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L’acte est une réponse à l’Autre

 

Lors de son entrée chez les Maristes, Vacher écoute un missionnaire mariste faire un sermon sur les mœurs des sauvages et décrire les horreurs faites par ces mêmes sauvages. Cela va décanter en lui une jouissance de tuer et notamment à travers les explications concernant les mutilations et les horreurs que l’on infligeait aux néophytes.

 

Vacher se retire de chez les Maristes et tentera de commettre, sur un enfant, les horreurs entendues dans une partie du discours du missionnaire. Le Docteur Lacassagne parle des organes jetés au loin et à propos des restes, parle de mise en scène.

 

Vacher devant l’incrédulité de la presse avoue certains de ses crimes précisant qu’il peut les prouver et applaudit celui qui l’a arrêté. Il dira également du Docteur Lacassagne « il est très fort ».

 

C’est l’étalage de la chair dit le Docteur A. Lacassagne qui implique la captation du regard de l’Autre et pendant ce temps Vacher est ailleurs.

 

Vacher parle du sermon du missionnaire. La doctrine du crime thérapeutique s’applique dans ce cas et le passage à l’acte est une solution.

 

Vacher dira « je n’ai jamais eu de jouissance à tuer mais je ressentais un gros soulagement lorsque je le faisais » la douleur de l’Autre le soulage lui ! et affecte jusqu’au corps « à tel point que ma physionomie changeait au moment où la maladie me prenait et changeait à nouveau après l’acte et s’apaisait ».

 

Sur la fin de son parcours, la dernière victime de Vacher lui échappe car la maladie ne lui commande plus de tuer. Par ailleurs, mordre le soulageait à tel point qu’après les avoir égorgés, il les mordait. 

 

  VACHER =====>  AUTRE   ======>   DIEU ou la balle dans la tête

 

Vacher dit que « la cause de sa folie vient qu’il a été mordu par un chien infecté, voilà pourquoi il est enragé ». Il a été mordu par ce discours et au-delà par un chien.

 

La morsure du discours de l’Autre (missionnaire qui est un cannibale et Vacher est persécuté par cet Autre)

 

Les coupures, éventrations etc. donnent une signification autre que sexuelle à ces crimes. Les signifiants qui se trouvent là donnent une forme particulière à ces jouissances, elles sont jouissances signifiantes.

Le chien est quelque chose d’inflexible chez Vacher et c’est l’Autre (le chien) en lui qui mord ses victimes.

 

A 14 ans, des pensées et idées lui envahissaient la tête alors il partait à travers les champs,  Nous voyons bien que cette thérapie du mouvement n’est pas suffisante, le fait de bouger est une tentative de traiter économiquement la psychose.

 

 

Vacher dira « à ma sortie d’asile, j’aurai voulu voir le sang couler partout » et encore « je ne relève que de Dieu, je ne faisais que mettre de l’ordre, c’est la France qui est coupable ».

 

Vacher n’a pas d’hallucinations hormis quand il s’approche de ses victimes et les égorge en criant à tue tête : siège de la Voix !

 

Vacher sera condamné à mort (guillotine) et restera digne. Lacassagne dira pourtant qu’il est mort en lâche puisqu’il s’évanouira et sera donc inconscient. Il se donne en pur objet à l’Autre se mettant toutefois en scène puisqu’il sera guillotiné en place publique.

 

Il offre son corps inutile à l’Autre

 

Il y a là une sorte de répétition dans l’histoire de la mort de Vacher.

 

Quelles logiques résident dans le crime psychotique ?

 

-          Un enfant est sacrifié à l’Autre

-          Le passage à l’acte rectifie ce qui ne fonctionne pas dans la psychose

 

Le névrosé lui est taraudé par le manque (à être) et doute en permanence ; ainsi il recherchera sans cesse ce que l’Autre a de ce quelque chose du plus de jouir.

 

Chez le psychotique, ce manque n’a pas cours (pas de dialectique, pas de doute chez le psychotique, il n’a que des certitudes)

Chaque mot représente donc une certitude absolue (exemple toutes les voitures rouges me surveillent), il y une signification figée d’où la certitude paranoïaque. Cette non-advenue de la loi du langage fait que le sujet est assailli par des hallucinations, délires, qui font retour au réel de ce forclos (forclusion de la Loi)

 

Le crime du psychotique

 

Il troue le corps de l’Autre, ce qu’il ne peut pas réaliser sur lui, la castration ou il est de fait dépendant de l’autre.

Psychose

 

S                          A 

Sujet               Autre Barré (imaginer le A barré)

 

Le crime est une manière de faire un trou dans l’Autre, le castrer

 

Névrose 

 

Le sujet est divisé car marqué par le langage et sous le pouvoir discrétionnaire de l’Autre

 

Par le crime Vacher castre l’Autre en le rendant moins fort, moins infaillible.

 

Vacher dit « je suis l’anarchiste de Dieu » à qui il offre les crimes qu’il commet.

 

L’acte criminel peut avoir un rôle stabilisateur, dans le cas de Vacher, le crime le stabilise.

 

Les paroles de Joseph VACHER 

« Je suis un pauvre malade innocent, dont Dieu a voulu se servir pour faire réfléchir le monde, dans un but que nul humain n’a le droit de sonder ». « Il y a des moments où je n’étais pas maître de moi, et où je courrais comme un fou à travers le monde, droit devant moi, me guidant sur le soleil, et ne sachant où j’ai erré. Ce n’est pas ma faute si on m’a empoisonné le sang ». « A chaque fois, je suis pris d’une espèce de fièvre, d’un tremblement nerveux, je ne veux pas tuer, ni violer, mais il faut que je le fasse »  

 Automne 1898 : La cour d’assises de Bourg en Bresse le condamne à mort. 

 

31 décembre 1898 : Il est guillotiné par le bourreau Louis Deibler

Confession de Joseph Vacher au prêtre avant de monter sur la guillotine : « J’embrasserai Jésus Christ tout à l’heure. Vous croyez expier les fautes de la France en me faisant mourir. Cela ne suffira pas, vous commettrez un crime de plus. Je suis la grande victime de cette fin de siècle » 

 

Affaire Gilles de Rais (compagnon de Jeanne d’Arc), Né en 1404 à Champtocé au bord de la Loire.

Gilles de Rais, orphelin de père et de mère dès ses 11 ans, fut alors élevé par Jean de Craon, son aïeul maternel. Ce grand-père était redouté par son avidité, son cynisme et sa cruauté et Gilles de Rais en aurait reçu un enseignement violent.

Très tôt, l’enfant Gilles de Rais assistera aux misères et supplices de la guerre : viols, incendies, étripages.

Gilles de Rais se marie a 20 ans, il sera père et riche. Il rencontre alors Jeanne auprès de laquelle il conquerra les territoires occupés par les Anglais. Il devient Maréchal de France après la victoire de la Pucelle devant Orléans.

Après la mort de Jeanne d’Arc en 1431 et celle de Jean de Craon le 15 novembre 1432, Gilles de Rais se transforme et de guerrier devient le monstre qu’on connait.

La date approximative des ses premiers crimes commis par Gilles de Rais se situerait donc vers les années 1432 – 1433.

Gilles de Rais, à la tête d'un clan d'assassins, tuait dans chaque résidence qu’il possédait, Champtocé, la maison de Suze à Nantes et enfin les châteaux de Tiffauges et de Marchecoul.

Ainsi Gilles de Rais a commis des crimes d’enfants de manière quasi industrielle. Quand il assassine, il délire :

 

  (sujet)     ==============>       A (Autres)

 

Le Sujet a la certitude que A lui demande de tuer (A = la voix), voilà pourquoi il égorge pour offrir la voix à Dieu / C’est une voix cristalline, d’enfant.

 

A savoir que le psychotique n’a pas de croyances.

Gilles de Rais peut être qualifié de criminel pervers du fait de sa relation
particulière à l'Autre et dans la réponse personnelle qu’il amène à sa pulsion sexuelle.  

Le crime pervers se situe notamment dans la violence exercée sur l’Autre, dans cet état de stupeur dans lequel l’agressé vit la scène et par ailleurs dans la mise en scène qu’il fait de ses crimes en y associant un public.

Ainsi, Gilles de Rais, lors de son procès, donnera moult détails de ses crimes ainsi que de ses pratiques sexuelles, de même que sa jouissance à égorger et étriper les enfants, décrivant avec volupté chaque crime  et admettant en avoir tiré du plaisir. Il se mettra en scène et tiendra l’audience en haleine, jubilant de l’horreur et de l’effroi que ses propos suscitaient.

Lors de ses crimes, Gilles de Rais met en scène ses fantasmes les plus pervers qui sont de « tailler, éventrer, trouer, découper, prélever quelque chose sur le corps qu'il découpe, qu'il fend, pour y soustraire quelque chose ».

Ce prélèvement sur le corps de l’autre est une constante de l’acte criminel pervers même si il n’apparaît pas de prime abord.

Le fantasme du pervers se soutient et prend sens dans un acte qu’il rend publique. Le pervers associe l’autre, consentant ou pas, dans son scénario pervers et générer chez l’autre cette jouissance qui assure sa démonstration. Son désir ne vise que le jouir et c’est par son acte, dont il ne peut rien dire, qu’il va jouir de l’Autre.

Il est clair que la disparition de son grand-père, tout violent qu’il soit, servait de rempart, de garde fou à Gilles de Rais qui, sans cette figure d’autorité, a laissé alors la place à l’Autre : Dieu, Diable, … en tous cas à cet Autre qui exige tout et à qui il s’agit d’offrir ce qui lui manque, l’objet qui vient le compléter, la voix des enfants torturés et agonisants. C’est une tentative pour Gilles de Rais de ne pas sombrer définitivement dans la folie, le crime pervers l’encadre, le contient, le soutient, le calme. Il se complétera en s’identifiant à cet objet qu’il offre à l’Autre, disparaissant de fait en tant que sujet.

Selon Marie-Laure Susini, psychanalyste :

« L'objet qui le satisfait, la Voix, l'objet de son plaisir, et ce qui le complète, la voix est aussi la cause de mon désir, trésor de l'organe du garçon. Voix éphémère vouée à la disparition
du garçon pré-pubère de la chorale. Souffle éphémère, qui va s'éteindre, du garçon qu'on étrangle. Furtif passage, présence de l'absence...le manque se fait objet. Le phallus se glisse
dans la voix »
.

Terminons ce cas par la romance « Jeanne et Gilles » de Michel Tournier, écrivain, qui écrit sur la question de la voix ;

« Jeanne, je crois que chacun de nous à ses voix. Des voix mauvaises et des voix bonnes. Je suis le petit taureau de Champtocé, né dans la Tour noire de la forteresse. J'ai été élevé par
mon grand-père, Jean de Craon, un grand Seigneur, mais aussi un aventurier de sac et de corde. Les voix que j'ai entendues dans mon enfance et de ma jeunesse ont toujours été celles
du mal et du péché. Jeanne, tu n'es pas venue sauver seulement le Dauphin Charles et son royaume. Sauve aussi le jeune seigneur Gilles de Rais ! Fais-lui entendre ta voix. Jeanne, je ne peux plus te quitter. Jeanne, tu es une Sainte, fais de moi un Saint
 »

V.         Conclusion :

 

Comme nous l’avons vu, le crime ne relève ni d’un inné, ni d’un gène spécifique, pas plus que d’une structure psychique spécifique.

 

Le crime est un passage à l’acte au sens où J. Lacan l’entend : à savoir sans parole et donc sans sens.

 

Névrosés, psychotiques ou pervers sont concernés par le crime car il est toujours la conséquence d’une disposition psychique inconsciente particulière assortie d’éléments circonstanciels souvent malheureux.

 

Dans tous les crimes, nous retrouvons une histoire familiale douloureuse, avec une hostilité mortifère à leur égard, qu’elle soit affichée ou non. Par ailleurs, la contrainte de répétition en tant que le trauma initial non symbolisable fait toujours irruption dans le réel, engageant les auteurs criminels à la récidive.

 

La plupart des criminels, quels que soient leurs symptômes, sont dans une jouissance pulsionnelle, un au-delà du principe du plaisir, une pulsion de mort.

 

Nous pouvons bien sûr définir, selon la pathologie de ces criminels, des visées inconscientes différentes selon qu’ils sont névrosés, psychotiques ou pervers :

 

Le névrosé criminel est souvent un enfant non désiré, rejeté ou s’imaginant comme tel. Le regard de l’Autre est hostile ou supposé tel, mortifère et de ce fait,  devant l’impossibilité du névrosé à s’inscrire dans l’Autre via le symbolique, il est amené à se forger un moi fort,  incarnant au niveau du moi idéal le signifiant de l'idéal du moi, dans un narcissisme qui se fige. Toute atteinte ou tentative de mettre au jour ce moi initial vide, revêt une menace de castration et engage au passage à l’acte dans un mécanisme de défense, ainsi ils n’ont pour seule alternative que de se donner la mort, ou de supprimer la source d’angoisse personnifiée par le regard de cet Autre castrateur qui fait retour dans le réel. Ce qui est visé est donc toujours l’Autre originel en défaut.

 

Le pervers ne cherche pas à répondre au désir de l’Autre dont il se moque mais cherche une réponse à son propre désir. La castration maternelle n’a pas été symbolisée, il se propose alors comme objet phallique pour boucher le manque dans l'Autre, il est instrument de jouissance.

Initialement le pervers cherche à incarner le phallus manquant de la mère en s’identifiant à celui qui est censé le détenir, le père. Dans un 2ème temps, l’identification se fait au phallus maternel par un objet en lieu et place de la Loi du Père, ce même objet faisant désormais la loi. On constate cet aspect dans le fétichisme qui tiendra lieu de phallus imaginaire de la mère. Le passage au meurtre pour le pervers révèle l'échec de la perversion, la faiblesse du scénario de défense contre l'angoisse de castration. La jouissance chez le pervers est incestueuse.

 

Pour le psychotique, le crime a toujours une visée stabilisatrice de la perversion (Père-version) et lui permet de pacifier son rapport au Père et donc à la Loi. Les hallucinations, délires, voix entendues poussent au crime. En principe le crime est violent, les corps sacrifiés, mutilés, vidés de toute signification. A l’opposé du pervers, la tentative pour le psychotique relève d’une recherche de séparation d’avec la mère, cette mère souvent mortifère, hostile, toute puissante et qui le réduit à n’être rien dans une angoisse abyssale.

 

A la lueur de ce mémoire et de cette conclusion, nous pouvons dire que si le passage à l’acte par le crime est effectivement et toujours sans parole, nous pouvons néanmoins et finalement lui trouver sens.

 

Notes

1 Hobbes part du principe que les sociétés à l'« état de nature » sont en situation de chaos ou de guerre civile, ce qui ne peut être évité que par un solide gouvernement central.

2 Henry Joly : le thème dominant de son œuvre criminologique est celui de la déchéance morale et non de l'infériorité biologique, déchéance elle-même liée au déracinement de l'homme moderne obligé de quitter sa famille, son village, son métier, pour partir travailler dans l'anonymat et l'isolement des grandes villes.

3 Laurent Mucchielli : « Toutefois, en comparaison avec l'influence que les durkheimiens ont exercée dans d'autres secteurs de l'activité scientifique de l'époque, leur travail critique dans le champ criminologique a été un échec. À cela, au moins trois raisons. La première est la force et l'autonomie considérable du milieu des psychiatres dont le discours est de plus en plus dominant une fois la mode de l'anthropologie criminelle passée, et dont l’alliance avec les magistrats est déjà institutionnalisée. La seconde est la très forte cohésion du monde médical de l’époque autour d'une conception principalement héréditariste de la criminalité (en passant simplement des théories de la dégénérescence à celles des « constitutions » « morbides » ou « perverses »). La troisième est la quasi-disparition des recherches sociologiques en ce domaine passé le tournant du siècle et le départ de Richard du groupe durkheimien en 1907 ».

4 – J. Lacan et RSI = Réel, Symbolique et Imaginaire 

Le symbolique, c'est la capacité de représentation, le meurtre de la chose. Le symbolique est fondé par la métaphore paternelle faisant advenir les Noms du Père.

L’Imaginaire : est souvent supposé à tort précéder le Symbolique. En fait l'Imaginaire humain, fiction de la totalité unifiée, est uniquement permis par le Symbolique, donc lui succède.

Dans ce registre, on trouve le moi (comme sujet aliéné, héritier de l'enfant assujetti).

Réel : Le réel a un statut particulier, du fait que l'on ne l'atteint pas. Le réel est inaccessible. Lacan : "le Réel, c'est l'impossible".

J. Lacan propose une métaphore. Si nous prenons une table, la table imaginaire recoupe les fonctions de cet objet, on mange dessus, elle peut servir à poser un vase, elle marque le repas, etc. La table symbolique, c'est le mot table tel qu'il vient se lier dans le discours : à table!, faire table rase - le signifiant table peut aussi s'insérer dans d'autres expressions, comme table des matières. Enfin, le réel se constitue du reste, soit ce que l'on ne connait pas.

 

Bibliographie et liens internet :

Les Congrès internationaux d'anthropologie criminelle (1885-1914) 

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mcm_0755-8287_1989_num_7_1_978

Les Archives de l’anthropologie criminelle

http://www.criminocorpus.cnrs.fr/ebibliotheque/ice/ice_page_detail.php?lang=fr&type=img&bdd=crimrpus&table=criminocorpus_aac&bookId=6&pageOrder=218&typeofbookDes=revue&nump=218&nav=0&cfzoom=2&facsimile=off

 

http://www.psycripol.net/histoire_criminologie.php

Mucchielli Laurent, De la criminologie comme science appliquée et des discours mythiques sur la « multidisciplinarité » et « l’exception française » http://www.publifarum.farum.it/n01.php?lang=fr

Lacan Jacques : Le problème du style et les motifs du crime paranoïaque à propos des sœurs Papin  http://espace.freud.pagesperso-orange.fr/topos/psycha/psysem/style.htm

BIUM   http://www.bium.univ-paris5.fr/

Le concept de pulsion de mort – Thierry Bokanovski -http://www.psychanalyse.lu/articles/BokanowskiPulsionMort.htm

Introduction théorique aux fonctions de la psychanalyse en criminologie par J. Lacan et M. Cénac - 13éme conférence des psychanalystes de langue française le 29 mai 1950, publiée dans la revue française de Psychanalyse, janvier-mars 1951 tome XV, n° 1 pages 7 à 29.

http://www.ecole-lacanienne.net/documents/1950-05-29b.doc

 

Affaire Vacher : articles du médecin légiste Lacassagne - site archives d’anthropologie http://www.criminocorpus.cnrs.fr/ebibliotheque/ice/ice_page_detail.php?lang=fr&type=img&bdd=crimrpus&table=criminocorpus_aac&bookId=13&pageOrder=632&typeofbookDes=revue&nump=632&nav=0&cfzoom=2&facsimile=off)

 

W. Reid : Freud, Winnicott : les pulsions de destruction ou le goût des passerelles - Revue française de psychanalyse 2002/4 - Volume 66

http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=RFP&ID_NUMPUBLIE=RFP_664&ID_ARTICLE=RFP_664_1157

T. Bokanovski : Le concept de pulsion de mort 

http://www.psychanalyse.lu/articles/BokanowskiPulsionMort.htm

 

Ouvrages consultés :

A. Lacassagne : L’homme criminel comparé à l’homme primitif 

C. Lombroso : L’homme criminel (criminel né - fou moral - épileptique) 

Auteurs multiples, Psychologie criminologique sous la direction de Bernard Gaillard

C. de Beaurepaire : Les Dangerosités - De La Criminologie à la Psychopathologie, Entre Justice Et Psychiatrie 

J. Lacan : Séminaires : l’Angoisse et la Relation d’objet 

J. Lacan : Les Ecrits

S. Freud : Inhibition, symptôme et angoisse 

M. Renneville : Le criminel-né : imposture ou réalité ? 

L. Mucchielli : Histoire de la criminologie française

S. Lebovici S. et R. Diatkine : L'agression est-elle un concept métapsychologique ? - XXVIIè Congrès international de Psychanalyse, Vienne, 1971, in Revue française de Psychanalyse, XXXVI, 1, 1972.

 

J. Bergeret : La violence fondamentale (l'étayage instinctuel de la pulsion libidinale) -Revue française de Psychanalyse, XLV, 6, 1981.

 

J. Bergeret : Généalogie de la destructivité - Revue française de psychanalyse, XLVIII, 4, 1984.

 

J. Bergeret : La place de la violence dans l’évolution

 

G. Rosolato : Le symbole comme formation - in Psychanalyse à l'Université, 1983, 8, 30, pp. 225-242

 

P. Legendre : Leçons VIII. Le crime du caporal Lortie. Traité sur le père, Paris, Fayard, 1989.

M-L. Susini : l'Auteur du crime pervers, Paris, Fayard, 2004

 

 

 

Annexes

 

Cas des Sœurs Papin

 

Le problème du style et les motifs du crime paranoïaque de Jacques Lacan

 

LE PROBLÈME DU STYLE ET LA CONCEPTION PSYCHIATRIQUE DES FORMES PARANOÏAQUES DE L'EXPÉRIENCE
 

Article voué aux sœurs Papin   (Ecrits, Seuil, p.65)
 

Entre tous les problèmes de la création artistique, celui du style requiert le plus impérieusement, et pour l'artiste lui-même, croyons-nous, une solution théorique. L'idée n'est pas sans importance en effet qu'il se forme du conflit, révélé par le fait du style, entre la création réaliste fondée sur la connaissance objective d'une part, et d'autre part la puissance supérieure de signification, la haute communicabilité émotionnelle de la création dite stylisée. Selon la nature de cette idée, en effet, l'artiste concevra le style comme le fruit d'un choix rationnel, d'un choix éthique, d'un choix arbitraire, ou bien encore d'une nécessité éprouvée dont la spontanéité s'impose contre tout contrôle ou même qu'il convient d'en dégager par une ascèse négative. Inutile d'insister sur l'importance de ces conceptions pour le théoricien.
Or, il nous paraît que le sens pris de nos jours par la recherche psychiatrique offre à ces problèmes des données nouvelles. Nous avons montré le caractère très concret de ces données dans des analyses de détail portant sur des écrits de fous. Nous voudrions ici indiquer en termes forcément plus abstraits quelle révolution théorique elles apportent dans l'anthropologie.

La psychologie d'école, pour être la dernière venue des sciences positives et être ainsi apparue à l'apogée de la civilisation bourgeoise qui soutient le corps de ces sciences, ne pouvait que vouer une confiance naïve à la pensée mécaniste qui avait fait ses preuves brillantes dans les sciences de la physique. Ceci, du moins, aussi longtemps que l'illusion d'une infaillible investigation de la nature continua de recouvrir la réalité de la fabrication d'une seconde nature, plus conforme aux lois d'équivalence fondamentales de l'esprit, à savoir celle de la machine. Aussi bien le progrès historique d'une telle psychologie, s'il part de la critique expérimentale des hypostases du rationalisme religieux, aboutit dans les plus récentes psychophysiques à des abstractions fonctionnelles, dont la réalité se réduit de plus en plus rigoureusement à la seule mesure du rendement physique du travail humain. Rien, en effet, dans les conditions artificielles du laboratoire, ne pouvait contredire à une méconnaissance si systématique de la réalité de l'homme.

Ce devait être le rôle des psychiatres, que cette réalité sollicite de façon autrement impérieuse, de rencontrer et les effets de l'ordre éthique dans les transferts créateurs du désir ou de la libido, et les déterminations structurales de l'ordre nouménal dans les formes primaires de l'expérience vécue : c'est-à-dire de reconnaître la primordialité dynamique et l'originalité de cette expérience (Erlebnis) par rapport à toute objectivation d'événement (Geschebnis).

Nous serions pourtant en présence de la plus surprenante exception aux lois propres au développement de toute superstructure idéologique, si ces faits avaient été aussitôt reconnus que rencontrés, aussitôt affirmés que reconnus. L'anthropologie qu'ils impliquent rend trop relatifs les postulats de la physique et de la morale rationalisantes. Or ces postulats sont suffisamment intégrés au langage courant pour que le médecin, qui entre tous les types d'intellectuels est le plus constamment marqué d'une légère arriération dialectique, n'ait pas cru naïvement les retrouver dans les faits eux-mêmes. En outre il ne faut pas méconnaître que l'intérêt pour les malades mentaux est né historiquement de besoins d'origine juridique. Ces besoins sont apparus lors de l'instauration formulée, a la base du droit, de la conception philosophique bourgeoise de l'homme comme doué d'une liberté morale absolue et de la responsabilité comme propre à l'individu (lien des Droits de l'homme et des recherches initiatrices de Pinel et d'Esquirol). Dès lors, la question majeure qui s'est posée pratiquement à la science des psychiatres, a été celle, artificielle, d'un tout-ou-rien de la déchéance mentale (art. 6 du Code pénal).

Il était donc naturel que les psychiatres empruntassent d'abord l'explication des troubles mentaux aux analyses de l'école et au schéma commode d'un déficit quantitatif (insuffisance ou déséquilibre) d'une fonction de relation avec le monde, fonction et monde procédant d'une même abstraction et rationalisation. Tout un ordre de faits, celui qui répond au cas clinique des démences, s'y laissait d'ailleurs assez bien résoudre.
C'est le triomphe du génie intuitif propre à l'observation, qu'un Kraepelin, bien que tout engagé dans ces préjugés théoriques, ait pu classer, avec une rigueur à laquelle on n'a guère ajouté, les espèces cliniques dont l'énigme devait, à travers des approximations souvent bâtardes (dont le public ne retient que des mots de ralliement : schizophrénie, etc.) engendrer le relativisme nouménal inégalé des points de vue dits phénoménologiques de la psychiatrie contemporaine. Ces espèces cliniques ne sont autres que les psychoses proprement dites (les vraies "folies" du vulgaire). Or les travaux d'inspiration phénoménologique sur ces états mentaux (celui tout récent par exemple d'un Ludwig Binswanger sur l'état dit de "suite des idées" qu'on observe dans la psychose maniaque-dépressive, ou mon propre travail sur "la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité" ne détachent pas la réaction locale, et le plus souvent remarquable seulement par quelque discordance pragmatique, qu'on peut y individualiser comme trouble mental, de la totalité de l'expérience vécue du malade qu'ils tentent de définir dans son originalité. Cette expérience ne peut être comprise qu'à la limite d'un effort d'assentiment ; elle peut être décrite valablement comme une structure cohérente d'une appréhension nouménale immédiate de soi-même et du monde. Seule une méthode analytique d'une très grande rigueur peut permettre une telle description ; toute objectivation est en effet éminemment précaire dans un ordre phénoménal qui se manifeste comme antérieur à l'objectivation rationalisante. Les formes explorées de ces structures permettent de les concevoir comme différenciées entre elles par certains hiatus qui permettent de les typifier.

Or certaines de ces formes de l'expérience vécue, dite morbide, se présentent comme particulièrement fécondes en modes d'expression symboliques, qui, pour être irrationnels dans leur fondement, n'en sont pas moins pourvus d'une signification intentionnelle éminente et d'une communicabilité tensionnelle très élevée. Elles se rencontrent dans des psychoses que nous avons étudiées particulièrement, en leur conservant leur étiquette ancienne et étymologiquement satisfaisante de "paranoïa".
Ces psychoses se manifestent cliniquement par un délire de persécution, une évolution chronique spécifique et des réactions criminelles particulières. Faute d'y pouvoir déceler aucun trouble dans le maniement de l'appareil logique et des symboles spatio-temporo-causaux, les auteurs de la lignée classique n'ont pas craint de rapporter paradoxalement tous ces troubles à une hypertrophie de la fonction raisonnante.
Pour nous, nous avons pu montrer non seulement que le monde propre à ces sujets est transformé bien plus dans sa perception que dans son interprétation, mais que cette perception même n'est pas comparable avec l'intuition des objets, propre au civilisé de la moyenne normale.

D'une part, en effet, le champ de la perception est empreint chez ces sujets d'un caractère immanent et imminent de "signification personnelle" (symptôme dit interprétation), et ce caractère est exclusif de cette neutralité affective de l'objet qu'exige au moins virtuellement la connaissance rationnelle. D'autre part l'altération, notable chez eux des intuitions spatio-temporelles modifie la portée de la conviction de réalité (illusions du souvenir, croyances délirantes).

Ces traits fondamentaux de l'expérience vécue paranoïaque l'excluent de la délibération éthico-rationnelle et de toute liberté phénoménologiquement définissable dans la création imaginative. Or nous avons étudié méthodiquement les expressions symboliques de leur expérience que donnent ces sujets : ce sont d'une part les thèmes idéiques et les actes significatifs de leur délire, d'autre part les productions plastiques et poétiques dont ils sont très féconds.

Nous avons pu montrer :
1° La signification éminemment humaine de ces symboles, qui n'a d'analogue, quant aux thèmes délirants, que dans les créations mythiques du folklore, et, quant aux sentiments animateurs des fantaisies, n'est souvent pas inégale à l'inspiration des artistes les plus grands (sentiments de la nature, sentiment idyllique et utopique de l'humanité, sentiment de revendication antisociale).
2° Nous avons caractérisé dans les symboles une tendance fondamentale que nous avons désignée du terme d' "identification itérative de l'objet" : le délire se révèle en effet très fécond en fantasmes de répétition cyclique, de multiplication ubiquiste, de retours périodiques sans fin des mêmes événements, en doublets et triplets des mêmes personnages, parfois en hallucinations de dédoublement de la personne du sujet. Ces intuitions sont manifestement parentes de processus très constants de la création poétique et paraissent l'une des conditions de la typification, créatrice du style.
3° Mais le point le plus remarquable que nous ayons dégagé des symboles engendrés par la psychose, c'est que leur valeur de réalité n'est en rien diminuée par la genèse qui les exclut de la communauté mentale de la raison. les délires en effet n'ont besoin d'aucune interprétation pour exprimer par leurs seuls thèmes, et à merveille, ces complexes instinctifs et sociaux que la psychanalyse a la plus grande peine à mettre au jour chez les névrosés. il est non moins remarquable que les réactions meurtrières de ces malades se produisent très fréquemment en un point névralgique des tensions sociales de l'actualité historique.
Tous ces traits propres à l'expérience vécue paranoïaque lui laisse une marge de communicabilité humaine, où elle a montré, sous d'autres civilisations, toute sa puissance. Encore ne l'a-t-elle pas perdu sous notre civilisation rationalisante elle-même : on peut affirmer que Rousseau, chez qui le diagnostic de paranoïa typique peut être porté avec la plus grande certitude, doit à son expérience proprement morbide la fascination qu'il exerça sur son siècle par sa personne et par son style. Sachons aussi voir que le geste criminel des paranoïaques émeut parfois si loin la sympathie tragique, que le siècle, pour se défendre, ne sait plus s'il doit le dépouiller de sa valeur humaine ou bien accabler le coupable sous sa responsabilité.
On peut concevoir l'expérience vécue paranoïaque et la conception du monde qu'elle engendre, comme une syntaxe originale, qui contribue à affirmer, par les liens de compréhension qui lui sont propres, la communauté humaine. La connaissance de cette syntaxe nous semble une introduction indispensable à la compréhension des valeurs symboliques de l'art, et tout spécialement aux problèmes du style, - à savoir des vertus de conviction et de communion humaine qui lui sont propres, non moins qu'aux paradoxes de sa genèse, - problèmes toujours insolubles à toute anthropologie qui ne sera pas libérée du problème naïf de l'objet.

                       

                                                                                         Le Minotaure

 

 

 

 

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