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S. Freud, nous dit J. Lacan, a amené dans la notion en psychologie, le crime comme crise dramatique se résolvant en structure, en deux formes détestables : l’Inceste et le Parricide « dont l’ombre engendre toute la pathogénie de l’Œdipe ». Ainsi S. Freud démontrait notamment dans « Totem et Tabou » qu’avec la Loi et le Crime commençait l’homme.

 

Avec la conception du Surmoi et ses effets de censure inconsciente expliquant des structures psychopathologiques déjà repérées tels la névrose de caractère, les mécanismes d’échec et les impuissances sexuelles, émergea la découverte d’une morbidité immense. L’auto punition couvre l’ensemble de ces maux et gestes mais la question se pose pour Lacan de savoir s’il faut l’étendre à l’ensemble de tous les criminels.

 

J. Lacan nous précise que les crimes ou délits émanant du Surmoi sont reconnus par la psychanalyse à partir des constatations suivantes :

 

Ø      la structure morbide,

Ø      leur caractère forcé dans l’exécution,

Ø      leur stéréotypie quand ils se répètent,

Ø      le style provocant de la défense ou de l’aveu,

Ø      l’incompréhensibilité des motifs.

 

Ceci démontrant bien qu’une force est en action qui échappe au sujet qui ne peut y résister.

 

Comme le précise J. Lacan, c’est bien à la lumière de l’interprétation œdipienne que ces conduites s’avèrent claires, « mais ce qui les distingue comme morbides, c’est leur caractère symbolique. Leur structure psychopathologique n’est point dans la situation criminelle qu’elles expriment, mais dans le mode irréel de cette expression ».

 

Ainsi les structures de la société étant symboliques ; l’individu dit normal aura des conduites réelles, le psychopathe lui les exprimera par des conduites symboliques.

J. Lacan précise que ce symbolisme ainsi exprimé n’est que parcellaire et qu’il signale, exprimé ainsi, le point de rupture qu’occupe l’individu dans le réseau des agrégations sociales. La manifestation psychopathique peut révéler la structure de la faille, mais cette structure ne peut être tenue que pour un élément dans l’exploration de l’ensemble ». Ainsi di-il « doit-on observer la plus grande rigueur pour fonder sur la théorie analytique des notions telles que la personnalité modale, le caractère national ou le surmoi collectif ».

 

Il est bon donc de référer toujours la théorie à l’expérience.

 

Le symbolisme qui, comme premier ordre de la délinquance, a été reconnu et isolé comme psychopathologique par la psychanalyse a permis de préciser la signification sociale de l’oedipisme et de critiquer également la portée de la notion de surmoi pour l’ensemble des sciences de l’homme. Or, majoritairement les effets psychopathologiques révélant les tensions issues de l’oedipisme expriment une rupture du groupe familial au sein de la Société, groupe qui ne saurait se réduire à sa forme conjugale, « et par la conséquence qui s’ensuit du rôle formateur de plus en plus exclusif qui lui est réservé dans les premières identifications de l’enfant comme dans l’apprentissage des premières disciplines, explique l’accroissement de la puissance captatrice de ce groupe sur l’individu à mesure même du déclin de sa puissance sociale ».

Ce qui subsiste de la structure originelle dans la famille œdipienne et ce malgré l’évolution historique, est l’« l’autorité conservée au père », mais Lacan de souligner que ce trait formel « se montre en fait de plus en plus instable, voire caduque », ce qui n’est pas sans conséquence sur le plan psychopathologique.  Ceci peut confirmer la notion d’inadaptation latente opposée à l’inadaptation manifeste évoquée par August Aichhorn pensant que cette situation était la résultante des lacunes parentales. L’élaboration de la conception générique sous le terme « caractère névrotique » faite par Kate Friedlander restera impuissante à distinguer la structure de ce caractère en tant « que criminogène, de celle de la névrose où les tensions restent latentes dans les symptômes ».

Et J. Lacan de préciser que « le caractère névrotique est le reflet, dans la conduite individuelle, de l’isolement du groupe familial dont ces cas démontrent toujours la position asociale, tandis que la névrose exprime plutôt ses anomalies de structure ».

En réalité, J. Lacan nous précise que ce n’est pas tant d’expliquer le passage à l’acte délictueux pour un sujet enfermé dans une conduite imaginaire selon les propos de Daniel Lagache que de déterminer les procédés par lesquels le névrosé s’adapte « partiellement » au réel. : « Ce sont ces mutilations autoplastiques qu’on peut reconnaître à l’origine des symptômes ».

 

Ainsi il s’agirait de la répétition de frustrations pulsionnelles dans l’histoire du sujet, frustrations qui se seraient comme arrêtées en court circuit sur la situation œdipienne, sans s’engager jamais dans une élaboration de structure.

 

« La psychanalyse dans son appréhension des crimes déterminés par le surmoi a donc pour effet de les irréaliser ».

 

L’utilisation de la notion de Surmoi engage aux conséquences suivantes :

 

  • Le Surmoi doit être tenu selon J. Lacan « pour une manifestation individuelle, liée aux conditions sociales de l’œdipisme. C’est ainsi que les tensions criminelles incluses dans la situation familiale ne deviennent pathogènes que dans les sociétés où cette situation même se désintègre ». Le Surmoi révèle donc la tension.
  • Son apparition, selon l’observation directe de l’enfant, est si précoce qu’elle paraît antérieure à l’apparition du Moi.

 

La persistance imaginaire des bons ou mauvais objets primordiaux développés par Mélanie Klein, bien que controversés, est constatée dans des comportements de fuite pouvant mettre l’adulte en conflit avec ses responsabilités et fait concevoir le Surmoi comme une instance psychologique qui chez l’homme a une signification générique. Ainsi nous précise J. Lacan « cette notion n’a pour autant rien d’idéaliste ; elle s’inscrit dans la réalité de la misère physiologique propre aux premiers mois de la vie de l’homme, et elle exprime la dépendance générique en effet, de l’homme par rapport au milieu humain ».

 

Dans l’état psychopathique, c’est-à-dire dans l’individu, il ressort une instance obscure, aveugle et tyrannique. J. Lacan nous dit qu’ « aucune forme donc du surmoi n’est inférable de l’individu à une société donnée. Et le seul surmoi collectif que l’on puisse concevoir exigerait une désagrégation moléculaire intégrale de la société ».

 

Ainsi J. Lacan précise que la « succession des crises diverses tels le sevrage, l’intrusion, l’Œdipe, la puberté, l’adolescence nous amènent chacune à une nouvelle synthèse des appareils du Moi, dans une forme toujours plus aliénante pour les pulsions qui y sont frustrées, toujours moins idéale pour celles qui y trouvent leur normalisation ».

 

Cette forme produite par le phénomène psychique, et une des trouvailles fondamentales de la psychanalyse, est l’identification et chacune des périodes dites de latence pulsionnelle est caractérisée par la domination d’une structure typique des objets du désir.

Ainsi l’être de l’homme se constitue dialectiquement du rapport fondamentalement aliénant à l’identification par le sujet infans à l’image spéculaire du modèle qu’il tient pour le plus significatif, à un moment des plus originels. Ces identifications développent chacune une agressivité que la frustration pulsionnelle ne suffit pas à expliquer, sinon dans la compréhension du sens commun mais « qui exprime la discordance qui se produit dans la réalisation aliénante ».

Ainsi chez l’homme, cette tension exprime la négativité dialectique inscrite aux formes mêmes où s’engagent les forces de la vie, tension reconnue par Freud comme « pulsion du moi » : l’instinct de mort. Et J. Lacan de nous dire que « cette négativité est incarnée dans toute forme du Moi et la tension agressive intègre la pulsion frustrée chaque fois que le défaut d’adéquation de l’« autre » fait avorter l’identification résolutive, elle détermine ainsi un type d’objet qui devient criminogène dans la suspension de la dialectique du moi ».

 

Le rôle fonctionnel et la corrélation au délire de la structure de cet objet se constatent dans deux formes extrêmes d’homicide paranoïaque, le cas « Aimée » cité plus haut et celui des sœurs Papin (en annexe). Dans l’affaire des Sœurs Papin, il est constaté l’aliénation de la réalité du criminel dès lors que le crime donne l’illusion de répondre à son contexte social.

 

Ainsi nous dit J. Lacan, dans le cas de vols commis par de jeunes délinquants, il est constaté la manifestation symbolique « du don de l’excrément ou la revendication œdipienne, la frustration de la présence nourricière ou celle de la masturbation phallique, – et la notion que cette structure répond à un type de réalité qui détermine les actes du sujet, guide cette part qu’ils appellent éducative de leur conduite à son égard ».

 

 

La réalité du crime, selon l’expertise de l’analyste, s’articule donc autour des techniques négativistes du moi.

 

 

Aux origines du Moi se trouvent les identifications anales, ce qui est désigné par la médecine légale sous le nom de carte de visite ou signature, celle-ci déterminant à quel moment de l’identification du moi s’est produite la répression par quoi comme le précise J. Lacan « l’on peut dire que le sujet ne peut répondre de son crime, par quoi aussi il y reste attaché dans sa dénégation ».

 

Qu’en est-il des facteurs innés du crime et du criminel ?

 

J. Lacan nous dit que « la psychanalyse ne pouvait pas s’écarter de cette question et que la cruauté de l’homme face à son semblable implique l’humanité et elle vise un semblable même dans un être d’une autre espèce ».

 

Les pulsions constituent un système d’équivalences énergétiques où les échanges psychiques se réfèrent. Ces pulsions apparaissent dans des liaisons fortement complexes et comme le précise J. Lacan « poser le postulat d’un excès de libido est vide de sens » d’autant que les tendances criminelles de certains individus relèveraient plutôt « d’un défaut que d’un excès vital ». « Leur hypogénitalité est souvent manifeste et leur climat rayonne la froideur libidinale ».

En effet, la recherche de stimulation sexuelle trouvée dans les délits, exhibitions, vols, etc. ou encore les crimes passionnels et quels que soient les mécanismes qui la causent : angoisse, sadisme ... ne peut être tenue pour un débordement des instincts.

 

Ainsi nous dit J. Lacan « assurément la corrélation est évidente de nombreuses perversions chez les sujets qui viennent à l’examen criminologique, mais elle ne peut être évaluée psychanalytiquement qu’en fonction de la fixation objectale, de la stagnation de développement, de l’implication dans la structure du moi, des refoulements névrotiques qui constituent le cas individuel. Plus concrète est la notion dont notre expérience complète la topique psychique de l’individu : celle du Ça, mais aussi combien plus que les autres difficile à saisir ».

 

L’inné est donc une définition abstraite et sans fondement.

 

Quelques citations lacaniennes sur la perversion et le pervers :

Dans la perversion l'enfant s'identifie à l'objet imaginaire du désir que la mère le désire, en tant que la mère elle-même le symbolise dans le phallus.

La plupart des perversions mâles ont pour motif imaginaire le désir de préserver un phallus, qui est celui qui a intéressé le sujet dans la mère.

Le sexe mâle est le sexe faible au regard de la perversion. 

Le pervers s'imagine être l'Autre pour assurer sa jouissance.

Le névrosé s'imagine être un pervers pour s'assurer de l'Autre.

La perversion est dans l'inconscient du névrosé, en tant que fantasme de l'Autre.

 

A propos du Surmoi, S. Freud qualifiait le Surmoi d’Œdipien

alors que J. Lacan propose un Surmoi persécuteur.


 IV.                Etudes de cas


 a. – LA PARANOIA (en annexe analyse de Lacan à propos du crime des Sœurs Papin)

 

Affaire Richard DURN (né en 1968)

Le 26 Mars 2002, Richard Durn écoute les délibérés du Conseil Municipal de Nanterre. En fin de séance, il se lève, descend les gradins et ouvre le feu sur les élus. Il assassine 8 personnes de tous bords politiques, en blesse une vingtaine d’autres, dont quatorze grièvement. Il se suicidera le surlendemain en se jetant du quatrième étage des locaux de la police judiciaire au Quai des Orfèvres où il se trouve en garde à vue.

A propos de ce crime sériel, Durn dira avoir visé intentionnellement Madame Jacqueline Fraysse, maire de Nanterre et médecin-cardiologue de profession. Il s’agissait pour Durn et comme il le dira lui-même d’en finir avec la « mini-élite locale ». Il précisera aux policiers que n’ayant rien conquis, ni rien à transmettre, sa seule visée était de tuer et de se supprimer dans le même temps, une arme étant prévue à cet effet.

Dans l’étude de ce cas et à l’époque, les psychiatres ont cherché à savoir si Durn était fou, or les études de son écriture ont démontré au contraire une « vivacité intellectuelle, beaucoup d'imagination, un être vif et réactif, mais aussi une personne anxieuse et tiraillée »

Durn fait de brillantes études et obtient une maîtrise de sciences politiques et une licence d'histoire qu’il abandonne pourtant en 2001. Il n’exercera jamais de véritables activités professionnelles, n’en cherchera pas vraiment mais tentera de s’insérer dans la Société au travers du militantisme associatif, politique et humanitaire sans y parvenir. Il vit donc du RMI et habite chez sa mère, Stéfanina, 65 ans, venue de Slovénie pour travailler chez Citroën. Durn n’a jamais connu son père, ni vu de photo de cet homme de passage. Bien qu’il interroge souvent sa mère à ce propos, elle ne lui en dira jamais rien et tentera d’effacer « le père de la tête de son fils ». Richard a une demi-sœur dont il était l’aîné.

Il semble qu’en 1990, Durn ait fait une première tentative de suicide par absorption de tranquillisants.

 

 

Les rapports avec sa mère sont tendus, il semble de moins en moins accepter la cohabitation et ne lui adresse plus la parole. C’est lors d’une inscription dans un club de tir qu’il obtiendra ses armes. Il vouera une certaine admiration à Baruch Goldstein qui a tué 29 arabes en 1994, et ira se recueillir sur sa tombe précisant que Baruch Goldstein avait eu le courage de faire ce qu’il pensait être juste

L’ensemble des expertises psychiatriques et psychologiques ont posé, comme le centre médico-psychologique où Richard Durn s’était adressé, le diagnostic de « paranoïaque et schizophrène ».

En effet, nous pouvons dire que cet acte relève d’une folie meurtrière surgissant très probablement à la faveur d’épisodes psychotiques. Mais il est sans doute judicieux avant même de réfuter ou d’affirmer ce diagnostic de se pencher sur le journal intime de Richard Durn dont voici quelques extraits (communiqués à la presse) :

23/02/1998. « Cela fait quatre jours que je suis au Monténégro avec le convoi humanitaire Solidarité Kosovo, (...) je me rends parfaitement compte que je n’ai rien à faire ici. (...) Je me retrouve dans la situation d’un bouchon flottant balancé au gré des vagues et qui espère que quelque chose de fort va lui arriver et que cela changera des choses dans sa vie. Comme d’habitude, j’ai fui en n’ayant ni projet, ni enthousiasme et motivation réels, ni courage de prendre un engagement et de l’atteindre. (...) Je vois beaucoup d’enfants dans la région d’Ulcinj. Cela me met mal à l’aise car je sens que vivre sans donner la vie et éduquer quelqu’un pour qu’il puisse devenir adulte, affronter et aimer la vie, cela ne vaut pas le coup. Or je suis trop à côté de la plaque pour fonder une famille. (...) J’attendais énormément de ce second voyage en Israël. Je voulais savoir comment les gens de toutes conditions sociales, de religions différentes, de patries opposées envisageaient leur futur. Je voulais connaître et entendre des histoires vécues par tous ces gens ayant à supporter un climat de tension permanente, ayant vécu l’occupation, le terrorisme, le service militaire dur et contraignant, l’installation sur une nouvelle terre. Ces faits que je viens d’énumérer concernent aussi bien les Israéliens que les Palestiniens. J’aurais voulu pouvoir discuter, me disputer, polémiquer avec des gens de ces deux peuples et, qui sait, me faire des amis parmi ces gens. Etant donné que je n’ai rien, que je n’ai plus de vie sociale, cela m’a fait du bien et cela va me faire un bon souvenir d’avoir été à nouveau accueilli par des Palestiniens à Hébron. Bien sûr, ils sont très croyants et très pratiquants vis-à-vis de l’islam. Ils mènent alors une vie que je ne peux pas approuver. Je n’arrive pas, et je ne le veux pas d’ailleurs, à considérer la vie acceptable lorsqu’elle est autant imprégnée par la religion. Je n’aime pas voir les femmes porter des hidjat. Je n’aime pas les règles sociales liées à l’islam en matière de mœurs, de la place de la femme dans la société, des relations qui peuvent se créer alors entre les deux sexes. Je ne vois la femme que comme un individu mineur et infériorisé dans ce type de société. Cela me met mal à l’aise parce que je sais les conséquences que cela peut avoir sur les relations hommes-femmes. C’est-à-dire le fait de rester pur sexuellement pour garder l’honneur de la famille, la frustration liée à ce genre de relation, l’hypocrisie, car le désir et la convoitise sont là...

9/02/1999. La situation n’a cessé de s’empirer depuis plus de neuf mois. Je suis de plus en plus isolé et je mène des actions complètement incohérentes. Je suis au chômage et je ne sais toujours pas dans quel domaine je veux travailler. J’ai peur d’entrer dans un monde professionnel où je me ferai chier et où je n’évoluerai pas. Je suis le mec qui se baise la gueule tout seul et qui se retrouve toujours dans un cul de basse-fosse. Je ne sais vraiment rien faire et je suis de plus en plus déglingué physiquement. (...) J’en ai marre d’avoir dans la tête, toujours cette phrase qui revient perpétuellement : « Je n’ai pas vécu, je n’ai rien vécu à 30 ans. » J’en ai marre de rester des heures à écouter la radio pour ne pas me sentir coupé du monde et de rester certains soirs scotché devant la télévision alors que je sais que c’est une machine à décérébrer et à abrutir les gens et les esprits. J’en ai marre d’attendre désespérément une lettre ou un coup de téléphone alors que je n’existe plus pour personne, que je suis oublié de tous parce que je n’ai pas de projet dans ma vie et parce que j’ai peur d’affronter la vie et de m’y plonger. J’en ai marre de faire une chose et son contraire une demi-heure plus tard. J’en ai marre d’entreprendre quelque chose et de me rendre compte que je me suis fourvoyé et que je suis cassé, que rien ne me plaît. J’en ai marre des cauchemars de mort, d’autodestruction. Je me sens vide intellectuellement, affectivement, culturellement. Comment en suis-je arrivé à être dans cette situation de dénuement et d’abruti ? Je n’ai jamais su me battre. Je n’ai jamais su apprendre à m’aimer un peu (sans être nombriliste et égocentrique). Je me mets toujours moi-même mes propres freins. Je tends toujours les perches et les bâtons pour me faire flageller par les autres. (...) Je ne veux plus être le mec qui se fait arnaquer et qui se fait toujours baiser. Je ne peux plus être au bas de l’échelle et voir tous les gens que j’ai côtoyés progresser dans la vie (mariage, vie en couple, indépendance financière, rupture ombilicale avec la famille, carrière professionnelle et manœuvres pour y progresser). Je suis complètement à bout. Je me dégoûte de ne pas savoir diriger et maîtriser ma vie. Je me dégoûte pour ne pas savoir me faire respecter. Je me dégoûte pour être toujours silencieux et de n’avoir jamais rien d’important à dire. Personne ne m’entend ; personne ne m’écoute. Je n’existe plus socialement. Je suis dans un monde imaginaire et je ne fais que des choses incohérentes dans ma vie de merde. (...) J’en ai marre de ne pas avoir le courage de péter les plombs dans le bon sens du terme. C’est-à-dire de me révolter contre l’injustice, la solitude, contre l’ennui, contre l’ignorance et la misère. Depuis des mois, les idées de carnage et de mort sont dans ma tête. Je ne veux plus être soumis. Je ne veux plus manquer d’audace et me planter. Je ne veux plus être dans la désocialisation et la médiocrité, sinon je n’ai plus qu’à crever pour de bon mais ce ne sera pas tout seul. Parce que j’en ai marre d’être le dernier et celui qui se fait enculer. Alors pas dans la mort aussi. (...) J’ai envie de vivre. J’ai envie d’aimer. Je veux grandir, je veux me battre et trouver un combat auquel je crois même si je perds... (...) Pourquoi devrais-je passer à côté de tout dans la vie. Pourquoi je n’arriverais pas à connaître quelque chose. Je dois au moins essayer de vivre quelque chose de valable pendant six mois ou un an. Après ? Après, si rien ne change, si je passe encore à côté de tout comme ces dix dernières années, alors ciao parce que le temps qui défile et qui est vide, cela ne vaut pas le coup pour moi de vivre jusqu’à 35 ans, 40, voire plus si c’est pour ne rien avoir…

2/01/2002. J’ai relu des choses que j’avais écrites, il y a plusieurs années de cela. C’était assez proche de la réalité. Je veux dire que j’essayais d’être le plus sincère avec moi-même. Mais cela ne m’a pas fait évoluer. Je me suis enfoncé de plus en plus dans la merde et maintenant je suis vraiment un clochard. Je vais maintenant tenter de fouiller ce qu’il y a de plus profond en moi...

Je m’appelle DURN Richard. J’ai plus de 33 ans et je ne sais rien faire dans la vie et de ma vie. Je suis onaniste depuis au moins vingt ans. Je ne sais plus ce qu’est le corps d’une femme et je n’ai jamais vécu de véritable histoire d’amour. Je me branle par solitude, par habitude du dégoût de moi-même, par volonté d’oublier le vide de ma vie et sans doute par plaisir. (...) J’ai raté mes études et n’ai aucune profession car j’ai peur de travailler et de prendre des responsabilités. Je ne sais pas comment me battre dans le monde du travail, me lier avec les gens sans chercher à m’attacher à eux comme un enfant perdu sans la présence de ses parents. (...) Je ne me suis jamais battu pour conquérir quelque chose dont j’avais envie et qui me rendrait libre et/ou heureux. Je n’ai pas évolué, pas franchi les étapes d’une vie d’homme…

26/03/2002. Maman, il y a longtemps que je devrais être mort. Je ne sais rien faire dans la vie. Même pas mourir sans faire de mal. Mais, maintenant, la lâcheté, cela suffit. (...) J’ai capitulé, il y a bien longtemps. Je voulais aimer, apprendre à travailler, apprendre à me battre pour des gens et des choses que j’aime. Je voulais être libre. Mais j’ai une mentalité d’esclave et de faible. Je me sens si sale. Depuis des années, depuis toujours, je n’ai jamais vécu. Je me suis trop branlé, au sens propre, comme au sens figuré. Je suis foutu. Je n’ai ni passé, ni avenir. Je ne sais pas vivre l’instant présent. (...) Mais, je dois crever au moins en me sentant libre et en prenant mon pied. C’est pour cela que je dois tuer des gens. Une fois dans ma vie, j’éprouverai un orgasme. J’éprouverai le sentiment de puissance, d’être quelqu’un. Vivre, c’est prendre des responsabilités, c’est faire des choix, c’est se battre, c’est comprendre qu’on est souvent seul avec des rencontres plus ou moins longues, des vies entremêlées, mais même si on est seul, il faut lutter et ne pas se laisser envahir par des complexes stupides… »

A la lecture de ce journal et puisque nous ne disposons que de cela, la question de la psychose ne semble faire aucun doute, il est pourtant nécessaire de ne pas la considérer comme  seulement singulière, non articulée au collectif, et selon Lacan, comme effet d’une forclusion du Nom-du-Père qui semble pour autant possible à la lueur de ce que nous en savons.

Pour autant, il semble y avoir dans la recherche de Richard Durn plutôt une tentative de se sortir de la mère et d’un pouvoir qui l’étouffe, le projetant en quelque sorte sur ceux qui représentent le pouvoir de l’Etat et notamment dans la figure de la Maire (la mère). C’est probablement l’absence de faille chez l’Autre en tant que figure maternelle toute puissante, que la seule réponse possible pour Durn fut cette folie meurtrière.

Ainsi Richard Dun, faute de rencontrer la faille dans l’Autre, n’aura que la violence et le crime pour se faire entendre, crime comme trou dans le réel, comme dernière tentative de laisser sa trace en tant que sujet, criant à travers son crime est-ce que quelqu’un peut me dire que je compte pour lui ? Pour qui je brille ? Faute de réponse, il n’aura donc trouvé que la mort pour donner de l’épaisseur à sa vie.

 

Le crime a donc une logique !

Dans le cas des crimes, il y a quelque chose qui intervient à côté des événements car les seuls événements ne suffisent pas. La structure du sujet en revanche donnera quelques pistes.

 

Dans la psychose, les pensées peuvent être prises à la lettre. Lacan précisera que concernant  la paranoïa, cette dernière est fermée à toute dialectique. Le paranoïaque est certain car il ne peut dialectiser autrement dit le psychotique n’a pas de doutes.

Lacan rapproche normalité et dangerosité. Plus les conceptions du sujet se rapprochent du normal (tout ce qui est figé), plus il est dangereux. Il précise que les criminels du Moi cherchent comment s’approprier un Moi et ce Moi prend sa valeur lorsque ces criminels sont les victimes sans voix d’une évolution croissante des formes directrices de la culture vers des rapports de contrainte de plus en plus extérieure.

Le crime stabilise le sujet et par le crime, ce qui est mobilisé est le symbolique qui pacifiera le paranoïaque (c’est un appel à l’Autre, le savoir vient toujours de l’Autre).

Concernant les perversions considérées comme des états limites, Freud les décline de la façon suivante :

Les perversions d’objets :

- Objets humains : les relations sexuelles avec un être humain, relations incestueuses, homosexualité, la pédophilie, l'auto-érotisme.

- Objets non humains, le fétichisme, la zoophilie, le travestisme.

Les perversions de buts :

Tout ce qui est visuel, exhibitionnisme, sadomasochisme, les surestimations exclusives des zones érogènes (bouche : fellation...).

Les psychoses sont des structures et correspondent à une défaillance de l'organisation narcissique, elles sont recensées sous 2 appellations : schizophrénie et paranoïa.

 

b. – LA PERVERSITE

 

Affaire Joseph Vacher, dit Jack l’éventreur, né le 16 novembre 1869,  condamné à mort et guillotiné le 28 octobre 1898 - Tueur en série Français 

 

Joseph Vacher est un ancien aliéné errant en liberté. Les exploits de Jack l’éventreur le fascinent et il décide de suivre son modèle, ce qu’il parviendra à faire pensant 3 ans sans qu’il soit possible de déterminer s’il a ou non conscience de ses actes.

 

Joseph Vacher est fils de paysans, il a 15 frères et sœurs et est le 14ème enfant (4 enfants d’un premier lit et 12 d’un second). Il entre chez les Frères maristes de Saint Génis-Laval mais sera renvoyé en octobre 1887, lorsque l’on découvre qu’il «masturbe ses camarades».

 

Faits marquants

 

Joseph Vacher a un frère jumeau qui décède par étouffement à 1 mois. On dit que la mort de son frère jumeau a pu avoir un lien psychologique avec ses attitudes (volonté de tuer son double, ou bien croire que son double tuait et violait, orchestrait en quelque sorte l'esprit de Joseph Vacher). Sa mère est très croyante, proche du mysticisme.

 


Violences pendant l’enfance

Vacher frappe fréquemment ses frères et sœurs ; il torture des animaux et a très souvent des crises de démence, où il détruit durant ces crises tout ce qui est à portée de main.

En 1888, Il s’installe à Genève chez un de ses frères et lui déclare qu’il lui prend par instant des envies de tuer « Je suis comme possédé. Si je rencontrais quelqu’un, je crois que je ne pourrais pas m’empêcher de lui faire du mal »

En 1891, à la fin de son service militaire, il demande en mariage Louise B mais cette dernière refuse. Il la blesse de quatre balles et retourne l’arme contre lui puis tire les deux derniers projectiles. Le chirurgien de l’Hôpital de Baume les Dames arrive à extraire une seule balle, il en gardera une surdité complète de l’oreille droite et une paralysie du nerf facial droit. Vacher est placé à l’asile d’aliénés de Dôle en juillet pour observation et définitivement réformé de l’armée pour troubles psychiques. Joseph Vacher commence à ressentir des troubles mentaux. Il est interné à l’asile mais sera libéré un an plus tard, le médecin le considérant guéri.

 

Vacher a à son actif 11 assassinats et la plupart de ses victimes ont toutes été étranglées, égorgées, frappées, violées et mutilées.

 

Un jeune berger est retrouvé avec une énorme plaie allant du sternum au ventre. Les parties sexuelles ont été enlevées par un objet coupant.

 

Vacher mutile le corps ou le découpe (sein, verge), emmène un objet  et esquisse une scène de cannibalisme. Il lui faut trouer le corps dont il extrait un objet selon un rituel mouvant.

 

Autre affaire : une jeune fille de 13 ans est éventrée, les seins découpés et retrouvés à 2m 50 du corps, puis il l’étrangle et la viole.

 

Ce mode opératoire sera retrouvé chez d’autres criminels.

 

Vacher a été déclaré sournois et violent enfant, puis très agressif pendant son service militaire, il menace les soldats.

 

En réalité Vacher fulmine contre A qui le menace.


La répétition des crimes provient du fait que A est cet Autre qui demande un crime que Vacher commet et qui le calme, ainsi les crimes se poursuivent.

 

Vacher croit être un envoyé de Dieu, il est exigeant, impérieux et des accents mégalomaniaques sont avérés. Il refait le monde « chacun a sa place dit-il ».

Lors de son internement, l’asile le calmera car alors l’Autre est pacifié. Il est donc stabilisé et chacun pense qu’il est guéri, on le laisse alors sortir et la grande série des assassinats va avoir lieu.

Il tue un berger, l’égorge, lui arrache les parties sexuelles. Vacher n’a rien à dire, l’acte se substituant à la parole. Et de ce fait le Magistrat qui l’interroge devient le A persécuteur.

 

Le meurtre de la jeune fille de 13 ans ; cette jeune fille est considérée par Vacher comme une enfant et parce que, dit-il, « la maladie le voulait ». Peut-être que ces enfants sont la maladie autant que la voix qui commande de s’attaquer aux enfants et Vacher obéit et préférentiellement s’intéresse aux bergères.

En effet l’image de la bergère évoque la pureté (d’ailleurs Vacher est quelqu’un de très propre : chapeau blanc, plastron en peau de lapin blanc à le blanc étant la couleur de l’innocence). Vacher préfère donc les bergères à l’opposé de Michel Fourniret qui lui, visera de « sales femmes publiques ».

 

Vacher est chasseur de bergers et bergères. Au fond le double de Vacher est le berger, « lui est pur et l’Autre est coupable de mes actes ».

 

La culpabilité lui vient de l’extérieur « je crains que ma maladie ne soit pas un bon exemple pour la jeunesse ». C’est l’ironie du psychotique !

 

 

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