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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 09:59

 

 

 

Nul ne s'interdit d'être joyeux, certains ne le sont pas ! Ces temps de fêtes, dégueulantes réveillent non pas une nostalgie, mais un soupçon de chagrin, une trace indélébile, quelque chose de définitif qui ne sait se dire vraiment ou alors par une violence, écrasante ..

Mais l'écriture a ceci de magique qu'elle efface au fur à mesure les maux qui se posent. Les mots dénaturent toujours le tragique, la folie, la colère et la rage en les menant ailleurs, par cette pratique du détachement que génère l'écriture qui pourtant les met en scène.

Les mots jouent tous les rôles* ils sont impudiques, violeurs, se présentent comme des confidences, des indiscrétions mais ils ne disent pas tout. Et d'ailleurs, seuls ceux qui ne se disent pas, ne s'écrivent pas, résistent au temps.

 

Des mots silencieux en guise d'absolu raffiné !

 

Ou bien de ces voeux muets d'heureuses fêtes comme des élégances en somme !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*Duras

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 09:31

 

 

 

 

Dans ce monde où chacun hurle et soliloque sans action, il serait bon de faire silence.

Cioran a raison, l'idéal serait de n'avoir d'opinions sur rien et de s'occuper un peu plus de l'essentiel à condition d'avoir la capacité de le percevoir.

L'attention n'étant pas la qualité première de ceux qui blablatent sans fin, tellement noyés dans leurs miasmes, que tous leurs mots mis bout à bout, ne signifient rien !

Silence !

 

 

 

Trois heures de conversation, j’ai perdu trois heures de silence. La douceur de vivre a disparu avec l’avènement du bruit. Le monde aurait dû finir il y a cinquante ans ; ou, beaucoup mieux, il y a cinquante siècles.
Silence presque total. Ah ! Si tous ces gens persévéraient indéfiniment dans leur sommeil ! Ou si l’homme redevenait l’animal muet qu’il fut !
J’entends les cloches de Saint-Sulpice, je crois. Emotion soudaine. Irruption du passé dans une époque sinistre comme la nôtre. C’est tout de même un autre bruit que celui des voitures.
Rentrer en soi, y entendre ce silence aussi vieux que l’être, plus ancien même - le silence antérieur au temps.
On m’a raconté l’histoire d’une femme, sourde depuis trente ans, qui vient de recouvrer l’ouïe à la suite d’une opération et qui, atterrée par le bruit, a demandé qu’on lui redonne sa surdité...
Veille de Pâques. Paris se vide. Ce silence si inhabituel comme en plein été. Que les gens avant l’ère industrielle devaient être heureux ! Mais non. Ils ignoraient complètement leur bonheur, comme nous ignorons le nôtre. Il nous suffirait d’imaginer dans le détail l’an 2000 pour que nous ayons par contraste la sensation d’être encore au Paradis. Si la plus grande satisfaction qu’on puisse atteindre dérive de l’entretien avec soi dans la solitude, la forme suprême de "réalisation" est la vie érémitique.
Si seulement on avait le courage de ne pas avoir d’opinions sur quoi que ce soit ! Ou alors en émettre une devrait constituer un acte aussi important que prier. Se mettre en état d’oraison pour oser avoir une opinion ! C’est à cette seule condition que "la parole" pourrait acquérir quelque dignité ou reconquérir son ancien statut, si tant est qu’elle en eût un jamais dont elle pût être fière.
Pourquoi tout silence est-il sacré ? Parce que la parole est, sauf dans des moments exceptionnels, une profanation.
La seule chose qui élève l’homme au-dessus de l’animal est la parole ; et c’est elle aussi qui le met souvent au-dessous.
Je crois la parole récente, je me figure mal un dialogue qui remonte au-delà de dix mille ans. Je me figure encore plus mal qu’il puisse y en avoir un, je ne dis pas dans dix mille ans, dans mille ans seulement.
Je crois aux vertus du silence, je ne m’attribue quelque réalité que lorsque je me tais, et je parle, je parle, et nous parlons tous. Le vrai contact entre deux êtres, et entre les êtres en général, ne s’établit que par la présence muette, par non-communication apparente, comme l’est toute communion véritable, par l’échange mystérieux et sans parole qui ressemble à la prière intérieure.
J’ai combattu toutes mes passions et j’ai essayé de rester encore écrivain. Mais c’est là une chose quasi impossible, un écrivain n’étant tel que dans la mesure où il sauvegarde et cultive ses passions, où il les excite même et les exagère. On écrit avec ses impuretés, ses conflits non résolus, ses défauts, ses ressentiments, ses restes... adamiques. On n’est écrivain que parce que l’on n’a pas vaincu le vieil homme, que dis-je ? L’écrivain, c’est le triomphe du vieil homme, des vieilles tares de l’humanité ; c’est l’homme avant la Rédemption. (...) C’est l’humanité tarée dans son essence qui constitue la matière de toute son œuvre. On ne crée qu’à partir de la Chute.
Tout ce que l’homme fait, il ne le fait que parce qu’il a cessé d’être ange. Tout acte en tant qu’acte n’est possible que parce que nous avons rompu avec le Paradis. Tout créateur s’insurge contre la tentation de l’angélisme.
Par tempérament je suis bavard, et tout ce que je puis avoir de bon, je le dois au silence.
Il est 1 heure du matin. Ce silence extraordinaire justifierait à lui seul l’adhésion à une forme quelconque d’espoir.
Le saint a raison de dire que le silence nous rapproche de Dieu. C’est quand tout se tait en nous que nous sommes à même de Le percevoir. Lui, c’est-à-dire quelqu’un ou quelque chose qui ne résiste pas à l’analyse, mais qui remplit néanmoins notre silence.
Le silence va plus loin que la prière, puisqu’il n’est jamais plus profond que dans l’impossibilité de prier. Tout silence dont on est conscient, qu’on cultive ou qu’on espère se ramène à une possibilité d’expérience mystique.

 

Emil Cioran

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 16:30

 

 

Si tu l’voyais
Se déhancher sur les vieux ports,
Il marche comme on pleure
Dans les brumes
Des matins gris.

St tu l’voyais,
La clope au bec
Et la musique, le blues,
Toujours à l’oreille.

Si tu l’approches,
Tu croiras qu’il fredonne,
Mais non
Il parle seul,
A un fantôme.

Si tu l’voyais,
Tu l’entendrais dire : si tu t’en vas,
Alors tu m’oublieras,
Tout s’oubliera

Parfois sur le quai,
Au bord de la jetée
Il s’arrête, respire
Regarde la mer,
Et attend des heures durant
Un improbable bateau.

Si tu l’voyais,
Tu saurais qu’souvent il a rêvé,
A ces terres lointaines
Dont on ne revient pas.

Puis la brume l’a enveloppé,
Les matins gris l’ont absorbé,
Et avec eux l’envie,
La mort est là qui sommeille,
Il le sait.

Si tu l’voyais continuer à parler,
A dire tous ces mots à son fantôme,
Celui qui un jour
L’a laissé là,
Comme on quitte les amours qui se meurent.

Si tu l’voyais,
tu saurais qu’il s’est accroché
A la peur
Celle qui fait tenir debout, encore
En attendant le triomphe de la mort
Au coin d’un quai, pas loin d'une jetée
Un matin brumeux d’un temps bien gris.

 

 

MLT02 186-port-de-peche

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 23:00


Il s’disait …

Il s’disait que c’était dingue c’qu’il entassait dans ses poches,
Un kleenex même pas propre,
D’la tune, pas la fortune,
Un ticket de métro, souvenir de Paname
Loin déjà tous ces souvenirs
Paname et les potes là bas,
Vague à l’âme
Puis au fin fond
enfoui, délavé, passé mille fois à la machine
Au moins
Un p’tit bout de post-it, froissé, à peine lisible
Et dessus un numéro de portable
Sans nom, chelou mais
sûrement important
sinon il l’aurait largué, sûr
Prise de tête pour savoir qui,
Appeler peut être
Un soir au hasard
Vers 18h quand tout est calme
Et puis non finalement
Il pense que le rêve est sûrement plus cool que la vraie réalité
Alors il l’a remis à sa place pour un énième lavage à venir,
Illisible il deviendra tôt ou tard
Il s’disait que c’était dingue c’qu’il entassait dans ses poches
Mais ce p’tit bout de papier
Resté là enfoui dans son jean
C'était un morceau de rêve !

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 08:34

 

 

J'aime bien l'idée d'un au-revoir sans retour, un genre "je ne rentrerai pas ce soir, ni demain, ni même plus tard".

L'absent a décidément toujours raison contrairement à la croyance populaire, en tous cas il ne demande l'avis de personne, il part voilà tout, une sorte de lien avec son désir et c'est là précisément que la chose se situe.

Se dissoudre donc, non pas mourir, pas encore, juste disparaître un matin ou un soir, se fondre dans la masse informe de l'absence. Il y a là une jouissance, comme une délivrance.

Pourtant, partir ne veut pas dire oublier ! Comme dirait l'autre, son balluchon il n'y a rien à faire on se le trimballe où qu'on aille mais quand même, lâcher ce qui n'excite plus, un lieu, des gens pour un ailleurs où sans doute l'herbe ne sera pas plus verte, mais enfin qu'en sait-on ?

Il y a de la folie dans ces départs, certainement, mais ne serait-ce pas fou de rester quand même, d'insister, là où rien ne peut se construire, là où en réalité on est déjà plus  ...

Mais enfin se rencontre-t-on ailleurs ? la question se pose bien sûr, peut-être se perd-on davantage encore. Peut-être pas ..

Partir est une façon d'échapper à l'accablement, retrouver quelques promesses, une sève nouvelle, une exaltation dont le prix à payer vaut bien quelques pas sur une route inconnue

J'aime bien cette idée ..

 

"Ne m’attendez pas, ne m’attendez plus, je ne rentrerai pas, je ne rentrerai plus".

 

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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 08:01

 


Les souvenirs, même bons, ça nourrit pas son homme.

Et s'ils se succèdent, s'assemblent, se bornent,

Pas la peine de batailler, tous disparaissent.


Rien jamais ne caresse le désespoir

Pas même la vie qui ne s'éclaire que de quêtes,

Vaines souvent !


A chaque question, aucune réponse,

Pas la peine de s'prouver quelque chose,

Juste ne pas s'paumer !


Je ne sais pas d'où je viens,

Encore moins où je vais,

J'ai largué l'idée de l'infini,

Même si j'y cours

Sans en connaître les détours.


Certains disent que seul le chemin compte,

Mais quel chemin ?

Celui du fun, du léger, du kif ?

De l'autre, c'est sûr

Histoire de pas crever tordu quelque part

Seul à s'fermer les yeux,

Comme un con.

C'est l'risque à pas s'y risquer !

 

Dans la vie, t'as pas l'droit à l'erreur,

Ni à une seconde chance,

Si tu t'rates, te voilà en galère,

Vieux avant qu'il soit midi

Mais quand même,

Faut être couillu pour avancer.

 

Vivre est dangereux

Mais s'arrêter serait pire.

Faut y aller et croire un peu,

ça va sans dire ..

 

 


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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 07:36

 

 

 

 

 

 

Une époque qui ne se consacre entièrement qu'à réclamer ses droits (en en oubliant ses devoirs), engendre par logique propre un monde infantile et infantilisé,

un monde de victimes et de pleurnichards,

où le jouir sans entraves prime !

 

 

 


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Published by Cat - dans Pensées
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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 15:54

Lui

 

 

 

Il y avait comme un ravage dans son regard, une ombre de mal !

 

Il souriait, d'un sourire éreintant, une trace sauvage ! Je savais qu'il ne promettrait rien, les paroles disait-il, sont des leurres, des mensonges et si je te promets le clair, tu ne trouveras que l'obscur.

Le monde n'est pas merveilleux, il n'y nulle part où aller, nulle sortie avant la fin, la sérénité n'a ni d'air ni de place, il n'y a pas de paisible. Il faut empoigner les choses, les plier, les soumettre, tout n'est que rapport de forces ou abandonner.

 

Je restais là, fascinée, devinant dans ses mots le froid qui l'habillait, comme un silence où la lumière lassée se serait rétractée face à la route trop longue, trop escarpée !

 

Ne lâche pas ma main pourtant, continue avec moi, même s'il n'y a pas de lieu, pas de présent ni de demain, le temps s'étire, c'est tout ! Rien ne cesse de disparaître, les souvenirs même se transforment, faire du beau avec du laid, pour avoir moins froid dedans, pour oublier qu'on rate toujours, nos vies même s'effacent.


Je fermais les yeux pour mieux écouter encore .. l'essentiel de ce qu'il était, ce qu'il y avait là de blessure et de désespoir même s'il éclatait de rire quand j'effleurais son pessimisme. Il était attachant dans l'intensité qu'il mettait à détruire, repoussant d'un geste de la main, dans les volutes de son cigare, les émotions qui l'agitaient ! J'aimais cette virilité fragile, j'aimais ses yeux noirs, j'aimais ses interrogations quand à la force qui nous pousse à vivre, pourtant.


Je me lovais dans son cou, bouffant son odeur, je crois que c'était ça l'amour, un partage de chaleur dans le lugubre de la vie, dans les soirs trop noirs. J'aimais me camoufler dans ses haines, dans ces routes inatteignables qu'il construisait pour moi, m'évaporer à l'aune de ses idées noires.

 

Lui, il avait l'élégance de ceux qui titubent, tout en tendresse, tout en panache !

Si intensément vivant et libre, malgré tout !

 

 

 

 


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Published by Cat - dans Passions
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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 12:45

 

 

 

Lui : Je t'aime, je t'aime disait-il .. comme ce double de moi-même dans lequel je me reconnais si aimable et si aimant ..

 

A : Ce n'est pas tant elle que tu aimes mais l'être qui, tu le crois, possède l'objet, cet objet si convoité, toujours fuyant et pourtant toujours poursuivi inlassablement. Ce n'est donc pas cette femme, l'idéal à atteindre, mais la possession dont elle semble jouir.

 

Lui : Je t'aimerai toujours, dans l'ombre de ton monde, je me reconnaîtrai


A : Tout durant que celle là même que tu as choisie pour modèle, semble détenir cet objet qui te fait défaut ou qui semble en être pourvue ..

 

Tel Don Quichotte, ce qui t'anime n'est que le désir du désir et l'atteinte d'une inaccessible étoile, à parcourir sans fin, autour de moulins à vent, un chemin inatteignable !

 

Libre tu ne peux être si tu n'acceptes pas ce manque qui t'habite et qui jamais ne s'éteindra sauf si la mort s'en mêle !

 

Le désir est cette incomplétude qui voudrait être comblée, mais qui jamais n'y parviendra. Il est la transcendance même.

 

"Le désir est le désir de désir"*

 

Il est cette demande incessante d'un amour éternellement insatisfait, le désir n'est autre que dans cet intervalle d'insatisfaction, dans un au delà de la demande même s'il est la demande même...

 

 

 

 

*Lacan

 

 


 

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Published by CatB - dans Psy
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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 08:16

Notre époque ne produit pas que des terreurs innommables, prises d’otages à la chaîne, réchauffement de la planète, massacres de masse, enlèvements, épidémies inconnues, attentats géants, femmes battues, opérations suicide. Elle a aussi inventé le sourire de Ségolène Royal. C’est un spectacle de science-fiction que de le voir flotter en triomphe, les soirs électoraux, chaque fois que la gauche, par la grâce des bien-votants, se trouve rétablie dans sa légitimité transcendantale. On en reste longtemps halluciné, comme Alice devant le sourire en lévitation du Chat de Chester quand le Chat lui-même s’est volatilisé et que seul son sourire demeure suspendu entre les branches d’un arbre.

On tourne autour, on cherche derrière, il n’y a plus personne, il n’y a jamais eu personne. Il n’y a que ce sourire qui boit du petit-lait, très au-dessus des affaires du temps, indivisé en lui-même, autosuffisant, autosatisfait, imprononçable comme Dieu, mais vers qui tous se pressent et se presseront de plus en plus comme vers la fin suprême.

C’est un sourire qui descend du socialisme à la façon dont l’homme descend du cœlacanthe, mais qui monte aussi dans une spirale de mystère vers un état inconnu de l’avenir où il nous attend pour nous consoler de ne plus ressembler à rien.

C’est un sourire tutélaire et symbiotique. Un sourire en forme de giron. C’est le sourire de toutes les mères et la Mère de tous les sourires.

Quiconque y a été sensible une seule fois ne sera plus jamais pareil à lui-même.

Comment dresser le portrait d’un sourire ? Comment tirer le portrait d’un sourire, surtout quand il vous flanque une peur bleue ? Comment faire le portrait d’un sourire qui vous fait mal partout chaque fois que vous l’entrevoyez, mal aux gencives, mal aux cheveux, aux dents et aux doigts de pieds, en tout cas aux miens ?

Comment parler d’un sourire de bois que je n’aimerais pas rencontrer au coin d’un bois par une nuit sans lune ?

Comment chanter ce sourire seul, sans les maxillaires qui devraient aller avec, ni les yeux qui plissent, ni les joues ni rien, ce sourire à part et souverain, aussi sourd qu’aveugle mais à haut potentiel présidentiel et qui dispose d’un socle électoral particulièrement solide comme cela n’a pas échappé aux commentateurs qui ne laissent jamais rien échapper de ce qu’ils croient être capables de commenter ?

C’est un sourire qui a déjà écrasé bien des ennemis du genre humain sous son talon de fer (le talon de fer d’un sourire ? la métaphore est éprouvante, j’en conviens, mais la chose ne l’est pas moins) : le bizutage par exemple, et le racket à l’école. Ainsi que l’utilisation marchande et dégradante du corps féminin dans la publicité.

Il a libéré le Poitou-Charentes en l’arrachant aux mains des Barbares. Il a lutté contre la pornographie à la télé ou contre le string au lycée. Et pour la cause des femmes. En reprenant cette question par le petit bout du biberon, ce qui était d’ailleurs la seule manière rationnelle de la reprendre ; et de la conclure par son commencement qui est aussi sa fin.

On lui doit également la défense de l’appellation d’origine du chabichou et du label des vaches parthenaises. Ainsi que la loi sur l’autorité parentale, le livret de paternité et le congé du même nom. Sans oublier la réforme de l’accouchement sous X, la défense des services publics de proximité et des écoles rurales, la mise en place d’un numéro SOS Violences et la promotion de structures-passerelles entre crèche et maternelle.

C’est un sourire près de chez vous, un sourire qui n’hésite pas à descendre dans la rue et à se mêler aux gens. Vous pouvez aussi bien le retrouver, un jour ou l’autre, dans la cour de votre immeuble, en train de traquer de son rayon bleu des encoignures suspectes de vie quotidienne et de balayer des résidus de stéréotypes sexistes, de poncifs machistes ou de clichés anti-féministes. C’est un sourire qui parle tout seul. En tendant l’oreille, vous percevez la rumeur sourde qui en émane et répète sans se lasser : « Formation, éducation, culture, aménagement du territoire, émancipation, protection, développement durable, agriculture, forums participatifs, maternité, imaginer Poitou-Charentes autrement, imaginer la France autrement, imaginer autrement autrement. »

Apprenez cela par cœur, je vous en prie, vous gagnerez du temps.

Je souris partout est le slogan caché de ce sourire et aussi son programme de gouvernement. C’est un sourire de nettoyage et d’épuration. Il se dévoue pour en terminer avec le Jugement Terminal. Il prend tout sur lui, christiquement ou plutôt ségolènement. C’est le Dalaï Mama du III e millénaire. L’Axe du Bien lui passe par le travers des commissures. Le bien ordinaire comme le Souverain Bien. C’est un sourire de lessivage et de rinçage. Et de rédemption. Ce n’est pas le sourire du Bien, c’est le sourire de l’abolition de la dualité tuante et humaine entre Bien et Mal, de laquelle sont issus tous nos malheurs, tous nos bonheurs, tous nos événements, toutes nos vicissitudes et toutes nos inventions, c’est-à-dire toute l’Histoire. C’est le sourire que l’époque attendait, et qui dépasse haut la dent l’opposition de la droite et de la gauche, aussi bien que les hauts et les bas de l’ancienne politique.

Un sourire a-t-il d’ailleurs un haut et un bas ? Ce ne serait pas démocratique. Pas davantage que la hiérarchie du paradis et de l’enfer. C’est un sourire qui en finit avec ces vieilles divisions et qui vous aidera à en finir aussi. De futiles observateurs lui prédisent les ors de l’Élysée ou au moins les dorures de Matignon alors que l’affaire se situe bien au-delà encore, dans un avenir où le problème du chaos du monde sera réglé par la mise en crèche de tout le monde, et les anciens déchirements de la société emballés dans des kilomètres de layette inusable.

Quant à la part maudite, elle aura le droit de s’exprimer, bien sûr, mais seulement aux heures de récréation. Car c’est un sourire qui sait, même s’il ne le sait pas, que l’humanité est parvenue à un stade si grave, si terrible de son évolution qu’on ne peut plus rien faire pour elle sinon la renvoyer globalement et définitivement à la maternelle.

C’est un sourire de salut public, comme il y a des gouvernements du même nom.

C’est évidemment le contraire d’un rire. Ce sourire-là n’a jamais ri et ne rira jamais, il n’est pas là pour ça. Ce n’est pas le sourire de la joie, c’est celui qui se lève après la fin du deuil de tout.

Les thanatopracteurs l’imitent très bien quand ils font la toilette d’un cher disparu.

 

Philippe Muray

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