’impuissance, vouloir tout sans savoir quoi donner pour l’obtenir. « Amour et Vérité » voilà bien l’inaccessible rêve … fantasme d’une nuit d’été au bord de la déraison…

 

Mercredi 19 juillet


Journée d’hier sans saveur ni odeur … en pointillé, quelques rendez-vous, rien de transcendant … éternelle comédie face aux autres, elle se savait douée et de toutes façons personne ne s’intéresse à personne, elle aurait donc encore de beaux jours devant elle avant d’être démasquée …
La soirée et la pluie sur la peau, les éclairs foudroyants et l’atmosphère toujours aussi lourde dans tous les sens du terme … pas de message, les étoiles étaient en voyage … et les pensées, les réflexions : comment sortir de ce tunnel, comment comprendre… poser un nom sur ses errances ne l’avait pas rassurée « pécheresse et possédée, comme Myriam de Magdala, par les mêmes démons et la même soif insatiable m’habite et je poursuis avec la même frénésie cette absurde recherche d’un absolu infini que nul ne pourra jamais m’apporter, et le miracle n’aura pas lieu».
Voilà où allaient se nicher ses rages volcaniques et dévastatrices, ses débordements d’humeur éhontés, ses désintérêts abyssaux  … prisonnière et si terriblement remplie d’elle seule jusqu’à l’écœurement, suffisante, stupide et orgueilleuse et étriquée dans son petit moi … et la conscience exacerbée, la lucidité terrifiante que ce qu’elle cherche est impossible à trouver à l’extérieur …
9h 07 - L’homme vient de partir, le calme apparent rassure … celui qui précède la tempête car ses humeurs étaient aussi changeantes, incertaines et imprévisibles que le temps …

14h - Pas d’excuse, pas de compassion  … sa lucidité a cela d’implacable que chacune de ses décisions, chacun de ses actes, chacune de ses paroles relèvent justement d’une effroyable conscience … se détruire et détruire l’autre par la même occasion était certes fait sans bonheur mais avec une infinie application. Pas d’absolution donc … elle sait et s’en fout …
Juste un pincement là au creux du cœur et la mort en filigrane … proche ou lointaine, en tous cas inéluctable … et s’il lui faut un regret que ce soit celui de n’avoir jamais vraiment aimé.  

Des femmes faites pour et par les hommes, son chemin en croisait tous les jours, celles qui entrent dans le moule presque heureuses sans doute et puis elle, rebelle, définitivement insoumise, éternelle chercheuse d’une vérité si élevée que forcément illusoire. «Et je me cogne aux barreaux de la tour que j’érige pierre par pierre autour de ma vie».  

Cette abominable insatisfaction ne vient que d’elle ou d’une probable tare de naissance ou alors d’un lointain passé. Et l’autre n’y est pas pour grand-chose même s’il peut être révélateur parfois, mal être qui colle aux basques et détruit comme la gangrène …  

14h 30 - Coup de fil, un coup de frais dans la pièce immédiatement assorti d’un coup de blues.

Antagonisme de sa personnalité, son bonheur n’est jamais complet … sorte d’interdiction érigée en principe absolu.

Et puis les pensées déchaînées ..

Mais quoi, l'amour est-ce cela ? Ou bien seulement un rêve inaccessible dont les racines profondes puisent loin à la source ?

Sans répondre à la question et à quoi bon, elle se découvre soudainement calme et sereine … sentiments ô combien exceptionnels ces jours-ci. La pression réellement se relâche, elle avance de manière différente, plus mature peut-être … et la soirée en est illuminée. Les étoiles ce soir brillent d’un tout autre éclat …


Jeudi 20 Juillet

 
8h - L’homme a décidé de prendre une journée  … fait inhabituel et là sur la terrasse à la fraîcheur du petit matin, elle regarde l’homme la regarder …  se sent principale intéressée bien sûr mais aussi spectatrice, curieuse capacité dont elle a le secret – détachée et attachée … et elle s’attarde sur ses yeux noirs, soyeux, caresse de l’œil les contours du visage et le voit beau … Il lui sourit, avec cette pointe de douceur qui affleure et semble lui dire comme en excuse « je suis si désolé de ne pas être Celui que tu attends … ». Oh non l’homme ne prononce pas un mot, tout est là posé à la pointe de l’œil et du cœur, l’homme a cette pudeur virile qui se veut maîtrise … Elle fond un peu, sans culpabilisation outrancière, ce n’est pas son genre.

Mais elle sait ce qu’il endure depuis quelques temps … d’indifférente, elle est devenue maîtresse dans l’art de la fureur, des excessivités permanentes, des sanglots intempestifs.

Savoir ce qu’il préfère ? ni l’un ni l’autre sans doute mais il se plie aux exigences du moment, se fait caméléon, absorbe les chocs, incroyablement patient et calme … Oui, l’appel du large, du grand fond, de l’imprévu, de cela même qui pourrait répondre à son avidité, aurait pu lui être fatal, il le sait … il est tout à fait convaincu aussi que la prise de risques ne l’effraie pas, femme de trop de caractère et d’entêtement, elle peut d’un coup de tête tout faire exploser et tout réduire en cendres à chaque seconde s’il lui semble que l’ailleurs peut étancher sa soif, s’il lui semble que là quelque part, se trouve être ce qu’elle cherche ou celui qu’elle cherche de toute éternité … Il sait, il est là et il attend.

Et elle oui commence à se percevoir avec un aiguisement plus affiné, quelques certitudes affleurent là à sa raison. Ce ne sont encore que quelques balbutiements mais elle entrevoit comme l’émergence d’une intuition … une fine pointe de connaissance remontée là à fleur de sa conscience, une confrontation unique à elle-même que l’absence, le délire si tellement intense de l’impuissance, de l’amour désabusé, de cette tristesse éreintante et effrénée de ces derniers jours, ont exacerbé …

Celui là même à qui elle a prêté un autre visage que le sien et sur lequel elle a pleuré des heures et des heures pour quelques malheureux jours de séparation, venait de lui offrir, sans même le savoir probablement, ce cadeau inespéré.

Alors elle se pose là, regardant l’homme qui la regarde, et se repose.

Puis se sent subitement plus sage et tellement moins vulnérable.

Oui l’homme, installé dans sa patience pressent, bien avant qu’elle ne l’appréhende elle-même, que l’histoire peut être se termine ici et ainsi, ici et maintenant, dans un présent éternel.

Et l’homme la regarde et, soulagé, lui sourit aux éclats d’une nuit d’été …

 

 

 

 

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 06:55

 

Molière - Le Misanthrope

 

ALCESTE

Je ne me moque point,
Et je vais n'épargner personne sur ce point.
Mes yeux sont trop blessés, et la cour et la ville
  Ne m'offrent rien qu'objets à m'échauffer la bile :
J'entre en une humeur noire, et un chagrin profond,
Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font;
Je ne trouve partout que lâche flatterie,
Qu'injustice, intérêt, trahison, fourberie;
Je n'y puis plus tenir, j'enrage, et mon dessein
Est de rompre en visière à tout le genre humain.


PHILINTE
Ce chagrin philosophe est un peu trop sauvage,
Je ris des noirs accès où je vous envisage,
Et crois voir en nous deux, sous mêmes soins nourris,
Ces deux frères que peint L'École des maris,
Dont...


ALCESTE
Mon Dieu ! laissons là vos comparaisons fades.


PHILINTE
Non : tout de bon, quittez toutes ces incartades.
Le monde par vos soins ne se changera pas;
Et puisque la franchise a pour vous tant d'appas,
Je vous dirai tout franc que cette maladie,
Partout où vous allez, donne la comédie,
Et qu'un si grand courroux contre les moeurs du temps
Vous tourne en ridicule auprès de bien des gens

 

ALCESTE
Tant mieux, morbleu! tant mieux, c'est ce que je demande,
 Ce m'est un fort bon signe, et ma joie en est grande :
Tous les hommes me sont à tel point odieux,
Que je serais fâché d'être sage à leurs yeux.


PHILINTE
Vous voulez un grand mal à la nature humaine !


ALCESTE
Oui, j'ai conçu pour elle une effroyable haine.

 

 

alceste.jpg

 

Alceste à bicyclette

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 16:08

 

 

 

 

Le pire n’est jamais certain mais s’y préparer chaque matin au réveil, peut, s’il ne s'est pas présenté nous avoir fait passer une bonne journée, certes ce n’est qu’a posteriori que nous le constaterons mais quel bonheur alors de se coucher en de bonnes conditions …

Ceci posé, la « préméditation au malheur » est un exercice périlleux !

Et en cadeau cette petite phrase de Montaigne que j’apprécie tout particulièrement :

« Courir après alors que nul n’est arrivé à Soi »

 

 

 

 

 

 

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 12:48

 

Séminaire Livre IV – La relation d’Objet Jacques LACAN

 

Chapitre IX

 

LA FONCTION DU VOILE

 

 

Dans ce chapitre Lacan aborde le problème qui matérialise la question de l’objet de façon aigüe, à savoir le fétiche et le fétichisme et pose, page 151, et d’emblée un paradoxe, à savoir que :

 

« Ce qui est aimé dans l’objet, c’est ce dont il manque »

et

« On ne donne que ce qu’on n’a pas ».

 

 

Pages 151/152

Lacan nous rappelle que cette question du fétichisme a été abordée par Freud dans 2 textes : 3 essais sur la théorie de la sexualité et l’article Le fétichisme où Freud précise que « le fétiche est le symbole de quelque chose, à savoir le pénis, mais pas n’importe quel pénis ». Lacan de rajouter l’importance de cette précision et son inexploitation dans le fond structural car dit-il « le pénis dont il s’agit n’est pas le réel mais celui que la femme a - c’est-à-dire en tant qu’elle ne l’a pas ».

 

Les choses se compliquent !

 

Lacan précise ici le point oscillant sur lequel il s’agit de s’arrêter sur ce qui est ordinairement éludé, ainsi pour « ceux qui ne se servent pas de nos clés, c’est une méconnaissance du réel – il s’agit du phallus que la femme n’a pas mais qu’il faut qu’elle ait pour des raisons qui tiennent au rapport douteux de l’enfant avec la réalité », ceci étant la voie commune conduisant à toutes sortes d’impasses. Ainsi et pour éviter les errances de certains auteurs s’ils évitent ce point, Lacan précise que le nerf différentiel est le suivant :

 

  • « Il ne s’agit pas d’un phallus réel en tant que comme réel, il existe ou n’existe pas mais d’un Phallus symbolique en tant qu’il est de sa nature de se présenter dans l’échange comme absence et fonctionnant comme telle »

 

Tout ce qui se transmet dans l’échange symbolique est autant absence que présence, et il est fait (l’échange) pour avoir cette sorte d’alternance fondamentale, à savoir qu’étant apparu en un point, il disparaît pour réapparaître en un autre.

 

Ce qui se résume ainsi :

 

Il circule et du point d’où il vient il y laisse le signe de son absence, le Phallus est donc un objet symbolique.

 

 

Page 153

Ainsi s’établit à partir de cet objet un cycle structural de menaces imaginaires qui limite la direction et l’emploi du phallus réel : c’est le sens du complexe de castrationdans lequel l’homme est pris.

Mais au-delà de cet aspect, il est un autre usage, caché par les fantasmes plus ou moins redoutables de la relation de l’homme aux interdits portant sur l’usage du phallus, c’est la fonction symbolique du phallus que en tant qu’il est là ou qu’il n’est pas là, s’instaure la différenciation symbolique des sexes.

 

Le Phallus, la femme ne l’a pas, symboliquement, mais ne pas l’avoir, c’est participer à son absence et donc en quelque sorte l’avoir.

 

Le Phallus est toujours au-delà de toute relation entre homme et femme, il peut faire l’objet d’une nostalgie imaginaire de la part de la femme du fait qu’elle n’a qu’un tout petit phallus qu’elle peut juger insuffisant mais ce n’est pas la seule fonction qui entre en jeu pour elle, car prise dans une relation intersubjective, il y a, au-delà d’elle pour l’homme, ce phallus symbolique qu’elle n’a pas mais qui existe là en tant qu’absence (rien à voir ici avec l’infériorité imaginaire qu’elle peut ressentir concernant sa participation réelle au phallus).

 

Ce phallus ou pénis symbolique joue un rôle essentiel dans l’entrée de la fille dans l’échange symbolique : c’est en tant que la fille, à partir de la dialectique symbolique d’avoir ou de ne pas avoir ce phallus, entre dans cette relation ordonnée et symbolisée qu’est la différenciation des sexes (relation interhumaine assumée, ordonnée, typifiée, frappée d’interdits et marquée notamment par l’interdit de l’inceste).

Lacan précise que c’est bien ce que veut dire Freud quand il précise que c’est par l’intermédiaire de l’idée de castration à savoir que la fille n’a pas le phallus, pas plus qu’elle ne l’a symboliquement mais qu’elle peut l’avoir, qu’elle entre dans le complexe d’Œdipe et que le garçon en sort.

 

Page 154

Les femmes s’échangent donc comme objets entre les lignées mâles, en tant qu’elles sont symboliques et improbables, c’est-à-dire que les femmes se rangent côté androcentrique (côté de l’homme) marquant les structures élémentaires de la parenté, et échangent le phallus qu’elles reçoivent contre un enfant qui prendra alors pour elles la fonction d’ersatz, de substitut, d’équivalent du phallus introduisant dans la généalogie patrocentrique (du père), en elle-même stérile, la fécondité naturelle. En s’attachant à cet objet unique central, caractérisé par le fait qu’il n’est pas un objet (basique), mais un objet qui a subi radicalement la valorisation symbolique, les femmes entrent donc, par l’intermédiaire du rapport au Phallus, dans la chaîne de l’échange symbolique, s’y installent et y prennent leur place.

 

Que la femme se donne exprime donc l’affirmation du don. Et Lacan de préciser que « nous rejoignons ici l’expérience psychologique concrète telle qu’elle nous est donnée qui est, en cette occasion paradoxale : dans l’acte d’amour c’est la femme qui reçoit réellement et bien plus qu’elle donne » ... « ainsi il n’y a pas position plus captatrice, voire plus dévorante sur le plan imaginaire ». L’affirmation contraire stipulant que la femme se donne signifie qu’elle le fait sur le plan symbolique en tant qu’elle échange ce qu’elle a reçu (le phallus symbolique) contre quelque chose (l’enfant).

  • Note perso : à bien y regarder et en effet recevoir un enfant « réel » contre un phallus symbolique démontre bien qu’elle reçoit bien plus qu’elle donne.

 

Le Fétiche, nous dit Freud, représente le phallus en tant qu’absent : le phallus symbolique.

 

Lacan nous précise qu’il faut ce renversement initial pour pouvoir comprendre le paradoxe dont il est question. En effet, il serait logique, si tout était sur le plan de la déficience ou de l’infériorité imaginaire, que ce soit chez la fille en tant que privée du Phallus, que le fétichisme se déclare le plus ouvertement. Or, il n’en est rien, le fétichisme est extrêmement rare chez les filles « au sens propre et individualisé où il s’incarne dans un objet pouvant répondre symboliquement au Phallus en tant qu’absent ». Il concerne donc davantage les hommes.

 

Voyons comment s’engendre cette relation singulière d’un sujet à un objet qui n’en est pas un :

 

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Selon l’analyse, le fétiche est un symbole et se trouve à cet égard presque sur le même pied que n’importe quel autre symptôme névrotique, sauf qu’avec le fétichisme, il ne s’agit pas de névrose mais de perversion(nosographiquement parlant) et comme l’exprime Lacan, cela ne va pas tout seul, rajoutant que certains auteurs déterminent le fétichisme à la limite des perversions et des névroses du fait du caractère électivement symbolique du fantasme crucial.

 

Lacan nous propose de partir du plus haut de la structure et de nous arrêter un instant à cette position d’interposition qui fait que « ce qui est aimé dans l’objet est quelque chose qui est au-delà »… « Ce quelque chose est rien sans doutemais à la propriété d’être là symboliquement »… « et c’est parce qu’il est symboleque non seulement il peut mais doit être ce rien ».

 

Pour matérialiser cette relation d’interposition, l’image la plus fondamentale de la relation humaine au monde est le voile, le rideau.

En effet, le voile ou le rideau, devant quelque chose, est ce qui permet le mieux d’imaginer la situation fondamentale de l’amour.

 

Ainsi avec la présence du rideau, on peut dire que : ce qui est au-delà comme manque tend à se réaliser comme image. En effet sur le rideau ou le voile se peint l’absence, ce qui est d’ailleurs la fonction d’un rideau quel qu’il soit, dont la valeur, son être et sa consistance, sont d’être justement ce sur quoi se projette et s’imagine l’absence.

 

Le rideau est l’idole de l’absence(jolie phrase).

 

Si la métaphore du voile de Mâyâ exprime le rapport de l’homme avec tout ce qui le captive et non sans raison, elle tient surtout au fait du sentiment d’une illusion fondamentale dans tous les rapports tissés de son désir et c’est bien ce dans quoi l’homme incarne, idolifie son sentiment de ce rien qui est au-delà de l’objet de l’amour.

 

  • Note perso : Dans la philosophie spéculative védique, la Māyā est l'illusion d'un monde physique que notre conscience considère comme la réalité. De nombreuses philosophies ou recherches spirituelles cherchent à « percer le voile » afin d'apercevoir la vérité transcendante, d'où s'écoule l'illusion d'une réalité physique. Le concept de māyā devient négatif dans le bouddhisme mahâyâna, qui désigne māyā comme l'absence de nature propre des phénomènes, la vacuité : Les ignorants ne comprennent pas que toutes choses sont de la nature de māyā, comme le reflet de la lune dans l'eau, qu'il n'existe pas de substance du soi qu'on puisse imaginer comme une âme dotée d'une existence propre. (Sūtra Lankavatara)

Poursuivons :

Ce schéma fondamental est à garder à l’esprit pour situer les éléments entrant en jeu dans la relation fétichiste.

  • Note perso : J’insère ici un extrait du texte « Lacan, le voile et la perversion » ainsi qu'un schéma

 

Le fétichisme :

Le voile, posé par le sujet sur le manque phallique de la mère (de la femme) est le substitut (l’Ersatz) du phallus, ici immédiatement replacé/déplacé sur… ce qui a été vu en dernier, avant la « vision » du manque phallique féminin : un pied, une chaussure, une pantoufle, une natte, la chevelure, une culotte, un bas, une jarretelle, un soutien-gorge, etc.… Ces objets sont « fétichisés », ils sont le phallus… qui manque, rendu ainsi présent. Il s’agit bien d’un enjeu de présence.



I » » » » » » » » » » » » »…………

I Fétichisme

I Masochisme

Sujet I Objet ------------------------- Rien

I Voyeurisme

I Homosexualité

I féminine

I » » » » » » » » » ..

Voile

 

 

Reprenons avec le schéma page 156 :

 

I

I

I

Sujet I Objet ------------------------- Rien ou phallus ou symbole

I

I

I

Voile

 

Comme nous le voyons il y a donc le sujet, l’objet et au-delà ce rien (ou symbole ou phallus en tant qu’il manque à la femme).

 

Dès que se place le voile (le rideau), alors sur lui peut se peindre quelque chose qui dit l’objet est au-delà, objet qui peut prendre alors la place du manque et être et comme tel aussi le support de l’amour, mais nous dit Lacan, c’esten tant qu’il n’est pas le point où s’attache le désir car le désir ici apparaît comme métaphore de l’amour mais ce qui l’attache à savoir l’objet apparaît lui en tant qu’illusoire et est valorisé comme illusoire.

 

Le fameux splittling de l’egoou l'IchSpaltung,(processus de refente du moi désignifiant le sujet qui doit s’éclipser (fading) et se réaliser grâce à l'objet) lorsqu’il s’agit du fétiche, est expliqué par le fait que la castration de la femme y est à la fois affirmée et niée. Le fétiche est là, que la femme n’a justement pas perdu le phallus mais que du même coup on peut le lui faire perdre, c’est-à-dire la châtrer.

 

 

Lacan nous dit que l’ambiguïté de la relation au fétiche est constante et sans cesse manifestée dans les symptômes et s’avère comme vécue. Elle est une illusion soutenue et chérie mais vécue dans un équilibre fragile puisqu’à la merci à tous moments du lever ou de l’écroulement du rideau. Dans la relation du fétichisme à son objet, c’est de ce rapport dont il s’agit.

 

Freud dans son texte parle de Verlungnung que Lacan a traduit par « démenti » mais que l’on peut traduire aussi par reniement, à propos de la position fondamentale de déniement dans la position du fétiche, mais il dit également qu’il s’agit de faire tenir debout(aufrecht zu halten) cette relation complexe comme il parlerait d’un décor.

 

Lacan relève les termes employés par Freud qui prennent ici toute leur valeur : « l’horreur de la castration s’est à elle-même posé, dans cette création d’un substitut, un monument = un denkmal ». Bien que le mot trophée n’apparaisse pas, il est là, doublant le signe d’un triomphe = das zeichen des Triumphes = "Le signe de triomphe"

 

Page 157

Ainsi Freud nous fait avancer d’un pas par rapport à certains auteurs qui parleront quant au fétiche de ce par quoi le sujet héraldise son rapport avec le sexe.

 

Avant de voir comment cela se produit, Lacan nous propose d’en rester pour le moment à la structure dans le rapport de l’au-delà et du voile :

 

  • S’imagine, s’instaure sur le voile, comme capture imaginaire et place du désir, la relation a un au-delà qui est fondamentale dans toute instauration de la relation symbolique. Il s’agit là de la descente sur le plan imaginaire du rythme ternaire sujet – objet – au-delà. Autrement dit dans la fonction du voile il s’agit de la projection de la position intermédiaire du sujet.

 

Avant d’aborder l’exigence qui fait que le sujet a besoin d’un voile, Lacan propose que nous regardions un autre biais par lequel il y a aussi l’institution d’un rapport symbolique dans l’imaginaire :

 

Pages 157/158

Ce qui constitue le fétiche et l’élément symbolique qui le fixe et le projette sur le voile est emprunté essentiellement à la voie historique, c'est-à-dire que c’est le moment de l’histoire (du sujet) où l’image s’arrête. Un moment qui se fige soudain, juste avant le moment où le Phallus est cherché dans la mère, phallus qu’elle a ou qu’elle n’a pas et qui doit être vu en tant qu’absence-présence. Ainsi la remémoration de l’histoire s’arrête et se suspend au moment juste avant. Lacan précise que s’il parle de remémoration de l’histoire, c’est qu’il n’ya pas d’autre sens à donner au terme de souvenir-écran(fondamental dans la terminologie et la conceptualisation freudienne = la Deckerihnnerung qui n’est pas simplement un instantané mais surtout un arrêt, une interruption de l’histoire, elle se fige et du même coup elle indique la poursuite de son mouvement au-delà du voile).

 

Le souvenir-écran est relié à l’histoire par toute une chaîne, il est un arrêt dans cette chaîne et c’est en cela qu’il est métonymique car l’histoire de par sa nature continue. S’arrêtant là, la chaine indique sa suite, désormais voilée, une suite absente, le refoulementcomme le dit Freud, qu’en tant bien sûr qu’il y a chaîne symbolique. Mais Lacan de préciser que si l’on peut désigner comme le point de refoulement un phénomène qui peut passer pour imaginaire, puisque le fétiche est d’une certaine façon image, et image projetée, c’est parce que cette image est le point limite entre l’histoire qui se continue et le moment où elle s’interrompt. Elle est signe, repère, du point de refoulement.

 

Nous voyons ici se distinguer la relation à l’objet d’amour et la relation de frustration à l’objet, différentes l’une de l’autre. Ainsi nous dit Lacan :

 

« C’est par une métaphore que l’amour se transfère au désir qui s’attache à l’objet comme illusoire tandis que la constitution de l’objet n’est pas métaphorique mais métonymique ». Celle-ci « est un point dans la chaîne de l’histoire, là où elle s’arrête ; elle est le signe que c’est là que commence l’au-delà constitué par le sujet ».

 

Les questions posées par le fétichisme sont :

 

Pourquoi  est-ce là que le sujet doit constituer cet au-delà ?? Pourquoi le voile est-il plus précieux que la réalité ?? Pourquoi l’ordre de cette relation illusoire devient-il un constituant essentiel, nécessaire, de son rapport avec l’objet ?

 

Lacan nous rapporte ici l’histoire donnée par Freud de ce Monsieur qui avait passé toute son enfance en Angleterre, était venu faire le fétichiste en Allemagne, et qui cherchait toujours un petit brillant sur le nez qu’il voyait d’ailleurs (ein glanz die naze), qui n’était rien d’autre qu’un regard sur le nez, lequel était bien entendu un symbole dont l’expression allemande ne faisait que transposer l’expression anglaise « a glance at the nose ». Ainsi nous voyons bien la chaîne historique se projeter en un point sur le voile, chaîne pouvant contenir une phrase entière et même dans une langue oubliée.

 

Page 159

 

Quelles sont les causes de l’instauration de la structure fétichiste ??

 

Lacan nous dit que les grammairiens ne nous certifient rien et que auteurs sont depuis quelque temps bien embarrassés mais qu’il s’agit de ne pas perdre le contact avec la notion que l’histoire du fétichisme est essentiellement articulée avec le complexe de castrationet que c’est dans les relations préœdipienneset nulle part ailleurs qu’il apparaît le plus certain que la mère phallique est l’élément central, le ressort décisif.

 

Mais comment joindre ces 2 choses ?

 

Lacan se réfère au système de Mélanie Klein, qui structure les 1ères étapes des tendances orales, surtout dans leur moment le plus agressif, en y introduisant la présence du pénis paternel par projection rétroactive = càd en rétroactivant le complexe d’oedipe dans les 1ères relations avec les objets en tant qu’introjectables.

 

Lacan propose de partir de la relation fondamentale qui est celle de l’enfant réel, de la mère symbolique et de sonphallus qui est, pour elle, imaginaire, nous rappelant que c’est un schéma à manier avec précaution car il se concentre sur un plan alors qu’il répond à des plans divers et qu’il entre en fonction à une succession d’étapes de l’histoire. L’enfant pendant longtemps n’est pas capable de s’approprier la relation d’appartenance imaginaire qui fait la profonde division de sa mère à son sujet, les questions sont donc :

 

  • comment et à quel moment cela entre t’il en jeu pour l’enfant ?

  • comment se fait l’entrée de l’enfant dans la relation à l’objet symbolique, en tant que le phallus en est la monnaie majeure ?

 

Il y a là des questions temporelles, chronologiques, d’ordre et de succession que Lacan propose d’aborder, comme l’indique la psychanalyse, sous l’angle de la pathologie.

 

Ainsi il est observé des phénomènes qui se manifestent corrélativement à ce symptôme singulier qui met le sujet dans une relation élective à un fétiche, objet fascinant inscrit sur le voile, autour duquel gravitesa vie érotique. Lacan emploie le mot gravite car le sujet conserve une certaine liberté de mouvement perçue quand on l’analyse.

 

Page 160/161

Lacan cite Binet à propos des éléments qu’il a signalés, à savoir :

 

  • ce point saisissant du souvenir-écran qui fixe l’arrêt au bas de la robe de la mère, voire de son corset,

  • ou encore le rapport ambigu du sujet au fétiche, et l’illusion vécue comme telle et comme telle préférée,

  • et aussi la fonction particulièrement satisfaisante d’un objet inerte et complètement à la merci du sujet pour la manœuvre de ses relations érotiques.

 

Ceci se constate dans l’observation mais il faut analyser pour cerner d’un peu plus près ce qui se passe à chaque fois que, pour une quelconque raison, le recours au fétiche fléchit, s’exténue, s’use ou encore se dérobe :

 

Lacan nous dit que :

 

  • le comportement amoureux, plus simplement la relation érotique du sujet, se résume en une défense, Freud ayant précisé contre l’homosexualité (M. Gillespie ayant rajouté que la marge entre les 2 est extrêmement mince)

 

Donc nous dit Lacan « nous trouvons dans les relations à l’objet amoureux qui organisent ce cycle chez le fétichiste, une alternance d’identifications :

 

  • à la femme,

  • identification affrontée au pénis destructeur,

  • au phallus imaginaire des expériences primordiales de la période oro-anale, centrées sur l’agressivité de la théorique sadique du coït et bien des expériences mises au jour par l’analyse montrent une observation de la scène primitive, perçue comme cruelle, agressive, violente, voire meurtrière.

 

A l’inverse, il y a identification :

 

  • du sujet au phallus imaginaire qui le fait être pour la femme un pur objet qu’elle peut dévorer voire détruire.

 

Il y a oscillation aux 2 pôles de la relation imaginaire primitive et l’enfant s’y est trouvé confronté d’une manière brute, avant que s’instaure la relation dans sa légalité oedipienne par l’introduction du père comme sujet, centre d’ordre et de possession légitime.

Ainsi l’enfant se trouve livré à l’oscillation bipolaire de la relation entre 2 objets inconciliables, aboutissant à une issue destructrice, voire meurtrière.

 

Les observations faites en analyse sont très riches et fructueuses quand elles montrent les mille formes que prend l’actualité de la vie précoce du sujet, le décomplétage fondamental qui livre le sujet à la relation imaginairepar soit identification à la femme, soit de la place prise du phallus imaginaire, càd dans une insuffisante symbolisation de la relation tierce. Certains auteurs notent fréquemment l’absence du père dans l’histoire du suet, la carence du père comme présence.

 

Bien plus on note un certain type de position du sujet, quelquefois singulièrement reproduite dans les fantasmes, celle d’une immobilisation forcée, manifestée parfois par le ligotage réel du sujet (qui a eu lieu) que nous observons dans l’exemple donné par Sylvia Payne : un enfant suite à une extravagante prescription médicale est empêché de marcher jusqu’à ses 2 ans, lié effectivement à son lit ce qui, nous dit Lacan, n’est évidemment pas sans incidence. Il vécut ainsi étroitement surveillé dans la chambre de ses parents, se trouvant sans une position à être livré tout entier à une relation purement visuelle, sans aucune ébauche de réaction musculaire venant de lui. Ainsi sa relation à ses parents était assumée dans la rage et la colère (fétichisme de l’imperméable).

 

Ces cas sont rares mais Lacan de préciser que certains auteurs ont insisté, dans le cas de la phobie, sur l’attitude de certaines mères tenant leur enfant à distance de leur contact comme s’il s’agissait d’une source d’infection, ceci n’étant sans doute pas pour rien dans la prévalence donnée à la relation visuelle dans la constitution de la primitive relation à l’objet maternel.

 

Page 162

Plus instructive est la relation pathologique qui se présente comme l’envers, ou le complément de l’adhérence libidinale au fétiche. Ainsi que tel ou tel sujet soit attaché à un imperméable ou à des souliers paraît de même nature mais structuralement pourtant l’imperméable contient par lui-même des relations et indique une position un peu différente de celles que comportent le soulier ou le corset qui se trouvent être dans la position du voile entre le sujet et l’objet ce qui n’est pas le cas de l’imperméable ni des autres espèces de fétiches vestimentaires + ou – enveloppants. De même, il s’agit de faire sa place à la qualité spéciale du caoutchouc car ce trait rencontré fréquemment ne manque pas de recéler quelque mystère éclairé sans doute psychologiquement par la sensorialité liée au contact avec le caoutchouc, qui peut plus qu’autre chose être pris comme la doublure de la peau ou comporte des qualités spéciales d’isolement. Dans certains centres où il y a observation analytique, il est constaté que l’imperméable ne joue pas un rôle exactement semblable au voile,c’est plutôt ce derrière quoi le sujet se centre, car il ne se situe pas devant le voile mais derrière,à la place de la mère, adhérant à une position identificatoire où celle-ci a besoin d’être protégée, ici par l’enveloppement. Il s’agit d’une égide, dont s’enveloppe le sujet identifié au personnage féminin.

 

C’est ce qui donne la transition entre fétichisme et transvestime.

 

Autre relation typique, les explosions d’un exhibitionnisme, voire vraiment réactionnel, voire ses alternances avec le fétichisme. Cela s’observe lorsque le sujet tente de sortir de son labyrinthe en raison d’une mise en jeu du réel, le plaçant dans un équilibre instable où se produit une cristallisation ou un renversement de sa position. L’illustration la meilleure est celle du cas freudien de l’homosexualité féminine, où l’intervention du père commeélément réel fait s’interchanger les termes. Ce qui était situé dans l’au-delà = le père symbolique, vient se prendre dans la relation imaginaire, tandis que le sujet prend une position homosexuelle démonstrative par rapport au père.

 

D’autres cas où l’on voit le sujet qui a tenté d’accéder à une relation pleine dans certaines conditions de réalisation artificielle, de forçage du réel, exprimer dans un acting-out*, càd sur le plan imaginaire, ce qui était symboliquement latent à la situation. Exemple : le sujet qui tente pour la 1èrefois d’avoir un rapport réel avec une femme mais qui s’y engage dans cette position d’expérience afin de montrer là qu’il en est capable. La femme va lui faciliter la tâche mais dans l’heure qui suit et alors que rien ne laissait supposer de tels symptômes, il se livre à un exercice d’exhibitionnisme en montrant son sexe au passage d’un train international de sorte que personne ne puisse le prendre la main dans le sac.

 

Le sujet a été forcé ici de donner issue à quelque chose qui était implicite à sa position, car son exhibitionnisme est l’expression ou la projection sur le plan imaginaire de quelque chose dont les retentissements symboliques lui échappent, à savoir que l’acte qu’il a tenté de faire était destiné à montrer qu’il était capable, comme un autre, d’avoir une relation normale.

 

Nous retrouvons à plusieurs reprises cette sorte d’exhibitionnisme réactionnel très proche du fétichisme, voire même qui relève franchement du fétichisme.

 

Autre exemple rapporté par Melitta Schmideberg : un homme ayant épousé une femme à peu près 2 fois plus grande que lui, où il jouait le rôle d’ubuesque victime, de souffre-douleur. Cet homme qui faisant face comme il peut à la situation, apprend un jour qu’il va être père, il se précipite alors dans un jardin montrant son organe à un groupe de jeunes filles. Lacan nous dit que là où Mme Schmideberg voit là une perversion, il n’en est rien, que le majeur de la chose est que c’est par un acte d’exhibition que le sujet s’est manifesté à cette occasion. Il s’agit d’un mécanisme de déclenchement par quoi ce qui, dans le réel, vient là de surcroît, inassimilable symboliquement, tend à faire se précipiter ce qui est au fond de la relation symbolique : l’équivalence phallus-enfant.

 

Ainsi cet homme n’assumant en rien sa paternité, et faute d’y croire, est allé montrer au bon endroit l’équivalent de l’enfant, càd ce qui lui restait alors d’usage de son phallus.

 

 

* Précision de Lacan : le passage à l'acte est un acte sans parole (il n'a pas de sens), alors que "l'acting out" est un acte qui pourra être repris dans une verbalisation (il a un sens).

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 13:40

 

 
 

Giuseppe était locataire dans un appartement de la mairie de Paris, payait son loyer tous les mois avec sa retraite. Mais l'administration a récupéré le logement et mis dehors Giuseppe. Depuis, le Calabrais refuse par dignité toute aide d'urgence: foyers, repas etc... Le vieil homme au dos courbé ne veut pas plier l'échine. S'il en est là aujourd'hui, c'est probablement parce qu'il ne s'intègre pas dans le paysage branché de Beaubourg et qu'il nourrit les pigeons, l'animal le plus détesté des Parisiens. L'homme se bat armé d'une vieille pancarte qu'il trimballe avec son caddie. Cette vidéo est là pour le sortir de l'ombre de sa voiture. Son seul refuge dans ce froid glacial.

 

Vidéo ici

La page ouverte pour lui par ses amis sur Facebook ici 

 

 

 

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Déclaration universelle des droits de l'homme

Préambule

Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.


L'épouse d'un homme haut placé s'amuse, s'acharne, s'avilie à faire subir à Giuseppe du laser depuis 3 ans, matin et soir. Elle le cherche dans les yeux, le suit très précisément, le vise en somme, lui et non les pigeons. Cela provoque des lésions irréversibles aux yeux. Elle habite un bel appartement cossu donnant sur la place Beaubourg rue Rambuteau et passe sont temps libre à attaquer un vieil homme en attendant sagement son riche et glorieux mari.

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"Si nous n'étions pardonnés, délivrés des conséquences de ce que nous avons fait, notre capacité d'agir serait comme enfermée dans un acte unique dont nous ne pourrions jamais nous relever ; pareils à l'apprenti sorcier qui, faute de formule magique, ne pouvait briser le charme. Si nous n'étions liés par des promesses,
nous serions incapable de conserver nos identités ... "
Hannah ARENDT, Condition de l'homme moderne

 

 

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 10:54

 

Ecrivain, Poète, Daniel Tammet est doté de dons exceptionnels pour le calcul mental et l’apprentissage des langues. Ce jeune autiste britannique témoigne de capacités incroyables du cerveau humain : «Quand je fais une multiplication, je visualise les deux nombres et leurs deux formes distinctes. Puis l’image change. Une troisième forme apparaît : la réponse. Le processus s’effectue de lui-même. » À 28 ans, ce Britannique est autiste, atteint du « syndrome savant » (Asperger). Comme le héros du film Rain Man, il est capable d’effectuer des calculs mentaux très complexes en quelques secondes. Daniel Tammet a aussi le don des langues : il en parle onze, sans compter le mänti, un nouvel idiome créé par lui, inspiré du finnois et de l’estonien.
La clé de ces capacités hors normes tient en un mot : synesthésie, du grec syn (union) et aesthesis (sensation). Une condition neurologique rare par laquelle deux ou plusieurs sens sont associés. Elle permet le plus souvent de voir mentalement les lettres et/ou les chiffres en couleur. 

Il publie en 2007, "Je suis né un jour bleu" dont quelques extraits ci-dessous, en 2009 « Embrasser le ciel immense », un état des lieux des connaissances actuelles sur le cerveau.

 

Son troisième livre qui paraitra le 17 Janvier 2013 :« L´Éternité dans une heure », est un recueil d'essais abordant la magie des mathématiques.

 

Extraits Je suis né un jour bleu - Auteur Daniel Tammet

1ère phrase : Je suis né le 31 janvier 1979.

Dernière phrase : Ce serait un aperçu du paradis.

 

"On ne sait pas combien de personnes atteintes du syndrome savant bénéficient de procédés synesthésiques qui accroissent leurs performances. Et cela parce que beaucoup d'entre elles souffrent, comme Raymond Babbitt dans Rain Man, de déficiences mentales ou physiques qui les empêchent d'expliquer aux autres comment elles font ce qu'elles font. En ce qui me concerne, j'ai la chance de ne pas souffrir de l'un de ces handicaps sévères qui vont souvent de pair avec des capacités comme les miennes.
Ainsi que la plupart des individus qui souffrent du syndrome savant, je relève de ce qu'on appelle le « spectre autistique ». Je suis atteint du syndrome d'Asperger, une forme modérée du handicap qui en Grande-Bretagne affecte environ un autiste de haut niveau sur trois cents. Selon une étude de 2001 de la National Autistic Society, presque la moitié des syndromes d'Asperger ne sont pas détectés avant l'âge de 16 ans. Le mien a finalement été diagnostique à 25 ans, après des tests et un entretien au Centre de recherche sur l'autisme de Cambridge.
L'autisme, y compris le syndrome d'Asperger, se définit par l'altération des interactions sociales, de la communication et de l'imagination (surtout en ce qui concerne l'abstraction, la souplesse intellectuelle et l'empathie). Le diagnostic n'est pas facile et ne peut pas se faire par simple prise de sang ou scanner cérébral : les médecins doivent pouvoir observer le comportement d'un individu et étudier l'histoire de son développement depuis l'enfance.
Les personnes touchées par le syndrome d'Asperger se distinguent souvent par de bonnes aptitudes linguistiques et mènent une vie relativement normale. Beaucoup d'entre elles ont un QI légèrement supérieur à la moyenne et excellent dans des domaines qui impliquent la pensée logique et visuelle. Comme d'autres formes d'autisme, le syndrome d'Asperger affecte bien plus d'hommes que de femmes (environ 80 des autistes et 90 des personnes atteintes du syndrome d'Asperger sont des hommes). L'obstination, une forte tendance a se concentrer sur l'analyse des détails, ou encore la reconnaissance implicite des règles et des modèles qui organisent les systèmes sont des caractéristiques reconnues. Des dons particuliers dans les domaines de la mémoire, des nombres et des mathématiques sont courants. Personne ne sait pourquoi certains naissent avec le syndrome d'Asperger, et d'autres pas.
D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours eu une expérience visuelle et synesthésique des nombres. Ils sont ma langue maternelle, celle dans laquelle je pense et je ressens. Par exemple, comme j'ai du mal à comprendre ou à réagir aux émotions des autres, j'ai souvent recours aux nombres pour y arriver. Si un ami me dit qu'il se sent triste ou déprimé, je m'imagine assis au creux de la cavité noire d'un 6, et cela m'aide à faire l'expérience d'un sentiment similaire et a le comprendre. Quand je lis dans un article qu'une personne a été intimidée par quelque chose ou quelqu'un, je m'imagine debout a côté du nombre 9.
Lorsque quelqu'un me décrit un bel endroit qu'il a visité, je me souviens de paysages numériques et de la manière dont ils me rendent heureux. C'est ainsi que les nombres m'aident à être plus proche des autres.
Parfois, les personnes que je rencontre pour la première fois me rappellent un nombre particulier, ce qui me met à l'aise. Quand elles sont très grandes, elles me rappellent le nombre 9 ; quand elles sont grassouillettes, le nombre 3. Si je me sens malheureux ou angoissé par une situation nouvelle (ce qui de fait me stresse et me met mal à l'aise), je compte. Quand je compte, les nombres suscitent des images et des formes solides et rassurantes dans mon esprit. Je peux alors me détendre et gérer la situation, quelle qu'elle soit.
J'ai toujours aimé penser à des calendriers, à cause de tous les nombres et de toutes les formes qui s'y trouvent. Chaque jour de la semaine suscite des couleurs et des émotions distinctes : les mardis sont de couleur chaude alors que les jeudis sont pelucheux. Le calcul calendaire - la faculté de dire a quel jour de la semaine correspond une date - est une capacité commune a beaucoup de personnes touchées par le syndrome savant. Cela est probablement dû au fait que les calendriers sont constitués de nombres prévisibles et d'un agencement de formes particulières selon les jours et les mois. Quel que soit le mois, le treizième jour est toujours placé, dans la semaine, deux jours avant le premier, excepté les années bissextiles. De plus, certains mois se répondent l'un l'autre, comme février et mars (le premier jour de février est le même que le premier de mars). Ainsi, quand la texture du premier jour du mois de février d'une année donnée est pelucheuse (jeudi), le treizième jour de mars sera de couleur chaude (mardi).
Dans son livre L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau, l'écrivain et neurologue Oliver Sacks évoque le cas de John et Michael, des jumeaux atteints d'une forme lourde d'autisme. Ils représentent l'exemple extrême des capacités de calcul calendaire des personnes qui souffrent du syndrome savant. Bien qu'incapables d'être autonomes (diverses institutions les ont pris en charge depuis l'âge de 7 ans), les jumeaux peuvent calculer le jour de la semaine correspondant à n'importe quelle date des quarante mille dernières années."

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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 17:04

 

 

 

Le temps n'est pas si intense, à ne former que des oublis et des vides, même en cadence.

 

Les mots s'entrecroisent, s'entrechoquent, pêle-mêle, dépareillés, sans rien dire réellement, qu'une répétition en écho, vague et informe.

 

Broyer le verbe, dans une frénésie de l'écrire, sans donner consistance aux événements qui se brouillent, s'accumulent dans une infinité de détails et qui pourtant exhalent, même échoués là sur le papier dans un écrit singulier, sans barrage, la perte essentielle.

 

Comme un ravage.

 

Se dire est toujours mentir, la vérité est définitivement variable et ne vaut que dans l'instant mais en outrepassant, il n'y a pourtant qu'une seule découverte à faire, sans doute une vérité une, celle qui, dans la solitude de son âme, au tréfonds, pose que nul ne peut jamais se découvrir !

 

Et là, à ce point précis, dépasser ce savoir qui n'est que non sens !

 

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 06:52

 

 

 

Ah ! Non ! C'est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire... oh ! Dieu ! ... bien des choses en somme...
En variant le ton, —par exemple, tenez :
Agressif : « moi, monsieur, si j'avais un tel nez,
Il faudrait sur le champ que je me l'amputasse ! »
Amical : « mais il doit tremper dans votre tasse :
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! »
Descriptif : « c'est un roc ! ... c'est un pic... c'est un cap !
Que dis-je, c'est un cap ? ... c'est une péninsule ! »

 

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et

 

Le FMI se plante et met en cause les multiplicateurs ..

 

 

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 05:05

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 11:27

 

 

 

Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d'être sauvés,

qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller.


Parce que les seuls gens qui m'intéressent sont les fous furieux,

les furieux de la vie,

les furieux du verbe, qui veulent tout à la fois.

[Sur la route - Jack Kerouac]

 

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Cirque du Soleil

http://www.cirquedusoleil.com/fr/home.aspx#/fr/home/europe/france.aspx

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